Nord et Sud, Elizabeth Gaskell

On reste dans la littérature victorienne avec Nord et Sud, le chef d’œuvre d’Elizabeth Gaskell. Et dire que je ne l’ai pas découvert plus tôt !

Après une enfance passée dans un village riant du Hampshire, Margaret Hale, fille de pasteur, s’installe dans une ville du Nord. Témoin des luttes entre ouvriers et patrons, sa conscience sociale s’éveille. John Thornton, propriétaire d’une filature, incarne tout ce qu’elle déteste : l’industrie, l’argent et l’ambition. Malgré une hostilité affichée, John tombera sous son charme.

On pourrait décrire ce roman assez simplement comme une romance sur fond de Révolution industrielle en Angleterre. La dimension industrielle, justement, tranche avec le cadre habituel des romances telles qu’on peut les retrouver chez les sœurs Brontë ou Jane Austen. Ainsi, les enjeux économiques et sociaux sont au cœur du récit.

Lorsque son père, pasteur, décide d’abandonner sa charge, Margaret est contrainte de quitter son village du Sud de l’Angleterre pour rejoindre Milton, une ville industrielle du Nord de l’Angleterre. Le choc est rude pour la jeune fille, qui passe du charme bucolique et paisible de la campagne anglaise à une ville bruyante, sale et peuplée. Au-delà du cadre de vie, la position sociale des Hale change puisque, de figure estimée au sein de sa paroisse, le père de Margaret devient un simple tuteur et ils sont obligés de vivre bien plus modestement. Le départ pour Milton constitue ainsi une véritable fracture entre un passé heureux et une lente descente aux enfers, avec de nombreux drames qui toucheront la famille.

Margaret tente tant bien que mal de s’adapter à sa nouvelle vie mais est assurée de détester Milton. Et comme on la comprend lorsqu’on compare la nature environnante du Hampshire à la pollution des machines qui entoure la ville d’un brouillard constant ! La jeune fille découvre également une autre réalité économique et le visage d’une autre misère sociale – celle des ouvriers, très différente de la modicité des paysans. A Milton, au cœur de l’industrie du coton, elle appréhende pour la première fois la face sombre de la modernité, les conflits de classe, la colère de la foule qui gronde et la grève qui menace la pérennité économique et la sécurité publique. Dans son système de valeurs, c’est aussi la générosité bienveillante et quelque peu paternaliste d’un notable envers « ses pauvres », dont elle était coutume à la campagne, qui s’oppose à la brutalité des affaires, guidées par un objectif de rendement, et à l’attitude distante d’un patron envers ses ouvriers.

Le contraste entre ces deux Angleterre, le Nord industriel et le Sud rural, est particulièrement bien rendu par Elizabeth Gaskell, et il est frappant de constater les différence de modes de vie, de valeurs et de population entre les deux régions.

Au milieu de tout cela, Margaret fait la connaissance de John Thornton, le nouvel « élève » de son père. Propriétaire d’une filature de coton, son succès dans les affaires, bien que récent, en fait une des figures incontournables de la ville. Mais Margaret n’a pour lui que mépris : elle répugne la vulgarité de sa profession, sa position d’industriel guidé par le profit, son statut de nouveau riche, sans noblesse, et son manque de culture. La confrontation entre les deux s’annonce orageuse et produit des dialogues savoureux. La situation que Margaret découvre à Milton la révolte et éveille sa conscience sociale. Elle va tenter de convaincre Mr Thornton de revoir sa perception des choses et d’aller vers davantage de conciliation, afin d’apaiser le conflit social.

Comme dans Orgueil et préjugés, Margaret se laisse guider par ses préjugés et ses jugements hâtifs, tandis que John Thornton est agacé par cette jeune fille prompt à la critique qui n’hésite pas à s’opposer frontalement à lui. Bien entendu, tout l’enjeu du roman réside dans l’évolution de nos deux héros l’un au contact de l’autre et dans leur relation teintée de piquant. J’aurais aimé cependant qu’une plus grande place soit laissée à la romance dans l’intrigue. Il m’a manqué quelques scènes qui font l’attrait de cette littérature, notamment de belles déclarations ! Après avoir vu les protagonistes se déchirer, être séparés, la fin du roman est un peu rapide et on reste sur notre faim.

En bref, Nord et Sud est avant tout un formidable témoignage historique des enjeux sociaux de la Révolution industrielle, ce moment de bascule vers le progrès qui s’accompagne cependant de l’exploitation de la classe ouvrière qui vit dans la misère. Sur le fond, il est intéressant d’assister aux débats sur les stratégies économiques à adopter et les politiques de gestion du personnel, parallèlement aux luttes qui s’organisent avec la naissance des syndicats.

Mais au-delà de cet intérêt intellectuel, le roman suscite aussi l’émotion face à la pauvreté des ouvriers auxquels Margaret s’attache et aux épreuves que traverse la famille Hale. L’intrigue est servie par deux personnages au caractère fort qui forment un duo/duel mémorable et nous apporte la touche de romance indispensable pour nous faire vibrer aux côtés des protagonistes. Sans aucun doute un de mes nouveaux classiques favoris !

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7 réflexions sur “Nord et Sud, Elizabeth Gaskell

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