Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Ken Kesey

9782234054844Un bon moment ♥ ♥

Dans une maison de santé, une redoutable infirmière, « la Chef », terrorise ses pensionnaires et fait régner, grâce à un arsenal de « traitements de chocs », un ordre de fer, les réduisant à une existence quasi végétative. Surgit alors McMurphy, un colosse irlandais, braillard et remuant, qui a choisi l’asile pour échapper à la prison. Révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de « la Chef », il décide d’engager une lutte qui, commencée à la façon d’un jeu, devient peu à peu implacable et tragique.

Je n’ai pas vu la célèbre adaptation cinématographique par Milos Forman, mais je n’en ai entendu que du bien, au point qu’elle remplace souvent la connaissance du roman d’origine.

[PS : Même si je lisais il y a peu Le cas Eduard Einstein, ne vous en faites pas, je ne fais pas une fixation sur les hôpitaux psychiatriques, c’est une simple coïncidence ^^ ]

* * *

Ken Kesey signe un roman d’une grande force pour parler d’un sujet difficile et révoltant : la condition des patients dans les hôpitaux psychiatriques dans les années 50-60. Le comportement du personnel soignant envers les malades (méprisant, sadique, infantilisant) et les « traitements » imposés au nom de la guérison (électrochocs, lobotomisation….) sont plus que choquants. La tyrannie de l’infirmière Major, qui règne en maître sur le service et place les malades en position de dépendance et de merci totale, est tout simplement effrayant. Âmes sensibles s’abstenir, donc.

On peut déceler également en filigrane une réflexion sur la folie : devant les traitements affreux que subissent les patients et toutes ces règles absurdes, on finit par se demander si l’état des malades ne fait pas qu’empirer une fois qu’ils ont été décrétés fous et traités comme tels.

Le roman est presque porté à lui seul par Mac Murphy, personnage au charisme incroyable qui fait presque autant d’effet sur le lecteur que sur les patients et personnels soignants de l’hôpital. Mac Murphy n’est pas un enfant de cœur : repris de justice, moultes fois condamné pour escroquerie et bagarre, il choisit lui-même de demander l’enfermement psychiatrique pour échapper à un nouveau séjour en prison. Il découvre alors les règles absurdes et le quotidien dégradant des malades. Âme de leader, provocateur né, il s’affirme d’emblée comme « le chef suprême des cinglés », d’abord pour donner plus de crédibilité à sa soi-disant « folie », puis pour tenter de sortir les patients de leur torpeur. Car Mac Murphy n’est pas seulement un arnaqueur talentueux, c’est aussi un homme révolté, épris de liberté et en somme altruiste.

Avec son regard extérieur, il va progressivement remettre en cause les règles et essayer d’influencer et d’aider les autres malades à lutter contre la domination imposée par le personnel soignant et les traitements inhumains. Il utilise l’humour, l’ironie et la dérision pour critiquer le ridicule d’un règlement ou faire valoir des droits, joue avec les règles et provoque l’infirmière Major avec un aplomb incroyable, pointe les paradoxes et les abus. Il est le seul à tenir tête au corps médical et à oser l’affront, et utilise son ingéniosité pour prendre les infirmiers à leur propre jeu, notamment lors des séances collectives. En bref, il surprend tout l’hôpital, patients comme personnel, en opposant une résistance et en s’attaquant au « système » entier sur lequel repose l’HP, alors même que le corps médical profitait de sa propre position de savoir et de la faiblesse des patients pour mettre en oeuvre des pratiques illégales et inhumaines. Finalement, il parvient peu à peu à ramener le rire et la vie dans l’hôpital et à redonner leur dignité à des malades qui étaient devenus de simples pantins, soumis au bon vouloir du personnel.

Mais Mac Murphy est également un personnage complexe qui révèle parfois ses propres faiblesses. Affichant un sang-froid et une certitude à toute épreuve au début, il exprime par la suite la crainte de se faire prendre à son propre jeu et de rester coincé pour toujours dans l’HP, conscient qu’en acceptant l’internement il a également accepté la tutelle et ainsi mis son destin entre les mains du personnel soignant.

« Il se moque de la fille, des copains, de George, de moi en train de lécher mon pouce qui saigne, du capitaine, sur l’embarcadère, du cycliste, des types de la station-service, des cinq mille maisons, de la Major, de tout. Parce qu’il sait qu’il faut rire de ce qui fait mal pour garder son équilibre, pour empêcher le monde vous rendre complètement fou. Mack sait que rien ne va sans douleur. Il sait que mon pouce me brûle, que sa copine al e sein meurtri, que le docteur a perdu ses lunettes. Mais il se refuse à laisser la douleur l’emporter sur l’humour, de même qu’il se refuse à laisser la dérision escamoter la souffrance. »

* * *

Vous l’aurez compris, ce n’est pas vraiment le genre de livre qui égaye votre journée ou que l’on peut juger agréable, sympathique ou même bon. Il y a quelques passages difficiles, du fait de leur niveau de violence physique ou symbolique, de la description des maladies psychologiques des patients ou encore de la retranscription des pensées tordues d’un personnage (je pense ici au récit de l’Amérindien qui se résume parfois à une successions de pensées incohérentes où il parle de brouillard et de machines).

Mais je ne peux que vous le conseiller pour son parler franc et son réquisitoire contre un système inacceptable, ne serait-ce que pour que tout le monde se rende compte et réfléchisse à ce qu’a été l’hôpital psychiatrique et ce qu’il peut être encore parfois aujourd’hui. 

 

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6 réflexions sur “Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Ken Kesey

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