Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Ken Kesey

9782234054844Un bon moment ♥ ♥

Dans une maison de santé, une redoutable infirmière, « la Chef », terrorise ses pensionnaires et fait régner, grâce à un arsenal de « traitements de chocs », un ordre de fer, les réduisant à une existence quasi végétative. Surgit alors McMurphy, un colosse irlandais, braillard et remuant, qui a choisi l’asile pour échapper à la prison. Révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de « la Chef », il décide d’engager une lutte qui, commencée à la façon d’un jeu, devient peu à peu implacable et tragique.

Je n’ai pas vu la célèbre adaptation cinématographique par Milos Forman, mais je n’en ai entendu que du bien, au point qu’elle remplace souvent la connaissance du roman d’origine.

[PS : Même si je lisais il y a peu Le cas Eduard Einstein, ne vous en faites pas, je ne fais pas une fixation sur les hôpitaux psychiatriques, c’est une simple coïncidence ^^ ]

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee

51h-splf2fl-_sx307_bo1204203200_Coup de cœur ♥ ♥ ♥

Alors que l’auteur avait récemment écrit une suite, des années après son célèbre roman, je me suis enfin lancée dans la lecture de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur !

Dans les années 30, Atticus Finch, avocat, élève seul ses deux enfants Jem et Scout, dans une ville d’Alabama. La tranquillité du quotidien de l’enfance est bousculé lorsque le père est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une jeune fille blanche. Viennent alors les doutes, les craintes et les incompréhensions face aux affrontements, aux critiques et au racisme. 

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Il n’est pas facile de parler de Ne tirez-pas sur l’oiseau moqueur. C’est un roman qui plait sans trop que l’on sache pourquoi. Ce n’est pas un récit sur la condition des Noirs aux Etats-Unis, comme pourrait le laisser croire la quatrième de couverture (d’ailleurs, à cause de ça j’étais persuadée, avant de commencer, que les personnages étaient afro-américains, mais pas du tout !). Ce n’est même pas tant le récit d’une injustice. Je dirais que ce livre est comme une fenêtre ouverte sur une période de la vie d’une famille.

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Les Raisins de la colère, de John Steinbeck

C_Les-Raisins-de-la-colere_3277Un bon moment ♥ ♥

 

La crise économique de 1929, la modernisation de l’agriculture, la sécheresse en Oklahoma. Ces trois phénomènes, catastrophes, poussent la famille Joad, comme bon nombre de familles, à quitter leurs terres pour chercher une vie meilleure en Californie. Un long périple commence…

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Comme souvent (j’ai l’impression de dire ça au début de chaque chronique en fait), je n’avais aucune idée de l’histoire avant de commencer ma lecture. Heureusement, peut-être, car dire que le roman est l’histoire d’une famille de paysans serait assez rebutant et ne rendrait pas justice au livre. Les Raisins de la colère, c’est bien plus que ça.

C’est un livre choc, plein de vie, de souffrance, de révolte, d’incompréhension face au progrès technique et à l’arrivée des machines qui détruisent l’homme en le rendant inutile. C’est un témoignage sur l’impuissance devant l’inhumanité qui s’empare de la terre.

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Moby Dick, d’Herman Melville

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÷ Mitigé 

 

Je ne chercherai pas à vous faire un résumé de Moby Dick – ce serait peine perdue. Car si tout le monde a déjà entendu parler de Moby Dick, la baleine chassée par le méchant capitaine Achab, peu savent à quoi ressemble le roman original d’où est tirée la célèbre histoire.

