Chroniques martiennes, de Ray Bradbury

 

Quoi ? Que vois-je ? Enfin une nouvelle chronique ?! Eh non, vous ne rêvez pas, la plume a repris le chemin de l’écran ! On parle de science-fiction, pour une fois !

 

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Les Martiens de l’An 2000 de Bradbury ne sont pas très différents des Terriens. Mais ils sont télépathes… parfois sans le savoir. C’est ainsi que, tandis que la première expédition terrestre s’achemine vers Mars, une femme se met à fredonner un air d’une musique inconnue, et des paroles qu’elle ne comprend pas, « Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ». Troublé par cette petite chanson obsédante, jaloux des rêves qui l’accompagnent, son mari accueille la fusée une arme à la main… et c’est la fin de la première expédition terrestre. Qu’advint-il des autres ? C’est avec ces Chroniques martiennes que Ray Bradbury donna un ton nouveau à la science-fiction et en devint l’un des maîtres.

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Vous vous en êtes sûrement rendus compte depuis le temps,  la science-fiction, ce n’est pas mon fort. J’ai cependant décidé de faire un petit effort et de m’attaquer à un grand classique du genre : les Chroniques martiennes ! Il s’agit de mon deuxième Bradbury puisque j’avais déjà lu dans un cadre scolaire Farenheit 451, auquel je n’avais pas totalement accroché.

Pas besoin d’un bac+5 pour se douter que le titre de « chroniques » annonce plusieurs petites histoires… Et pourtant, je m’attendais à un roman classique et non à une succession de nouvelles parfois totalement indépendantes les unes des autres ! Ce format assez particulier peut être déstabilisant, d’autant que certaines nouvelles sont très courtes et n’ont pas de réelle trame narrative.

Les Chroniques martiennes forment un ouvrage OVNI, assez onirique, mélancolique, qu’il faut lire plus pour l’atmosphère qu’il dégage et les réflexions qu’il propose plutôt que pour un quelconque scénario. 

Remettons-nous dans le contexte de l’époque : le roman a été publié en 1950, avant même le premier débarquement de l’homme sur la lune (1969). Ce n’est également qu’au début des années 1970 que les premiers atterrisseurs sont envoyés sur Mars afin de mieux connaître la planète rouge.

La voie était donc libre pour l’imagination de Bradbury, visionnaire comme le sont souvent les auteurs de SF, émettant déjà l’hypothèse d’un voyage humain dans l’espace. D’un autre côté, ne vous attendez pas à des petits bonhommes verts : dans l’esprit de l’auteur, les Martiens ont la peau brune, les yeux dorés, la voix métallique et sont télépathes. Ils ont un côté fantastique, presque fantasmagorique, insaisissable. Quant à leur planète, elle se révèle assez inhospitalière…

Les Chroniques martiennes nous content, au fil des expéditions, le début de la colonisation terrienne sur Mars. Au-delà de Mars, c’est donc des phénomènes de colonisation en général dont il est question : installation des colons, tentatives d’évangélisation par des missionnaires, mise en culture de la terre, expansion d’un mode de vie au détriment des populations autochtones…  Les hommes fuient la Terre ravagée par les conflits pour s’installer sur Mars dont ils entendent faire un nouveau paradis, sorte d’American Dream futuriste. Quel droit ont-ils de s’installer sur une autre planète ? Peut-on être sûr que ce qui les attend n’est pas pire ? Comment ne pas refaire les mêmes erreurs ?

Dans un récit engagé politiquement au sein duquel pointe la défense de l’environnement et de la nature, Bradbury dépeint une nature humaine cupide, cruelle, égoïste et intolérante. Les chutes des nouvelles sont souvent tragiques, les hommes pris à leur propre jeu face à des Martiens qui voient eux aussi des aliens : on est tous l’étranger de quelqu’un, a-t-on l’habitude de dire. Le tout dégage une atmosphère inquiétante, cynique et assez glauque qui m’a empêchée de vraiment apprécier cette lecture.

L’idée est intéressante, mais les personnages sont peu attachants et le fil pas toujours facile à suivre. Les nouvelles sont très inégales. Pour rendre justice à l’oeuvre, je terminerai en citant quelques nouvelles qui m’ont séduite :

  • « Les hommes de la Terre »qui renverse totalement notre perspective : alors que la conquête spatiale était l’objectif ultime pour les Terriens, les Martiens semblent totalement indifférents à l’arrivée des Terriens sur Mars.
  • « Le matin vert », remake de « L’homme qui plantait des arbres », ode à la nature.
  • « Tout là-haut dans le ciel », qui dénonce l’esclavage et le racisme dans l’Amérique conservatrice.
  • Usher II, clin d’œil à Farenheit 451 contre la censure et toute forme de contrôle moral.

