Les Suprêmes, Edward Kelsey Moore

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Elles se sont rencontrées dans les années 1960 et ne se sont plus jamais quittées : tout le monde les appelle « les Suprêmes », en hommage au célèbre groupe des années 1970. Complices dans le bonheur comme dans l’adversité, ces trois irrésistibles « quinquas » afro-américaines aussi puissantes que fragiles ont fait d’un des restaurants de leur petite ville de l’Indiana longtemps marquée par la ségrégation leur quartier général où, tous les dimanches, entre commérages et confidences, rire et larmes, elles élaborent leurs stratégies de survie et se gavent de poulet frit.

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Voilà un roman dont je vous avais parlé lors de ma présentation de récits afro-américains. A bien des égards, il m’a rappelé La couleur des sentiments : des femmes noires d’âge mûr, une amitié forte, l’Amérique des années 60, la ségrégation et le racisme, une pointe d’humour et d’émotion. Et en même temps, il n’a rien à voir et je dois dire que je l’ai trouvé bien en-dessous, même si j’ai finalement passé un moment sympathique.

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Mille femmes blanches,Jim Fergus

couv58377174.jpgEn 1874, à Washington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition incroyable du chef indien Little Wolf: troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des « Mille femmes » viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les États-Unis d’Amérique… Parvenue dans les contrées reculées du Nebraska, l’une d’entre elles, May Dodd, apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. 

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Voilà un des romans incontournables sur les Amérindiens. Après en avoir tant entendu parler, je l’ai enfin lu ! L’auteur a récemment écrit une suite, plus de 15 ans après la sortie du premier tome. Dans les faits, même si la façon dont le roman se termine peut avoir quelque chose de frustrant, il n’appelait pas de suite selon moi. Ce qui ne veut pas dire que je ne lirai pas La vengeance des mères, qui peut être plaisant en lui-même !

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Leopard Hall, de Katherine Scholes

couv159544751964. Anna Emerson, secrétaire à Melbourne, apprend que son père, qu’elle n’a pas revu depuis dix-huit ans, est mourant. Elle retourne alors sur les terres de son Congo natal pour le voir une dernière fois.
En parallèle, Dan, ancien soldat, la soixantaine, se lance comme mercenaire dans une mission secrète pour mater la rébellion des Simbas.

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Je remercie Babelio et Belfond pour l’envoi de ce livre que j’ai gagné à la dernière Masse Critique.

Le concept du Cercle Belfond me séduit tout particulièrement, et je n’ai pas été déçue avec ma découverte d’un premier titre !

Leopard Hall est un véritable voyage en Afrique. On ressent bien le vécu de l’auteur – elle-même née en Tanzanie – et son amour pour le continent. Les nombreuses descriptions nous dessinent les paysages congolais, le bush, la jungle, les villages, l’activité des missionnaires… On se croirait presque dans un film ; d’ailleurs, même si cela n’a rien à voir, le roman m’a fait penser à Out of Africa.

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La chambre des officiers, Marc Dugain

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Dans les premiers jours de 14, Adrien F, lieutenant du génie, est fauché par un éclat d’obus sur les bords de la Meuse. Défiguré, il est transporté au Val-de-Grâce où il séjournera cinq ans dans la chambre des officiers. Au fil des amitiés qui s’y noueront, lui et ses camarades, malgré la privation brutale d’une part de leur identité, révéleront toute leur humanité.

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La chambre des officiers est un roman court mais ô combien poignant. D’ordinaire, je regrette que les petits livres ne traitent pas à fond leur sujet, mais pour une fois j’ai trouvé le format parfaitement adapté !

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Certaines n’avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka

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Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration. C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

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Deuxième lecture pour mon Défi 12 mois, 12 amis, 12 livres et encore une belle découverte ! Court roman (140 pages), mais quelle intensité ! L’originalité de Certaines n’avaient jamais vu la mer est l’absence de narrateur et de personnage principal. Ou plutôt, l’idée d’un personnage collectif.

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La couleur des sentiments, Kathryn Stockett

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Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle va unir son destin à celui des bonnes noires et s’engager dans un projet d’écriture pour changer les choses.

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Le Défi 12 mois, 12 amis, 12 livres commence plutôt bien, puisque la première lecture signe aussi le premier coup de cœur !