En réalité, le roman d’Herman Melville est plus un documentaire sur la baleine qu’un roman. Je pense que c’est surtout lié à l’époque où a été publié le livre, disons qu’il a simplement mal vieilli. Cette façon d’écrire n’est plus du tout d’actualité : c’est comme si l’auteur, dans une phase préparatoire, avait fait des recherches très pointues pour le sujet de son roman et les incluait ensuite telles quelles, brutes, dans son roman. On a ainsi des passages entiers destinés simplement à informer le lecteur de manière très scientifique : description de la baleine, typologie de toutes les espèces de baleine et leurs spécificités… Autant vous dire que le tout est assez lourd et long. J’ai décidé de sauter carrément des passages entiers, et ce sans scrupules ni remords, car c’est presque nécessaire si on ne veut pas gâcher sa lecture et abandonner le livre. La lecture est d’autant plus fastidieuse qu’il n’y a aucune images ou cartes qui permettraient de visualiser ce que raconte l’auteur sur les baleines et de suivre le trajet du navire lors de la chasse.

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Chroniques martiennes, de Ray Bradbury

 

Quoi ? Que vois-je ? Enfin une nouvelle chronique ?! Eh non, vous ne rêvez pas, la plume a repris le chemin de l’écran ! On parle de science-fiction, pour une fois !

 

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Les Martiens de l’An 2000 de Bradbury ne sont pas très différents des Terriens. Mais ils sont télépathes… parfois sans le savoir. C’est ainsi que, tandis que la première expédition terrestre s’achemine vers Mars, une femme se met à fredonner un air d’une musique inconnue, et des paroles qu’elle ne comprend pas, « Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ». Troublé par cette petite chanson obsédante, jaloux des rêves qui l’accompagnent, son mari accueille la fusée une arme à la main… et c’est la fin de la première expédition terrestre. Qu’advint-il des autres ? C’est avec ces Chroniques martiennes que Ray Bradbury donna un ton nouveau à la science-fiction et en devint l’un des maîtres.

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Vous vous en êtes sûrement rendus compte depuis le temps,  la science-fiction, ce n’est pas mon fort. J’ai cependant décidé de faire un petit effort et de m’attaquer à un grand classique du genre : les Chroniques martiennes ! Il s’agit de mon deuxième Bradbury puisque j’avais déjà lu dans un cadre scolaire Farenheit 451, auquel je n’avais pas totalement accroché.

Pas besoin d’un bac+5 pour se douter que le titre de « chroniques » annonce plusieurs petites histoires… Et pourtant, je m’attendais à un roman classique et non à une succession de nouvelles parfois totalement indépendantes les unes des autres ! Ce format assez particulier peut être déstabilisant, d’autant que certaines nouvelles sont très courtes et n’ont pas de réelle trame narrative.

Les Chroniques martiennes forment un ouvrage OVNI, assez onirique, mélancolique, qu’il faut lire plus pour l’atmosphère qu’il dégage et les réflexions qu’il propose plutôt que pour un quelconque scénario. 

Remettons-nous dans le contexte de l’époque : le roman a été publié en 1950, avant même le premier débarquement de l’homme sur la lune (1969). Ce n’est également qu’au début des années 1970 que les premiers atterrisseurs sont envoyés sur Mars afin de mieux connaître la planète rouge.

La voie était donc libre pour l’imagination de Bradbury, visionnaire comme le sont souvent les auteurs de SF, émettant déjà l’hypothèse d’un voyage humain dans l’espace. D’un autre côté, ne vous attendez pas à des petits bonhommes verts : dans l’esprit de l’auteur, les Martiens ont la peau brune, les yeux dorés, la voix métallique et sont télépathes. Ils ont un côté fantastique, presque fantasmagorique, insaisissable. Quant à leur planète, elle se révèle assez inhospitalière…

Les Chroniques martiennes nous content, au fil des expéditions, le début de la colonisation terrienne sur Mars. Au-delà de Mars, c’est donc des phénomènes de colonisation en général dont il est question : installation des colons, tentatives d’évangélisation par des missionnaires, mise en culture de la terre, expansion d’un mode de vie au détriment des populations autochtones…  Les hommes fuient la Terre ravagée par les conflits pour s’installer sur Mars dont ils entendent faire un nouveau paradis, sorte d’American Dream futuriste. Quel droit ont-ils de s’installer sur une autre planète ? Peut-on être sûr que ce qui les attend n’est pas pire ? Comment ne pas refaire les mêmes erreurs ?