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En bref, malgré un format déstabilisant et un univers auquel je n’ai pas accroché, les Chroniques martiennes ont le mérite de porter des réflexions intéressantes sur la colonisation, le rapport à l’autre et la légitimité de la conquête spatiale.

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Cress, de Marissa Meyer

Me voici de retour pour une chronique ! Je suis habitée par une grande flemme en ce début de vacances, et les chroniques entamées mais pas finies s’entassent dans mes brouillons ! Je vais essayer de me secouer les puces avant mon départ en vacances (tout bientôt !!!!! )

On poursuit notre plongée dans les Chroniques lunaires. Après Cinder et Scarlet, c’est au tour du mythe de Raiponce, c’est-à-dire Cress, d’être réinterprété par l’auteur.

MAIS HALTE-LA ! Si vous n’avez pas lu les deux premiers tomes, je vous conseille de passer votre tour cette fois-ci 🙂

 

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Alors que la létumose fait toujours des ravages, la tension monte entre la Terre et la Lune. Afin de calmer les pulsions meurtrières des soldats lunaires, le jeune empereur de la Communauté Orientale, Kai, a consenti à épouser Levana, la cruelle reine lunaire. Cinder, accompagnée de ses compagnons de route, ne croit pas aux promesses de Levana, et est décidée à empêcher le mariage et à renverser la Reine. Trouveront-ils en Cress l’aide qu’ils attendent

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Je vous parlais récemment de manière assez mitigée du tome 3 du Labyrinthe, Le Remède mortel. Eh bien j’ai ressenti un peu la même chose à la lecture de Cress. Cinder et Scarlet avaient été tous deux de gros coups de cœur, tant au niveau de l’univers, de l’intrigue ou des personnages. J’avais donc très hâte de découvrir la suite des aventures de nos héros futuristes : elle n’a pas forcément été à la hauteur de mes attentes.

L’histoire met un peu de temps à démarrer et l’action ralentit. Le début – au moins jusqu’aux 150 premières pages – est assez inintéressant et ne m’a pas séduite comme les autres tomes. Cela est du au fait que l’on découvre le personnage de Cress, bloquée dans son satellite (par définition, il ne peut pas se produire grand chose dans un espace réduit ! ). Mais l’auteur aurait pu passer plus vite sur certains passages. Marissa Meyer a tendance à faire des tomes de plus en plus gros, ce qui n’est pas forcément heureux… Et quand on sait que Winter fait 900 pages, on ne peut qu’espérer qu’elle aura corrigé ce défaut !

Pour ne pas commencer que par des critiques, il faut saluer l’idée de la transposition de la tour de Raiponce en un satellite tournant en orbite autour de la Terre. Cress, une coquille, a été enfermée par les dirigeants lunaires qui se servent depuis son enfance de ses talents de jeune hackeuse pour espionner la Terre et protéger les actions malveillantes des Lunaires. De quoi réactualiser les histoires de princesses !

Justement, Cress est un personage attachant : naïve et assez peureuse, elle débarque en terre inconnue après n’avoir rien connu d’autre que son satellite et les images ou sons terriens qu’elle a pu télécharger. Elle porte une vision totalement idéalisée de la Terre, qu’elle rêve depuis toujours de visiter. Or, l’auteur joue bien avec son côté fleur bleue pour ne pas verser dans la guimauve ou la love story facile, et en profite pour se moquer des contes de fées du type  « Un jour mon prince viendra » !

J’ai cependant eu quelques petites déceptions, notamment autour du personnage de Kai : la position de dirigeant en difficulté face à Levana lui sied bien mal ! Scarlet, personnage que j’adore, est quasiment absente du tome, ce qui a joué aussi sur mon humeur à la lecture, je l’avoue…   Il est dommage, aussi, que Marissa Meyer veuille à tout prix « caser » tous ses personnages !

Comme j’en parlais récemment avec Lestrange in Wonderland, on sent que l’auteur est plus douée pour imaginer un univers et mener des love story que pour les scènes d’action : elle a du mal à mettre réellement ses personnages en difficulté et les plans ne rencontrent presque pas d’obstacles !

Bref, je ne voudrais pas donner l’impression que j’ai détesté cette lecture, même si je l’ai trouvé en-deça des autres tomes. Encore une fois, c’est Cinder qui porte le récit. Les fans seront ravies de retrouver Iko, en chair et en os ! J’ai également totalement redécouvert le personnage de Carswell Thorne : alors que je le trouvais particulièrement agaçant jusqu’à présent, il révèle d’autres facettes de sa personnalité.

