Le cas Eduard Einstein, de Laurent Seksik

En attendant de pouvoir lire les livres de la rentrée littéraire, je lis ceux de 2013 ! Voilà un livre donc j’avais entendu parler au moment de sa sortie comme celui qui attaquait le mythe d’Einstein en se penchant sur sa vie familiale.

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Entre fiction et biographie, Robert Seksik nous plonge dans l’intimité d’Einstein et de sa famille. Plutôt que de parler de l’homme illustre, il choisit de raconter l’histoire d’un inconnu : Eduard Einstein. A 20 ans, le jeune homme est interné dans un hôpital psychiatrique et y passera le reste de ses jours, seul et malade. Sa mère, divorcée, fait de son mieux pour veiller sur son fils. Le grand Albert a coupé les ponts puis part en exil aux Etats-Unis pour fuir le nazisme. Culpabilité, impuissance et honte d’un côté, ressentiment et haine de l’autre, la séparation entre le père et le fils sera définitive.

* * *

Avec Le cas Eduard Einstein, on découvre l’histoire non seulement du fils mais de toute la famille Einstein. Le récit alterne trois points de vue : celui d’Eduard, celui de Mileva, sa mère, et celui d’Albert Einstein, tous frappés par le même drame, la maladie.

Bien que je n’ai pas été totalement emballée par le roman, Laurent Seksik a le mérite de faire connaître un élément totalement ignoré de la vie d’Einstein. A 20 ans, son fils Eduard est diagnostiqué schizophrène et est interné à l’hôpital Burghölzli à Zurich. Alternant légères améliorations, sorties et rechutes, il passera le restant de ses jours entre ses murs.

Qu’en est-il du reste de la famille ? Albert et Mileva sont divorcés. Lui a refait sa vie, habite avec sa nouvelle femme en Allemagne et assiste aux débuts du nazisme. Elle, d’origine serbe, est restée en Suisse avec ses deux enfants. L’évocation de la situation familiale des Einstein nous montre que même pour les « grands hommes », tout n’est jamais rose, et peut-être surtout pour eux. Ils n’échappent pas aux problèmes somme toute banals de la vie : un couple qui bat de l’aile, une séparation, le sort des enfants du divorce, la maladie…

Le livre se lit bien mais il m’a manqué quelque chose pour l’apprécier vraiment. Le récit manque de rythme et d’actions, l’auteur nous transmet peu d’émotions… Je trouve que l’on en a un peu trop fait avec ce livre qui a été présenté comme celui qui montrait la « face cachée » du grand Einstein. Certes, son mariage a été un échec, il été volage puis a quitté sa femme. Certes, il n’a par conséquent pas été très présent pour ses enfants et est loin d’avoir été un père exemplaire. Mais comme tant d’autres, j’ai envie de dire. Personne n’a dit qu’un scientifique de génie était forcément un homme vertueux et parfait. Einstein n’a pas commis de crime, il n’a été plongé dans aucune affaire sordide, il a même sûrement évité bien des affres de la célébrité.

Je ne pense pas qu’on puisse juger et dire qu’il a abandonné son fils à son sort. Le roman est plutôt un témoignage sur la schizophrénie et les traitements affreux que subissaient les malades dans les hôpitaux psychiatriques dans les années 30 (électrochoc, camisole, etc). Il nous parle de la complexité des maladies mentales, de l’impuissance face à la maladie, de l’incapacité à réellement aider un garçon qui n’est pas adapté à la vie en société. Einstein est parti en Amérique pour fuir le nazisme, il n’est jamais revenu voir son fils. Mais qu’aurait-il pu faire même s’il était revenu ? Encore fallait-il que son fils daigne le voir. Encore faut-il savoir qu’il a proposé à son fils, pour renouer les liens, de l’emmener avec lui de l’autre côté de l’Atlantique. Ce qui choque, surtout, c’est le drame qui affecte Eduard, et non le comportement d’un père « indigne ».

L’intérêt du roman réside dans le témoignage d’un « fils de » qui a énormément souffert de sa situation. On imagine aisément quelle difficulté il y a quand on connait intimement un génie, quand on sait quel homme banal il est dans sa vie personnelle, dès qu’on ne considère plus l’homme publique ou le scientifique talentueux. J’ai rarement vu un homme célèbre avoir eu une vie personnelle heureuse et exemplaire. Qui dit don et renommée dit travail, voyages, conférences, dit absence de la maison. On ne peut être occupé à la fois à découvrir les secrets de l’univers et à se consacrer à sa vie de famille. Etre un « fils de » signifie aussi des attentes, une pression, un sentiment d’infériorité quand on est simplement « normal ». Dans le cas d’Eduard, toute l’ambiguité réside dans le lien entre cette souffrance née de son père et ses troubles mentaux. Sa haine à l’encontre d’Einstein est-elle fondée ? A vous d’en juger.

Finalement, plus que par des révélations sur Einstein ou par le personnage d’Eduard, j’ai plutôt été marquée par le courage et la force de Mileva, seule, totalement dévouée à son fils malgré ses incohérences et sa violence .

 » – Vous voulez dire qu’il est mort.

– C’est cela.

– Définitivement ?

– Oui, Eduard.

– Je n’arrive pas à me faire une idée.

–  Il te faudra du temps.

– Et vous, pourquoi vous êtes triste ?

– J’ai raconté sa vie, cela crée des liens, c’est comme si j’étais devenu son ami.

– Moi, je n’étais que son fils et encore.

– Tu étais son fils, Eduard.

– Je manque d’éléments de comparaison. Je n’ai été le fils de personne d’autre.

– Tu auras tout le temps de comprendre.

– Est-ce que les gens vont pleurer la disparition de mon père ?

– Le monde entier va le regretter.

– Pour quelles raisons ?                  

– Ton père était un grand homme.

– Ungrand savant ?

– Bien plus que ça. Un esprit éclairé, un homme révolté, un génie.

– Cela m’émeut de vous entendre parler ainsi d’un homme qui est mon père en quelque sorte. Est-ce que je dois être triste aussi ?

– Pour d’autres raisons.

– Lesquelles ?

– Eh bien quand un proche disparaît…

– Vous parlez de mon père ?

– Oui, Eduard.

– Mon père n’était pas un proche. J’ai appris que l’Amérique était très loin d’ici. »

 

* * * 

En bref, un roman biographique intéressant qui met à jour un drame personnel, quoique sans transmettre de réelles émotions au lecteur. Lisez-le pour le thème de la schizophrénie plutôt que pour le nom « Einstein ».

Verdict Mitigé

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5 réflexions sur “Le cas Eduard Einstein, de Laurent Seksik

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