Les Trois mousquetaires, Alexandre Dumas

couv4131012Muni d’une lettre de recommandation de son père pour Monsieur de Tréville, D’Artagnan, jeune gascon désargenté de 18 ans, monte à Paris avec l’ambition de faire carrière dans le prestigieux corps des mousquetaires du roi Louis XIII. Après une provocation en duel, il se lie d’amitié avec les trois mousquetaires Athos, Porthos et Aramis. Au service du couple royal, les quatre amis s’opposent au cardinal de Richelieu et à ses agents. Sur fond de conflit avec les Anglais et de complot autour de la reine, ils devront déjouer les intrigues politiques,  échapper à leurs ennemis et affronter la belle et redoutable Milady de Winter, espionne du cardinal. 

* * *

Grâce au challenge Solidaires 2019, j’ai enfin lu le célébrissime classique d’Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires. Cela a plutôt mal commencé, et pourtant j’ai adoré !

En effet, le début a failli me dissuader de continuer. L’histoire met du temps à démarrer et s’ouvre plutôt comme un roman d’initiation où l’on suit les péripéties du jeune D’Artagnan jusqu’à son arrivée à Paris. L’obsession du garçon à chercher la gloire et la fortune, la pauvreté de son équipement, sa naïveté et son inexpérience du combat en font presque une caricature à la Don Quichotte. Son ignorance des codes, son caractère trop emporté, son orgueil trop vite blessé, sa façon de provoquer tous ses interlocuteurs en duel après la moindre remarque, ont eu tendance à m’agacer. De la même façon, les parties plus historiques, décrivant les rapports de force entre le Roi et le cardinal, le conflit opposant Anglais et Français, catholiques et protestants, le siège de la Rochelle, m’ont moins intéressée. Mais ne vous arrêtez pas à cela, car une fois passées les 100-150 premières pages, on est lancé dans l’intrigue, et l’on ne lâche plus.

Passé donc ce temps d’adaptation, j’ai vraiment été très agréablement surprise. Non seulement le rythme de l’intrigue empêche le lecteur de s’ennuyer, mais en plus le roman se lit très bien, contrairement à d’autres classiques. On ne sent pas peser le pavé, sans doute grâce au mode initial de publication en feuilleton, qui donne la sensation de suivre des épisodes des aventures des mousquetaires. La plume d’Alexandre Dumas m’a beaucoup plu. L’auteur fait preuve de beaucoup d’humour notamment dans les dialogues, à travers les sarcasmes, les taquineries et les sous-entendus lancés par les mousquetaires.  Il a également une certaine malice lorsqu’il commente l’action de ses personnages et s’adresse au lecteur.

Il peut être difficile au départ de s’attacher aux mousquetaires, avec leurs manières si éloignées de celles de notre temps. Il y a Porthos, le bon vivant, Athos, un noble ayant abandonné ses terres, plutôt sombre et mutique et Aramis, un futur prêtre séducteur. Le jeune D’Artagnan, écervelé et intrépide, a la fâcheuse tendance à se prendre de passion pour les femmes qu’il rencontre, et cela va lui jouer des tours. Mais son évolution est intéressante, parce que ses défauts le rendent également courageux et engagé pour ses idéaux. On a rarement accès à l’intimité des mousquetaires, qui sont plus dans l’action que dans l’introspection. On en apprend peu sur leur passé et leur vie personnelle.  A cause de leur langage assez emprunté et leur dignité, je n’arrivais pas à me les représenter jeunes (alors qu’ils ont une vingtaine d’années) et donc à ressentir une certaine proximité. A la fin du roman, une certaine frustration peut ainsi naitre du fait qu’ils restent en grande partie étrangers au lecteur. A l’inverse, j’ai eu plus d’affectation pour D’Artagnan, que l’on connait mieux en tant que personnage principal, et Athos, qui se dévoile à travers un secret de son passé ayant des répercutions sur l’ensemble des mousquetaires.

C’est pourquoi, finalement, les mousquetaires sont attachants en tant que groupe plus qu’en tant qu’individu, et je crois que c’est surtout ce qui intéressait l’auteur. La relation qui les unit est touchante. Ils sont un exemple de fraternité, toujours là pour les autres, se défendant comme s’ils ne faisaient qu’un (« Un pour tous, tous pour un ! »). On ne peut qu’admirer leur façon de se battre pour leur idéal, d’agir avant tout pour ce qu’ils croient juste, au-delà même des ordres reçus ou des intérêts du pays, de placer l’honneur au-dessus de tout et de sacraliser leur parole de gentilshommes. Malgré leur complicité, ils font preuve de beaucoup de pudeur sur certains aspects de leur vie, en particulier leurs sentiments, et n’en sont que plus attendrissants.

Les personnages gravitant autour des mousquetaires sont assez peu satisfaisants et tombent assez vite dans la caricature. Les valets jouent plutôt les bouffons, bousculés par leurs maîtres, apportant la touche comique à l’image du théâtre de Molière. Les femmes sont pour la plupart naïves, faibles, inconstantes ou frivoles, et plutôt dans un rôle passif. Seule Milady de Winter se démarque, et pour le coup elle est tout simplement terrifiante ! Avant de lire le roman, je la pensais agent double, mais plutôt du côté des « gentils ». Au contraire, elle est machiavélique, vénale, égoïste, vindicative, et ne recule devant rien pour parvenir à ses fins.

On dit des Trois mousquetaires qu’il est un modèle du roman de cape et d’épée. En effet, il rassemble tous les éléments du genre. La fréquence des duels et leur violence m’ont surprise. La moindre offense, le moindre mot de travers est pris comme un affront et finit en combat singulier, laissant un des deux hommes à moitié mort. Il y a un côté très théâtral dans le roman, que ce soit dans l’emphase des déclarations, la succession des scènes, l’exagération de certains comportements, les comiques de situation, les apartés, les filatures, les plans secrets et les conspirations, ou encore le caractère très visuel des combats, des course-poursuite et des festins. Le roman regorge d’actions et de rebondissements. Alexandre Dumas maîtrise à merveille le déroulement de son récit et les changements de point de vue pour alimenter le suspens et nous tenir en haleine. Attendez-vous à des intrigues de cour, des manœuvres politiques, des complots, des trahisons et des vengeances. Malgré l’esprit plutôt léger, le roman prend une tournure assez sombre, surtout vers la fin.

« Jetant un dernier coup d’œil sur le beau jeune homme, qui avait vingt-cinq ans à peine et qu’il laissait là gisant, privé de sentiment et peut-être mort, il poussa un soupir sur cette étrange destinée qui porte les hommes à se détruire les uns les autres pour les intérêts de gens qui leur sont étrangers et qui souvent ne savent pas même qu’ils existent. »

* * *

En bref, un classique à découvrir pour les amateurs d’aventure, de duels, de complots, de serments et d’honneurs. Le roman d’Alexandre Dumas a le charme de l’époque révolue des mousquetaires, et l’intemporalité de la plume, des valeurs d’amitié et de loyauté, des intrigues amoureuses et des trahisons.  

Verdict Coup de coeur

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9 réflexions sur “Les Trois mousquetaires, Alexandre Dumas

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi. C’est vrai que dans le premier tome leur amitié est touchante, c’est en quelque sorte un idéal de l’amitié. Sais-tu qu’il y a une suite, avec Vingt Ans Après qui se passe lors de la Fronde et Le Vicomte de Bragelonne qui se passe un an après le tome 2? J’ai fini récemment Vingt Ans après et je te le conseille!

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  2. Pingback: Les classiques que j’aimerais lire en 2021 |

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