Ce troisième reste dynamique, grâce à la succession des différents points de vue des personnages qui ont été dispersés aux quatre coins du monde (enfin, de l’univers). On aime les suivre un à un jusqu’à ce qu’ils se retrouvent !

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En un mot, je considère Cress plutôt comme un tome de transition pour préparer l’action finale qui aura lieu dans Winter. La lecture reste plaisante, même si les passages sont inégaux. J’espère retrouver tout mon enthousiasme dans le final !

Verdict : Même s’il peut mieux faire, j’en garde…

Verdict Une bonne suprise

 

 

Scarlet, Marissa Meyer

On poursuit notre immersion dans les contes de fées, grâce au livre II des Chroniques lunaires ! Toi qui ne sais pas encore de quoi je parle, je t’invite à aller voir le tome 1 juste ici !

 

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Cette fois, l’histoire est inspirée de celle du Petit Chaperon rouge (hum, vous l’aurez deviné à la couverture !). A Rieux, dans la campagne française, la jeune Scarlet essaye désespérément de convaincre la police de lancer une enquête pour retrouver sa grand-mère qui a disparu subitement sans laisser de trace. Ne croyant pas à un départ volontaire, elle va prendre les choses en main pour retrouver les ravisseurs… Dans le même temps, à la Communauté orientale, Cinder  prépare son évasion pour obtenir des réponses à ses questions et empêcher les Lunaires de plonger la Terre dans le chaos.

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Marissa Meyer réussit une fois de plus son pari avec la réécriture du conte de Charles Perrault. J’ai trouvé qu’elle restait plus fidèle à la trame de l’histoire que dans Cinder (qui n’avait finalement pas grand chose à voir avec Cendrillon). Le plus intéressant est qu’elle utilise habilement le fait que tout le monde connaisse Le Petit Chaperon rouge (et sa fin tragique) pour installer le suspens. Je m’explique. Dès les premières pages, un homme appelé Loup, un peu mystérieux, carnivore, brutal mais séduisant, fait son apparition. Merci pour le cliché et les gros sabots. Sauf que. On se dit « c’est évident, Loup c’est l’homme qui parait gentil mais dont il faut se méfier car derrière c’est un dangereux psychopathe qui veut manger la grand-mère et la petite-fille ». Et dire que Scarlet tombe dans le panneau… Mais non, Scarlet n’est pas dupe. Au même moment, le lecteur se ravise : « Mais ce serait justement trop évident, l’auteur n’a pas pu se contenter de ça. Et si Loup n’était pour rien dans l’enlèvement de la grand-mère ? ». Puis notre esprit nous rappelle qu’il a quand même quelque chose de pas net… Bref, on oscille entre le pour et le contre…jusqu’à ce qu’on ne sache plus. Et l’auteur a gagné.

Les destins de Scarlet et de Cinder se mêlent de manière habile. On n’est pas du tout dans les rencontres artificielles de deux personnages comme ça peut être le cas avec les spin-off des séries. On est d’abord curieux et ravi de retrouver le personnage de Cinder indirectement, lorsque ses déboires sont retransmis à la télévision…et que Scarlet prend sa défense. Ensuite, tandis que chacune parle de l’autre sans la connaître, leurs intérêts vont se croiser jusqu’à la rencontre tant attendue.

Si j’ai trouvé la partie de l’histoire avec Cinder et Thorne bien moins prenante (surtout comparée au tome I), elle permet d’en savoir plus sur Cinder, son caractère, ses pouvoirs lunaires et surtout ses origines. Parce que la fin du tome I nous laissait quand même dans un gros flou ! Le personnage de Kai (le-prince-qui-fait-tomber-les-cœurs) perd certes de son intérêt (et de son charme ?) loin de sa (potentielle) dulcinée, mais celui de Thorne ajoute une tonalité intéressante au récit. L’auteur dévoile son univers au fur et à mesure et nous familiarise avec le fantastique (les habitants lunaires, les thaumaturges, les desseins de Levana,….).

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En bref, j’adhère totalement à l’idée de cette saga : un passage d’un personnage de conte à un autre,  en tissant des liens entre les histoires et en ajoutant progressivement des éléments révélateurs pour comprendre à la fois les personnages et leur univers, jusqu’à la réunion finale dans le tome 4.  Mon personnage préféré reste Cinder, même si l’histoire de Loup (et accessoirement de Scarlet !) m’a conquise !