Dans un récit engagé politiquement au sein duquel pointe la défense de l’environnement et de la nature, Bradbury dépeint une nature humaine cupide, cruelle, égoïste et intolérante. Les chutes des nouvelles sont souvent tragiques, les hommes pris à leur propre jeu face à des Martiens qui voient eux aussi des aliens : on est tous l’étranger de quelqu’un, a-t-on l’habitude de dire. Le tout dégage une atmosphère inquiétante, cynique et assez glauque qui m’a empêchée de vraiment apprécier cette lecture.

L’idée est intéressante, mais les personnages sont peu attachants et le fil pas toujours facile à suivre. Les nouvelles sont très inégales. Pour rendre justice à l’oeuvre, je terminerai en citant quelques nouvelles qui m’ont séduite :

  • « Les hommes de la Terre »qui renverse totalement notre perspective : alors que la conquête spatiale était l’objectif ultime pour les Terriens, les Martiens semblent totalement indifférents à l’arrivée des Terriens sur Mars.
  • « Le matin vert », remake de « L’homme qui plantait des arbres », ode à la nature.
  • « Tout là-haut dans le ciel », qui dénonce l’esclavage et le racisme dans l’Amérique conservatrice.
  • Usher II, clin d’œil à Farenheit 451 contre la censure et toute forme de contrôle moral.

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En bref, malgré un format déstabilisant et un univers auquel je n’ai pas accroché, les Chroniques martiennes ont le mérite de porter des réflexions intéressantes sur la colonisation, le rapport à l’autre et la légitimité de la conquête spatiale.

« Pour qui sonne le glas », Ernest Hemingway

Pour qui sonne le glas a eu pour moi le charme d’une vieille édition jaunie trouvée dans la bibliothèque parentale. J’ai eu un certain plaisir à découvrir totalement l’histoire puisque mon édition ne comportait pas de résumé sur la 4ème de couverture. Je n’avais aucune idée de l’intrigue, si ce n’est que cela se passait pendant la guerre d’Espagne. Il s’agissait de mon premier roman d’Hemingway : il était temps de découvrir cette grande figure de la littérature américaine !

Un boC_Pour-qui-sonne-le-glas_5033.jpegn moment ♥ ♥

Pour qui sonne le glas est inspiré du vécu d’Ernest Hemingway en tant que journaliste pendant la guerre civile espagnole. Un jeune professeur américain, Robert Jordan, engagé dans les Brigades internationales, est envoyé en Castille par le général Golz pour faire sauter un pont. Une offensive républicaine étant imminente, ce pont doit être détruit dès le déclenchement de l’attaque pour couper la route aux troupes de renforts franquistes. Pour y arriver, Robert Jordan rejoint un groupe de partisans derrière les lignes, cachés dans les montagnes. 

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Je voudrais d’abord vous prévenir de ne pas faire la même méprise que moi. Je pensais que l’attaque du pont était l’affaire d’un ou deux chapitres, et qu’on suivait ensuite les personnages dans les affres de la guerre, un peu comme une fresque. En réalité, ce roman a la particularité d’avoir une unité d’action et de temps très réduites : sur quelques jours, Hemingway raconte les étapes de la préparation de l’attaque, avec tout le repérage, les discussions, les imprévus, jusqu’au déroulement de l’attaque qui clôt le livre.

Mais finalement, malgré ce sujet qui peut rebuter, le roman n’est pas ennuyant ni monotone, avant tout grâce au charme de ses personnages qui ont chacun une identité et une histoire. Robert Jordan, Américain engagé aux côtés des guerilleros et passé maître dans l’art de faire sauter les ponts, témoigne, à travers son récit et ses pensées, de la complexité de la situation et des tensions entre sa volonté et son devoir. Maria, jeune fille violentée et tondue par les fascistes, recueillie ensuite par les partisans, est un personnage touchant dont le comportement est marqué par les épreuves qu’elle a vécues.

