Lolita, Vladimir Nabokov

J’ai longtemps hésité à lire ce classique en raison de son sujet et des polémiques qu’il a suscitées. Finalement, la curiosité et l’envie de me faire mon propre avis l’ont emporté !

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Je ressors de ma lecture assez perplexe, j’avoue que je ne sais pas trop quoi en penser. En fait, j’ai eu du mal à saisir où l’auteur voulait en venir, quelle était son intention en mettant en scène ce personnage abject. J’avais eu la même sensation en lisant My Absolute Darling, dont la violence m’avait d’abord heurtée. J’ai ce besoin de comprendre la démarche de l’auteur, et ici elle reste pour moi assez floue. De ce fait, j’ai gardé une certaine distance avec le roman et je n’ai pas été totalement convaincue.

En même temps, l’auteur revendique lui-même l’absence de démarche. Dans la postface, il explique se refuser à écrire « une fiction didactique », privilégiant avant tout l’esthétique de l’écriture. Il ne cherche ni à faire l’apologie de la pédophilie, ni à la dénoncer. En somme, la morale ne l’intéresse pas.

Lire la suite

David Copperfield, Charles Dickens

Après avoir découvert une bonne partie de l’œuvre de Dickens – je vous ai déjà parlé du Mystère d’Edwin Drood, des Grandes Espérances et d’Un chant de Noël – je me suis enfin décidée à lire un de ses romans les plus connus, David Copperfield.

David menait une enfance heureuse auprès de sa mère, avant que celle-ci se remarie avec un homme cruel et tyrannique, Mr Murdstone. N’écoutant que son cœur rebelle, il décide de s’enfuir pour retrouver une grand-tante qui pourrait bien s’occuper de lui…

C’est le début d’un voyage tragi-comique vers l’âge adulte, entre amitiés et trahisons, au cours duquel le jeune garçon fera la connaissance de personnages hauts en couleur, issus pour la plupart de milieux populaires.

* * *

J’appréhendais de me lancer dans cette belle brique de plus de 1000 pages – j’ai d’ailleurs coupé ma lecture à la moitié – et malheureusement non sans raison, car ma lecture a été assez laborieuse. Le roman souffre indéniablement de longueurs. J’ai le sentiment que l’auteur aurait pu raconter la même histoire avec moitié moins de pages. Peut-être est-ce dû au format de publication en feuilleton à l’époque – quoi qu’il en soit, on s’attarde sur des détails, on nous tartine des pages et des pages sur des épisodes qui auraient pu n’être qu’anecdotiques. Mon ressenti en a été impacté, et je dois dire que j’ai oscillé entre des moments où j’étais pleinement dans l’histoire et des passages où j’avais du mal à m’empêcher de ne pas sauter de pages.

Lire la suite

Les Trois mousquetaires, Alexandre Dumas

couv4131012Muni d’une lettre de recommandation de son père pour Monsieur de Tréville, D’Artagnan, jeune gascon désargenté de 18 ans, monte à Paris avec l’ambition de faire carrière dans le prestigieux corps des mousquetaires du roi Louis XIII. Après une provocation en duel, il se lie d’amitié avec les trois mousquetaires Athos, Porthos et Aramis. Au service du couple royal, les quatre amis s’opposent au cardinal de Richelieu et à ses agents. Sur fond de conflit avec les Anglais et de complot autour de la reine, ils devront déjouer les intrigues politiques,  échapper à leurs ennemis et affronter la belle et redoutable Milady de Winter, espionne du cardinal. 

* * *

Grâce au challenge Solidaires 2019, j’ai enfin lu le célébrissime classique d’Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires. Cela a plutôt mal commencé, et pourtant j’ai adoré !

En effet, le début a failli me dissuader de continuer. L’histoire met du temps à démarrer et s’ouvre plutôt comme un roman d’initiation où l’on suit les péripéties du jeune D’Artagnan jusqu’à son arrivée à Paris. L’obsession du garçon à chercher la gloire et la fortune, la pauvreté de son équipement, sa naïveté et son inexpérience du combat en font presque une caricature à la Don Quichotte. Son ignorance des codes, son caractère trop emporté, son orgueil trop vite blessé, sa façon de provoquer tous ses interlocuteurs en duel après la moindre remarque, ont eu tendance à m’agacer. De la même façon, les parties plus historiques, décrivant les rapports de force entre le Roi et le cardinal, le conflit opposant Anglais et Français, catholiques et protestants, le siège de la Rochelle, m’ont moins intéressée. Mais ne vous arrêtez pas à cela, car une fois passées les 100-150 premières pages, on est lancé dans l’intrigue, et l’on ne lâche plus.