L’histoire de La Couleur des sentiments n’était pas une surprise pour moi, étant donné que j’avais vu le film (très fidèle au livre) et je me rappelais assez bien de l’intrigue. J’ai été autant charmée par le roman que par l’adaptation ! Heureusement, quelques détails m’étaient sorti de la mémoire et j’ai pu me laisser porter par le récit.

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Le chemin des âmes, Joseph Boyden

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1919. Nord de l’Ontario. Niska, une vieille Indienne Cree, attend sur un quai de gare le retour d’Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre. A sa grande surprise, l’homme qui descend du train est son neveu Xavier qu’elle croyait mort, ou plutôt son ombre, malade et méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, Xavier revit les heures sombres de son passé : l’engagement dans l’armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l’enfer des champs de bataille en France…

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Cette lecture, je la dois à La Tête en Claire qui en avait parlé dans son article sur son obsession pour les Grands espaces nord-américains. Il débordait de sa chronique un tel enthousiasme que j’ai foncé à la bibliothèque emprunter le roman de Joseph Boyden. Et maintenant, il ne me reste plus qu’à foncer en librairie acheter celui-ci et Les saisons de la solitude !

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Le secret de la manufacture de chaussettes inusables, Annie Barrows

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Layla Beck, une jeune citadine fortunée, fille d’un puissant sénateur du Delaware, refuse d’épouser le riche parti que son père a choisi pour elle et se voit contrainte d’accepter un emploi de rédactrice au sein d’une agence gouvernementale. Elle doit se rendre à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville. Tâche ennuyeuse au possible, mais Layla tombe sous le charme des Romeyn, excentriques désargentés autrefois propriétaires de la manufacture. Elle va alors tenter de percer les mystères de la ville…et ceux de la famille Romeyn.

 

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’éditeur a misé sur le titre loufoque à rallonge et la  couverture originale pour attirer le lecteur ! Il faut croire  que cela a marché sur moi, puisque je n’avais aucune idée de l’intrigue avant d’ouvrir ce livre.

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L’île des oubliés, de Victoria Hislop

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Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l’histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face du village se dresse Spinalonga, la colonie ou l’on envoyait les lépreux… et ou son arrière-grand-mère aurait péri. Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d’Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? 

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Voilà un livre que j’avais vu passer il y a longtemps chez Les chroniques de Totoro et qui m’avait beaucoup intriguée. Dans le même temps, mon copain-historien m’avait parlé de Vies et morts d’un Crétois lépreux, le témoignage d’Epaminondas Remoundakis qui a réellement vécu à Spinalonga et a donc sans doute inspiré Victoria Hislop. Bref, il était temps que je le lise !

Sans faire durer le suspens, je n’ai pas été déçue par ce livre atypique. L’île des oubliés est un véritable voyage en Grèce à lui tout seul. On est immergé en Crète, avec ses paysages, sa culture, ses traditions orthodoxe, ses spécialités culinaires… On sent l’auteur particulièrement attachée à ce pays et son affection est communicative. Le roman est aussi un ode à la vie simple, un peu hors du temps, comme celle qui se déroule dans les villages reculés de Grèce.

C’est avant tout par son sujet que le livre sort du lot. Victoria Hislop a choisi de raconter la vie des lépreux de Spinalonga, petite île de Crète qui a servi de léproserie (comprenez un endroit où les lépreux étaient mis en quarantaine) de 1903 à 1957. Eh oui, on est bien loin du Moyen-Age, mais la lèpre n’avait pas disparu d’Europe !

Vous l’avez sans doute remarqué, j’aime lire des romans qui nous font découvrir des histoires méconnues, je veux dire de vraies histoires. J’avais été séduite pour ses raisons par Le train des orphelins et Les raisins de la colère, et j’en remets une couche avec L’île des oubliés. Bien sûr, ces romans ne retracent pas nécessairement la vie de personnes ayant existé ; il n’empêche qu’ils s’inspirent de faits biens réels. Ils semblent alors d’autant plus prégnants, plus touchants, aussi. Force est de constater que la réalité dépasse parfois la fiction !

On suit l‘histoire de la famille Petrakis sur plusieurs générations. Le voyage se fait en compagnie de personnages attachants, Giorgis, sa femme Eleni, puis ses filles Anna et Maria, que la vie semble ne pas vouloir épargner malgré leur bonté de cœur. La description de Spinalonga est saisissante. On comprend vite que la situation des lépreux est à la fois terrible du fait de leur maladie et de leur exclusion, mais aussi plus complexe que ce que l’on croit. L’auteur réduit en miettes tous les clichés autour de la lèpre (ne serait-ce que sur l’apparence et la contagion des malades).

