Par amour, Valérie Tong-Cuong

J’ai ce roman dans ma PAL depuis près de 3 ans. Cela remonte à l’époque où je participais au Prix littéraire des chroniqueurs Web, organisé par Little Pretty Books. By the way, j’avais adoré cette expérience qui m’avait permis de découvrir de belles pépites. Toujours est-il que je m’étais concocté un programme ambitieux, et Par amour était resté sur la touche. Depuis, je ne sais pas, le roman a pris la poussière dans ma bibliothèque et ne me faisait plus trop envie… Jusqu’à ce que je me décide enfin !

Deux familles emportées dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale: d’un côté, Joffre et Émélie, concierges d’école durs au mal, patriotes, et leurs enfants ; de l’autre, le clan de Muguette, dont l’insouciance sera ternie par la misère et la maladie. Du Havre à l’Algérie où certains enfants seront évacués, cette fresque puissante met en scène des personnages dont les vies s’entremêlent à la grande Histoire, et nous rappelle qu’on ne sait jamais quelles forces guident les hommes dans l’adversité.

Des romans sur la Seconde guerre mondiale, il y en a des tas. C’est sûrement pour cela que je rechignais tant à démarrer ma lecture. Pourtant, Valérie Tong-Cuong a choisi pour son livre un angle intéressant, la vie des habitants du Havre sous l’Occupation.

Joffre et Emélie sont concierges d’une école bientôt occupée par les Allemands. Muguette, la soeur d’Emélie, attend désespérément le retour de son mari parti à la guerre. Leurs quatre enfants vivent cette période chacun à leur manière : Marline a subitement arrêté de parler ; Joseph s’est promis de la protéger ; Jean voudrait grandir plus vite pour aider sa mère et rendre fier son père ; Lucie voudrait retrouver une vie normale.

Leurs points de vue se succèdent au fil des chapitres pour nous conter l’histoire. J’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman précisément à cause de cette construction et du récit à la première personne. Il faut dire que je ne suis pas une grande adepte des récits à multiples narrateurs, le risque étant de créer des répétitions et le sentiment que l’histoire n’avance pas, puisque les mêmes évènements nous sont racontés sous différents angles – même si je reconnais que ce procédé permet d’amener du suspens et des retournements de situation. Ce bémol mis à part, j’ai été séduite par l’écriture de Valérie Tong-Cuong.

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Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Dix ans (au sens propre) après tout le monde, j’ai enfin lu Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates !

Comme j’aime bien faire les choses dans le désordre, j’avais découvert il y a quelques années Le secret de la manufacture de chaussettes inusables, écrit par Annie Barrows, la nièce de Mary Ann Shaffer, qui l’ai aidé à écrire son Cercle littéraire.

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique ; celui d’un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l’occupant allemand : le « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité.

Première chose : j’ai eu la surprise de m’apercevoir que Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates était un roman épistolaire. Comment peut-on entendre autant parler d’un roman et ne pas savoir une chose aussi essentielle ? Mystère.

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Les Accoucheuses – tome 1 : La fierté, Anne-Marie Sicotte

couv6758469 1845. Montréal s’étend au rythme des arrivées d’immigrants et des nombreuses naissances. Léonie, sage-femme, accompagnée de sa fille Flavie, met ses talents et son savoir au service de toutes les mères, riches ou pauvres, mariées ou non. Esprit moderne, elle aspire à changer les mentalités : faire évoluer le statut des femmes, permettre à chacune d’entreprendre les études qu’elle souhaite. Un nouveau monde se lève.
Mais pour que les accoucheuses y obtiennent la reconnaissance qu’elles méritent, il leur faudra lutter avec fierté contre le poids de l’Eglise conservatrice et l’emprise corporatiste des médecins.

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Je vous retrouve pour vous parler de la saga Les Accoucheuses, parue en 2006. On est loin d’une nouveauté, mais je l’avais repérée en librairie depuis un petit moment. Préparez-vous car c’est un pavé, et ma chronique n’en est pas loin !

