Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee

51h-splf2fl-_sx307_bo1204203200_Coup de cœur ♥ ♥ ♥

Alors que l’auteur avait récemment écrit une suite, des années après son célèbre roman, je me suis enfin lancée dans la lecture de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur !

Dans les années 30, Atticus Finch, avocat, élève seul ses deux enfants Jem et Scout, dans une ville d’Alabama. La tranquillité du quotidien de l’enfance est bousculé lorsque le père est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une jeune fille blanche. Viennent alors les doutes, les craintes et les incompréhensions face aux affrontements, aux critiques et au racisme. 

* * *

Il n’est pas facile de parler de Ne tirez-pas sur l’oiseau moqueur. C’est un roman qui plait sans trop que l’on sache pourquoi. Ce n’est pas un récit sur la condition des Noirs aux Etats-Unis, comme pourrait le laisser croire la quatrième de couverture (d’ailleurs, à cause de ça j’étais persuadée, avant de commencer, que les personnages étaient afro-américains, mais pas du tout !). Ce n’est même pas tant le récit d’une injustice. Je dirais que ce livre est comme une fenêtre ouverte sur une période de la vie d’une famille.

Le récit est porté par Scout et la narration a, grâce à elle, un je ne sais quoi d’incroyablement rafraîchissant. Les enfants d’Atticus sont particulièrement éveillés et perspicaces. L’histoire est légère et drôle tout en abordant des thèmes assez graves comme la pauvreté, la violence ou le racisme.

On redécouvre, à travers les yeux d’une enfant, les choses du quotidien. On retombe dans les préoccupations de l’enfance, par exemple l’obsession pour un voisin étrange qui ne sort jamais de chez lui, et on retrouve les questionnements perpétuels, la recherche de ce qui est bien, les punitions incomprises.

Les personnages sont très attachants, autant Jem et Scout qu’Atticus, père aimant s’efforçant d’éduquer intelligemment ses enfants et de les élever dans le droit chemin, doublé d’un avocat respectable et doué et d’un homme ouvert d’esprit en lutte contre les préjugés. Atticus a noué une relation privilégiée et atypique avec ses enfants qui est assez remarquable et plaisante à observer.

La question des discriminations subies par les Afro-Américains est surtout l’objet de la deuxième partie du roman. C’est encore une fois l’innocence des enfants qui sert à critiquer le racisme. Jem et Scout ne comprennent tout simplement pas le comportement des habitants de Maycomb, ville si tranquille mais empreinte des convictions sudistes, de l’entre-soi, de la peur de l’autre. Ils n’imaginent pas qu’un Noir pourrait être condamné pour quelque chose qu’il n’a pas fait, parce qu’il est Noir. Ils se demandent ce que veulent dire leurs camarades lorsqu’ils appellent leur père « ami des Noirs » et que cela sonne comme une insulte. Le procès, notamment la plaidoirie d’Atticus, est un moment fort du roman, magistralement mené, plein de suspens, de tension, d’émotions, et marquant dans la manière de dénoncer la logique raciste. Cela nous rappelle que, même si le cadre de l’histoire est les années 30, le roman a été publié dans les années 60, en pleine période de lutte contre la ségrégation.

« Et un Noir si tranquille, si respectable, si humble, qui a la témérité insensée d’éprouver de la pitié pour une femme blanche, a dû témoigner contre deux Blancs. Je n’ai pas besoin de vous rappeler leur apparence et leur conduite à la barre, vous les avez vu vous-mêmes. A l’exception du shérif du comté de Maycomb, les témoins de l’accusation se sont présentés à vous, messieurs les jurés, à cette cour, avec la certitude cynique que leurs dépositions ne seraient pas mises en doute, que vous, messieurs les jurés, les suivriez en vous fondant sur la présomption, la malfaisante présomption, que tous les Noirs mentent, que tous les Noirs sont fondamentalement des êtres immoraux, que tous les Noirs représentent un danger pour nos femmes, présomption qui ne peut être associée qu’à des esprits de leur calibre. »

* * *

En bref, un roman atypique sur l’enfance, porté par des personnages attachants, avec en toile de fond le conservatisme et le racisme du Sud des Etats-Unis.

 

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8 réflexions sur “Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee

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