J’ai peiné, cependant, lors de certains passages moins intéressants, en particulier en milieu de lecture. Je vous conseille de ne pas hésiter à passer vite sur ces moments pour ne pas vous décourager !

Pour qui sonne le glas nous fait découvrir la guerre d’Espagne et donne envie de s’y intéresser. L’auteur raconte aussi l’Espagne, l’esprit si particulier des ses habitants, la foi et les corridas, le caractère des femmes. On a ainsi le point de vue d’un Américain sur le peuple espagnol et leur culture, forme d’hommage sans en être un.

Hemingway nous parle surtout de la guerre, de ses horreurs, du sacrifice pour la cause ou pour ses camarades. De l’action de guerilla, dans la peau d’un petit groupe perdu dans les montagnes qui n’a aucune idée de ce qui se trame mais qui a envie d’action contre les fascistes. Des officiers qui imaginent des plans, et de la tragédie pour ceux qui doivent l’appliquer avec tous les risques et les conséquences. De comment une attaque ne se passe jamais comme prévu, à cause de l’amateurisme, de la désobéissance, du bavardage, de la trahison, des caprices, de la météo ou simplement de la faute à pas de chance.

« S’il faut mourir, songeait-il, et c’est clair qu’il le faut, je peux mourir. Mais je déteste ça. Mourir n’était rien, et il ne s’en faisait aucune peinture terrifiante. Mais vivre, c’était un champ de blé balancé par vent au flanc d’un coteau. Vivre, c’était un faucon dans le ciel. Vivre, c’était une cruche d’eau dans la poussière du grain battu et l’envol de la balle. Vivre, c’était un cheval entre les jambes, une carabine dans les fontes, et une colline, et une vallée, et un ruisseau bordé d’arbres, et l’autre bord de la vallée avec, au loin, d’autres collines. »

Il nous fait réfléchir sur la justice en guerre, le droit ou non de tuer, la difficile définition de l’ennemi en guerre civile – lorsqu’un paysan est fasciste sans y croire parce que tout le monde l’est ou par peur des représailles, lorsque qu’une femme se fait abattre parce qu’elle a eu le malheur d’avoir un mari républicain, lorsque celui qui tient la mitrailleuse en face est un jeune de 20 ans du village d’à côté. « A la guerre, on ne tue jamais ceux qu’on voudrait. » Les combattants ne sont pas forcément de fervents communistes.

Mais surtout, c’est un livre qui parle d’amour, et de manière assez bouleversante. Comment vivre l’histoire de sa vie en trois jours, quand l’on sait que l’on ne survivra peut-être pas davantage ? Se concentrer sur l’intensité des retrouvailles de chaque soir, s’efforcer de croire à ses rêves et à ses projets d’avenir, se promettre et se protéger. Ne pas pleurer sur son sort mais se dire que, finalement, la chance est d’avoir connu ce que la plupart des hommes ne connaîtront jamais : le vrai amour. J’ai pu être gênée par moment par la soumission et le dévouement total de la femme envers son homme, mais l’époque et la particularité d’un personnage innocent et naïf l’expliquent peut-être.

« Et autre chose. Ne te bourre jamais le crâne sur ton amour pour quelqu’un. C’est seulement que la plupart des gens n’ont pas la chance d’avoir ça. Tu n’avais jamais eu ça avant, et maintenant tu l’as. Ce qui t’arrive avec Maria, que cela ne dure qu’aujourd’hui et une partie de demain, ou que cela dure toute la vie, c’est la chose la plus importante qui puisse arriver à un être humain. Il y aura toujours des gens pour dire que ça n’existe pas, parce qu’ils n’ont pas pu l’avoir. Mais, moi, je te dis que c’est vrai et que tu as de la chance, même si tu meurs demain. »

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En bref : un beau roman sur la guerre, le devoir et l’amour, qui nous plonge dans l’Espagne des années 1930. Malgré quelques passages longuets, les réflexions apportées par Hemingway valent le détour !