Le roman est consacré à l’histoire des sage-femmes québécoises dans la seconde moitié du XIXème siècle. Au départ, j’étais plutôt rebutée par l’aspect « documentaire » sur le Montréal des années 1850, les rapports du Québec avec l’Angleterre, les tensions entre anglophones et francophones et l’histoire de la médecine. En lisant la post-face on comprend mieux ce poids du récit historique en parallèle de la fiction : l’auteure a d’abord écrit pendant des années des livres historiques et des biographies. C’est donc la recherche documentaire que l’on entrevoit derrière le roman, d’où l’impression parfois de lire un ouvrage d’historien. A contrario, le roman est très bien documenté. Et au fil des pages, l’intrigue se lance et on s’attache aux personnages…de fiction ! Lire la suite

Le Goût du bonheur – tome 1 : Gabrielle, Marie Laberge

couv35280389 Réunis dans leur résidence estivale de l’île d’Orléans, non loin de Québec, les Miller et leurs six enfants offrent l’image de l’harmonie et de l’aisance. La crise des années trente les a épargnés. Chez eux, le goût du bonheur l’emporte sur les conventions et les préjugés d’une société paroissiale et étouffante.
Comblée par un mari intelligent et sensuel, Gabrielle aspire a encore plus de liberté, prête à la révolte. Alors que la rumeur de la guerre enfle en Europe, s’annoncent des orages du cœur, des menaces, des trahisons, la maladie. Mais rien ne semble pouvoir briser le courage et l’énergie vitale des Miller.

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Je suis heureuse de vous retrouver avec ma première chronique depuis deux long mois. Histoire de revenir dans la bonne humeur, j’ai choisi de vous parler de mon dernier coup de cœur, Gabrielle, de Marie Laberge. J’ai découvert cette trilogie grâce à Margaud liseuse, que j’ai entendu parler de la série avec enthousiasme des dizaines de fois.

Totalement par hasard, j’ai commencé Le Goût du bonheur quand mon copain et mon frère sont partis en vacances au Québec. J’aurais adoré visualiser les paysages pendant ma lecture ! Je pense que connaître la région aide à entrer plus rapidement dans le roman.

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Les orphelins du bout du monde, Harmony Verna

couv7851141.jpg Début du XXème siècle. Abandonnée par sa famille dans le désert australien, Leonora est une miraculée. Confiée à un orphelinat, la fillette tisse une amitié aussi forte qu’éphémère avec un petit irlandais rebelle, James O’Reilly. Mais leurs chemins se séparent lorsque Leonora est adoptée par les Fairfield, un couple d’industriels américains.

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J’avais très envie de lire Les orphelins du bout du monde depuis sa parution. Il promettait une belle aventure en Australie, un cadre plutôt inhabituel en littérature et un côté historique qui me plaisait. Mais je dois dire que j’y ai trouvé une histoire assez commune, qui fait la part belle aux clichés et est plutôt prévisible.

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Au bord de la terre glacée, Eowyn Ivey

couv33754006 Hiver 1885.
Les terres de l’Alaska demeurent inexplorées. Le colonel Allen Forrester, héros de guerre décoré, remonte la Wolverine River pour en cartographier les abords. Il consigne son expédition dans un journal à l’intention de sa femme Sophie, dans l’espoir qu’elle puisse le lire s’il ne revenait pas.
Sophie est restée à Vancouver après avoir découvert qu’elle était enceinte. Elle vivra seule sa grossesse, au sein d’une société peu apte à lui reconnaître la liberté à laquelle elle aspire. C’est l’art naissant de la photographie qui lui permettra de s’émanciper et de célébrer la beauté de la vie sauvage qui l’entoure.

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J’avais lu Au bord de la terre glacée, dans le cadre de mon challenge d’hiver, ce qui parait bien plus logique… Mais même si la saison est passée depuis longtemps, je tenais à vous parler de ce roman, le deuxième d’Eowyn Ivey après La fille de l’hiver. Dépaysement assuré !

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Les Enfants de Venise, Luca Di Fulvio

couv21261513 Venise, 1515. Peu de villes auront connu autant d’injustices, de dangers, de misère et de vices. De liberté, aussi. Liberté pour Mercurio, petit voleur des rues, as du déguisement, pour qui le pavé romain est devenu trop brûlant. Liberté pour Giuditta, jeune et belle Juive, dont la religion semble ici tolérée – mais pour combien de temps ? Rien ne les vouait à s’aimer. Pourtant… Entre inquisiteurs et courtisanes, palais, coupe-gorge et canaux putrides, les amants de Venise feront mentir le destin…

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Luca Di Fulvio, déjà bien connu en Italie, est en passe de devenir un véritable phénomène littéraire en France, depuis la publication par Slatkine et Compagnie et Pocket de deux de ses romans phares.