Lire la suite

Autant en emporte le vent (intégrale), Margaret Mitchell

couv50888330

En Géorgie, en 1861, Scarlett O’Hara est une jeune femme fière et volontaire de la haute société sudiste. Courtisée par tous les bons partis du pays, elle n’a d’yeux que pour Ashley Wilkes malgré ses fiançailles avec sa douce et timide cousine, Mélanie Hamilton. Scarlett est pourtant bien décidée à le faire changer d’avis, mais à la réception des Douze Chênes c’est du cynique Rhett Butler qu’elle retient l’attention. C’est alors que la guerre de Sécession éclate bouleversant leurs vies à jamais…

* * *

[Alerte, longue chronique]

Un énorme classique de la littérature américaine, doublé d’un succès majeur de l’histoire du cinéma… Voilà que je me suis attaquée à un mastodonte : Autant en emporte le vent. Je me suis lancée sans rien connaitre de l’histoire – si ce n’est qu’elle se déroulait lors de la guerre de Sécession – désireuse de saisir la chance de découvrir une œuvre si connue sans aucun spoil (Vous savez, c’est un peu le problème que l’on rencontre d’habitude avec les romans trop célèbres dont on connait l’histoire même sans l’avoir lu). Et je dois dire que le roman était très différent de l’idée que je m’en faisais.
Lire la suite

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee

51h-splf2fl-_sx307_bo1204203200_

Alors que l’auteur avait récemment écrit une suite, des années après son célèbre roman, je me suis enfin lancée dans la lecture de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur !

Dans les années 30, Atticus Finch, avocat, élève seul ses deux enfants Jem et Scout, dans une ville d’Alabama. La tranquillité du quotidien de l’enfance est bousculé lorsque le père est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une jeune fille blanche. Viennent alors les doutes, les craintes et les incompréhensions face aux affrontements, aux critiques et au racisme. 

* * *

Il n’est pas facile de parler de Ne tirez-pas sur l’oiseau moqueur. C’est un roman qui plait sans trop que l’on sache pourquoi. Ce n’est pas un récit sur la condition des Noirs aux Etats-Unis, comme pourrait le laisser croire la quatrième de couverture (d’ailleurs, à cause de ça j’étais persuadée, avant de commencer, que les personnages étaient afro-américains, mais pas du tout !). Ce n’est même pas tant le récit d’une injustice. Je dirais que ce livre est comme une fenêtre ouverte sur une période de la vie d’une famille.

Lire la suite

Rebecca, Daphné du Maurier

Magistral, inoubliable. Je pourrais presque m’arrêter là tellement ce livre est une merveille. Je l’ai lu dans le cadre du Challenge d’hiver, « Lire un livre que l’on vous a offert », au mois de janvier (oui, la chronique a un léger retard…).

rebecca

La narratrice n’est encore que la jeune demoiselle de compagnie de Mrs Van Hopper lorsqu’elle rencontre le fameux Max de Winter dans un hôtel de Monte-Carlo. Elle ne se doute pas alors qu’elle va devenir sa femme et devra faire face au souvenir omniprésent de sa première épouse disparue, Rebecca, dans la belle demeure de Manderley.

* * *

Avant toute chose, Daphné du Maurier écrit magnifiquement bien. Elle a ce don de transmettre toutes les émotions des personnages et les tensions qui rythment le récit. Elle vous embarque avec elle dès les premières pages et ne vous lâche qu’une fois le livre refermé. J’aime particulièrement les récits à la première personne, et ici cela nous permet d’entrer dans l’intériorité complexe de la narratrice et de ressentir toutes les tourments que lui causent la situation dans laquelle elle se trouve.

En effet, elle arrive en tant que nouvelle épouse de Maxim de Winter à Manderley, seulement quelques temps après la disparition tragique de Rebecca. L’auteur montre alors à quel point il est difficile pour la jeune fille d’être la femme d’un deuxième mariage, et plus encore d’arriver après la mort de Rebecca. Elle ne pourra jamais rivaliser avec cette femme, dont la mort a sacralisé le souvenir. Tout le monde aime Rebecca. Comment pourrait-on détester une morte ? Sa « présence » paradoxale, dans un lieu qui sera toujours la maison de la défunte, avec ses meubles, son jardin, ses objets personnels, ses domestiques, devient vite oppressante et insupportable pour la narratriceTout rappelle Rebecca, tout est élément de comparaison entre la merveilleuse, belle et talentueuse Rebecca et la nouvelle femme gauche et quelconque.  C’est assez bouleversant de voir à quel point une absence peut faire autant de mal. La narratrice ne parvient pas à trouver son identité et sa marque dans ce milieu social et ce rôle de maitresse de maison qu’elle ne connaît pas, et est simplement réduite à ce que faisait Rebecca. Ainsi, alors que ce deuxième mariage aurait dû être le début d’une nouvelle vie, Maxim et sa nouvelle épouse ne parviennent qu’à vivre dans une imitation maladroite du passé.