A bientôt avec Cress…

Verdict Un bon moment

« Cinder », Marissa Meyer

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A New Beijing, Cinder est une cyborg. Autant dire une paria. Elle partage sa vie entre l’atelier où elle répare des robots et sa famille adoptive. A seize ans, la jeune fille a pour seul horizon les tâches plus ou moins dégradantes qu’elle doit accomplir pour ses sœurs et sa marâtre.
Mais le jour où le prince Kai lui apporte son robot de compagnie – son seul ami -, le destin de Cinder prend un tour inattendu.

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Avant toute chose, je dois dire que cette série ne m’attirait pas spécialement et que je n’aurais jamais eu l’idée de lire les Chroniques lunaires sans le Challenge d’hiver Masscritics (« lire une réécriture de conte ») et surtout sans l’article de La tête dans les livres (que je remercie parce jusqu’à ce que je lise son article sur les contes, j’étais totalement désespérée de trouver une réécriture ^^ ) ! J’ai retrouvé ensuite la saga chroniquée chez Lestrange in Wonderland, et ça m’a donné d’autant plus envie de me lancer !

Toi qui pense que ce livre n’est pas fait pour toi, cette chronique t’est destiné !

Cinder, pour faire simple, c’est un mix entre Cendrillon et la science-fiction. Drôle de mélange, me direz-vous. Eh bien non, cela marche parfaitement ! L’histoire se passe à New Beijing, une ville futuriste dans laquelle humains et androïdes cohabitent. Linh Cinder est une mécanicienne talentueuse, mi-humaine, mi-cyborg, méprisée en raison de sa part « robot ». Sur fond d’histoires d’Etat et d’épidémie mortelle, elle reçoit la visite du Prince Kai, une rencontre qui va bouleverser son existence.

On ne peut que saluer l’originalité et l’audace de transformer un conte de fées en récit de science-fiction ! Le plus intéressant dans tout cela est que l’on n’est pas dans une simple copie de l’histoire de Cendrillon. Marissa Meyer s’inspire de l’univers de ce conte mais l’histoire s’en détache et finalement cela n’a rien à voir. On garde cependant le plaisir de retrouver des éléments connus, à travers des grandes figures (la fille brimée, le prince, la belle-mère) et des épisodes particuliers (l’obligation de faire le ménage, le bal et les chaussures).

L’auteur séduit le lecteur avant tout avec ses personnages. Cinder est tout de suite attachante. Elle a le charme du héros paria, celui qu’on soutient puisque, placé de son côté par la narration, on ressent d’autant plus l’injustice des discriminations et des brimades. Adoptée par un homme qui a depuis disparu, elle est élevée par une femme qui n’a jamais voulu d’elle et lui fait sentir qu’elle n’appartient pas à la famille. Traitée comme une moins que rien car elle est cyborg, elle passe son temps à travailler dans sa petite échoppe à réparer les androïdes et les objets électroniques, ramenant de l’argent qui ne lui appartiendra jamais. Le fait qu’elle soit cyborg lui donne à nos yeux un attrait particulier. Gentille, certes, mais aussi douée, courageuse, ayant peu d’amour-propre mais beaucoup de dignité, elle a ce quelque chose qui en fait un personnage coup de cœur.

Cinder a pour seule amie un androïde aux réactions très humaines, Iko, particulièrement drôle et vivant ! Quant au Prince Kai, on est à deux doigts de tomber amoureuse de lui, tant il semble avoir toutes les qualités (sans être trop caricatural).

Le rajout d’aspects fantastiques, comme la létumose (une terrible épidémie dont personne n’a le remède et qui décime la population) ou encore ceux que l’on appelle les « Lunaires » enrichit l’histoire et la rythme de nombreux rebondissements. Au total, Marissa Meyer nous embarque, convaincus et intrigués, dans le monde qu’elle a imaginé, y compris si, comme moi, on n’est pas fan de science-fiction. On souhaite déchiffrer les énigmes en même temps que Cinder et pour cela on tourne les pages jusqu’à la dernière !

Cinder a toutes les caractéristiques d’un premier tome, il ne fait qu’introduire un univers futuriste dont on n’a pas encore toutes les clés et qui se dévoilera progressivement à travers les histoires de Scarlet et de Cress. Notre curiosité est aiguisée, mais bizarrement ne pas en savoir plus sur ce monde « lunaire » ne m’a pas manqué, puisque j’étais tout entière absorbée par le destin des personnages. On verra ce que l’avenir nous réserve !

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En un mot, j’ai littéralement ADORE ce tome et j’ai hâte de découvrir la suite, avec peut-être un petit regret de devoir déjà quitter le focus du personnage de Cinder (même si elle sera présente de manière plus minime dans la suite de l’histoire). Je vous retrouve donc très vite dans la chronique de Scarlet !

Verdict Coup de coeur