La vie à Spinalonga défie également tous les préjugés. Le roman nous raconte comment les malades mis en quarantaine sur l’île se sont battus pour se reconstruire une vie et une dignité. Certes ils sont enfermés sur cette île loin de leurs proches et de leur village, ils ont parfois été rejetés et considérés avec dégoût et pitié, mais qu’est-ce qui les empêche de rendre l’endroit agréable, de profiter de ce coup du sort pour prendre un nouveau départ, au lieu de se laisser abattre et de vivre une existence miséreuse ? Le quotidien de cette communauté est très intéressant, que ce soit le mode de gouvernement qu’ils établissent, leurs relations avec le gouvernement grec ou encore leur détermination pour obtenir des financements, du matériel et des conditions de vie décentes. Pas à pas, ils s’efforcent d’améliorer leur existence et de fonder une ville « normale », dotée d’une école et même de loisirs. Spinalonga pourrait-elle devenir autre chose que « l’île des lépreux » ?

Parallèlement, L’île des oubliés se veut être une fresque familiale et n’omet pas la détresse du mari, l’enfance troublée des jeunes filles et plus tard les enjeux des mariages et des enfants. 

Le petit bémol provient, selon moi, du récit cadre. L’histoire de la famille et de Spinalonga est introduite par Alexis, une jeune fille anglaise qui se passionne pour son histoire familiale et se rend en Grèce pour en apprendre plus. Cet artifice ne sert pas à grand chose, au même titre que ses histoires de couple. Bien que présente au début, la figure d’Alexis disparaît ensuite complètement jusqu’au dernier chapitre qui tombe comme un cheveu sur la soupe. La transition avec le présent n’est à mon goût pas bien menée, de même que je n’ai pas trouvé très crédible la réticence de la mère d’Alexis à raconter à ses enfants cette part de son histoire (en quoi le passé de Spinalonga, vécu indirectement, est-il si honteux cinquante ans après ?).

Autre défaut, l’écriture n’est pas des plus sophistiquées et les dialogues sont parfois assez maladroits (mais je soupçonne un problème de traduction). Cela n’empêche toutefois pas d’apprécier le récit et le tout fonctionne plutôt bien. L’auteur utilise en particulier des anticipations du futur (du type « des années plus tard il se souviendrait de ce moment »), assez réussies pour créer le suspens. Et la famille    recèle bien des secrets !

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En bref, véritable hommage aux lépreux de Spinalonga, le roman de Victoria Hislop est aussi instructif qu’émouvant. Certains lui reprocheront sans doute son style littéraire un peu plat, mais nul doute que le destin poignant des personnages saura vous conquérir.

Verdict Un bon moment

Un paquebot dans les arbres, de Valentine Goby

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Au milieu des années 1950, Mathilde n’a que 13 ans quand la tuberculose de son père est diagnostiquée. Envoyé au sanatorium d’Aincourt, il est bientôt rejoint par sa femme. Alors que l’aînée s’enferme dans son mariage loin des tracas de la famille, Mathilde et son frère sont placés séparément dans des familles d’accueil. La spirale infernale commence alors pour la famille Blanc. Mathilde, à peine 15 ans, va devoir apprendre à tout gérer : les visites au sanatorium, son petit frère, les études, le maigre budget qui doit payer les soins… Les Trentes glorieuses sont parfois trompeuses. La Sécurité sociale est bien une invention révolutionnaire… Mais réservée pour l’instant aux salariés, elle ne protège pas tout le monde de l’endettement et du renoncement aux soins. Et même en plein progrès de la médecine, la tuberculose fait encore des ravages, exclut, marginalise, affaiblit et tue…

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Je dois vous avouer que j’ai eu un peu peur en lisant le résumé du livre et le début du roman. La quatrième de couverture est rédigée dans un style assez lourd et pompeux qui donne peu envie… Et le style de l’auteure m’a un peu perturbée dans un premier temps.

Mais soit, le sujet m’intéressait et j’avais lu quelques bonnes critiques, alors je me suis lancée pour ce premier roman de la rentrée littéraire !

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