C’est confirmé, l’auteur italien aime les pavés. Il réussit même l’exploit de faire plus long que son roman précédent et ses 900 pages (je n’ose pas dire combien celui-ci en compte, de peur de vous effrayer). J’ai préféré Le Gang des rêves, même si celui-ci m’a plu. J’ai mis plus de temps à rentrer dans l’histoire et à m’attacher aux personnages. Sans doute est-ce du aux quelques longueurs avant que l’intrigue ne soit réellement lancée et à l’aspect historique très présent. L’ambiance pesante et l’insistance sur la thématique religieuse me correspondaient moins.

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Les filles du Nightingale – tome 1 , Donna Douglas

Je suis heureuse de vous retrouver après cette longue pause qui dure depuis début novembre. Il faut dire que depuis que j’ai commencé mon stage, mes horaires se sont renforcés et je suis tout simplement trop fatiguée pour bloguer en rentrant. Je ne vous ai pas pour autant oublié et je reviens pour chroniquer des romans dont j’avais très envie de vous parler ! 


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Londres, 1936.

Trois jeunes femmes complètement différentes deviennent apprenties infirmières dans un grand hôpital. Dora a décidé de quitter sa misérable maison bondée de la classe ouvrière pour une meilleure vie, mais également pour échapper à son détestable beau-père. Possède-t-elle ce qu’il faut pour suivre les autres filles mieux éduquées ? Helen est la plus calme des trois, une jeune femme qui évite toute sorte d’amusement. Dans l’ombre de sa toute-puissante mère, administratrice de l’hôpital et de la vie de sa fille, arrivera-t-elle à trouver sa propre voie ?  Millie, Lady Camilla, est une aristocrate rebelle, dont l’attitude insouciante lui vaudra de se heurter encore et encore à l’infirmière en chef, la terrifiante Sister Hyde. Retournera-t-elle à la vie luxueuse pour laquelle elle est née ou gardera-t-elle courage pour continuer sa carrière ?

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Avec Les filles du Nightingale, je découvre non seulement un des succès de la blogosphère mais aussi la maison d’édition Charleston, spécialisée dans les romans féminins.

Au début, pourtant, c’était plutôt mal parti. J’ai remarqué plusieurs coquilles. J’étais aussi gênée par une traduction maladroite qui me rebutait (d’ordinaire je ne suis pas très exigeante, mais là il y a des traductions en mot à mot qui ne sonnent pas du tout naturelles en français ; on peut presque entendre la phrase anglaise écrite derrière). Et puis finalement, mon enthousiasme pour l’histoire l’a emporté. Je ne sais pas si ces défauts sont liés au fait que Charleston est une petite maison d’édition indépendante, avec sans doute moins de moyens que les géants de l’édition. Quoi qu’il en soit, c’est dommage de laisser passer ces erreurs de forme qui peuvent éloigner les lecteurs les plus exigeants.

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Hhhh, Laurent Binet

41g2mc7knl-_sx307_bo1204203200_ Prague, 1942, opération « Anthropoïde » : deux parachutistes tchèques sont chargés par Londres d’assassiner Reinhard Heydrich, le chef de la Gestapo et des services secrets nazis, le planificateur de la Solution finale, le « bourreau de Prague ». Heydrich, le bras droit d’Himmler. Chez les SS, on dit de lui : « HHhH ». Himmlers Hirn heiβt Heydrich le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. Dans ce livre, les faits relatés comme les personnages sont authentiques. Pourtant, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L’auteur doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, cependant, mener l’histoire à son terme…

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Je n’avais pas gardé un très bon souvenir de La Septième fonction du langage, le dernier roman de Laurent Binet, que j’avais abandonné. J’ai décidé cependant de lui redonner une chance avec HHhH, Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2011 et Prix Goncourt du 1er roman en 2010, vendu à 250 000 exemplaires. Rien que ça ! Je peux maintenant dire que ce qui m’avait déplu dans La Septième fonction du langage était certainement le sujet et non le style de l’auteur, qui a totalement su me convaincre cette fois.

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Le chagrin des vivants, Anna Hope

couv18907196Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière. À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammer-smith Palais pour six pence la danse. Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les cœurs s’apaisent.

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Alors que son second roman, La salle de bal, est paru en France il y a quelques mois, j’ai découvert Anna Hope avec Le Chagrin des vivants. Il plaira sans conteste aux amateurs de romans historiques !

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