«  Sa voix continuait à flotter quelque part, et le souvenir de ses paroles. Il y avait des lieux qu’elle avait visités et des choses qu’elle avait touchées. Peut-être des placards contenaient-ils encore des vêtements qu’elle avait portés, retenant son parfum. Dans ma chambre, sous mon oreiller, j’avais un livre qu’elle avait tenu dans ses mains et je la voyais l’ouvrant à cette première page blanche, souriant tout en écrivant et secouant son stylo. « A Max, Rebecca. » Ce devait être son anniversaire, et elle avait posé ce livre parmi d’autres cadeaux sur la table du petit-déjeuner. Et ils avaient ri ensemble tandis qu’il arrachait le papier et la ficelle. Elle se penchait peut-être sur son épaule pendant qu’il lisait. Max. Elle l’appelait Max. C’était familier, gai, facile à prononcer. La famille pouvait bien l’appeler Maxim si elle y tenait. Les grand-mères et les tantes. Et les gens comme moi, calmes, ternes et jeunes, et qui ne comptaient pas. Max était à elle, elle avait choisi ce nom, et avec quelle assurance elle l’avait tracé sur la page de garde de ce livre ! […] Sa voix résonnait à travers la maison et dans le jardin, insouciante, familière et sûre d’elle comme son écriture. Et moi, je devais l’appeler Maxim. »

« Rebecca », c’est aussi l’histoire d’un couple, de ses difficultés et des désillusions entre attentes et réalité.

Dès le départ, il y a un déséquilibre entre Maxim et sa femme qui est cause de souffrance pour la narratrice. Elle, la jeune fille modeste, qui ne connaît rien du monde et de ses manières, ayant peu confiance en elle. Lui, l’homme charismatique, propriétaire d’un domaine prestigieux qu’il dirige en maître, d’âge mûr et ayant voyagé, habitué à la vie mondaine. Le déséquilibre d’âge et de statut produisent un fort complexe d’infériorité pour la jeune épouse, qui a l’impression que Maxime la traite avec pitié, avec une gentillesse un peu lointaine,  et non, comme elle le voudrait, avec l’amour d’un mari pour sa femme. Il est terrible de voir cela s’insinuer dans le couple au fur et à mesure.

Cela est d’autant plus complexe qu’elle a, dès le début, l’impression  qu’elle est là simplement pour le consoler de son amour perdu, car elle est jeune, distrayante et  constitue une compagnie assez réconfortante. En somme, qu’elle ne pourra jamais être une épouse comme les autres. Et on comprend alors qu’elle ne pourra jamais accéder à un bonheur simple, alors que c’est tout ce qu’elle demande.

« Pourquoi fallait-il toujours qu’il me traitât en enfant, enfant gâtée, irresponsable, créature à caresser de temps en temps quand il en sentait l’envie, mais oubliée le plus souvent après une tape sur l’épaule et la recommandation d’aller jouer plus loin ? J’aurais voulu qu’il arrivât quelque chose qui me fît paraître plus sage, plus mûre. Est-ce que ça continuerait toujours comme ça ? Lui devant moi, avec ses humeurs que je ne partageais pas, ses soucis secrets que j’ignorais ? Ne serions-nous jamais ensemble, un homme et une femme, épaule contre épaule et la main dans la main, sans fossé entre nous ? Je ne voulais pas être un enfant. J’aurais voulu être sa femme, sa mère. J’aurais voulu être vieille. »

Il y a quelque chose d’extrêmement dramatique dans la manière dont leur mariage est un échec dès le début. Maxim et elle ne peuvent pas être heureux, et cela dès le moment où Maxim décide qu’ils vont aller vivre à Manderley, ce lieu plein de souvenirs. Cette décision est une forme d’autodestruction car elle empêche l’insouciance et l’oubli.  Un fossé se creuse et s’élargit entre eux, alimenté par toute une vie passée dont il ne lui parle pas. Maxim n’est pas non plus très conciliant avec sa nouvelle femme car il ne se rend pas compte à quel point cela est difficile pour elle qui ne connaît rien à la vie d’un domaine, qui débarque en étrangère dans un monde qui est peut-être celui de De Winter, connu et respecté de tous, mais pas le sien. En même temps, Maxim est un personnage attachant, pas mauvais, et jamais il ne donne le sentiment de causer du tort exprès.  Le fait de tout percevoir par le biais de la jeune femme fait que l’on accède à la réalité simplement par ses impressions et ses sentiments à elle, sachant qu’elle a naturellement tendance à penser que les autres pensent du mal d’elle. Mais je ne voudrais pas non plus vous donner l’impression que c’est un roman très noir et dépressif ! Il y a beaucoup de drame, mais le roman ne se résume pas à cela !

Le dernier point fort du roman, c’est la manière dont Daphné du Maurier nous tient en haleine tout du long. Sans savoir pourquoi, l’ambiance du récit fait que l’on craint toujours qu’il se passe une catastrophe. Le personnage de Mrs Danvers, qui prend en grappe la nouvelle Mrs de Winter par fidélité à son ancienne maitresse, donne des frissons ! Surtout, il y a un retournement complètement inattendu dans le récit !!!  Je peux vous assurer que j’ai imaginé des centaines de scénario mais  je n’aurais jamais pensé à cela ! C’est simplement génial. L’œuvre est parfaitement construite puisqu’arrivé à la fin, on n’a qu’une envie, c’est de relire les premières pages pour retourner en un sens dans le « présent » des personnages, puisque le cœur du récit commence avec un grand flash back : « J’ai rêvé que je retournais à Manderley ».

* * *

En bref,  Rebecca fait partie des incontournables ! Alors vous aussi, allez rêver à Manderley ! Quant à moi, je pars à la recherche des autres œuvres de Daphné du Maurier…