L’île des oubliés, de Victoria Hislop

lile-des-oubliesUn bon moment ♥ ♥

Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l’histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face du village se dresse Spinalonga, la colonie ou l’on envoyait les lépreux… et ou son arrière-grand-mère aurait péri. Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d’Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? 

* * *

Voilà un livre que j’avais vu passer il y a longtemps chez Les chroniques de Totoro et qui m’avait beaucoup intriguée. Dans le même temps, mon copain-historien m’avait parlé de Vies et morts d’un Crétois lépreux, le témoignage d’Epaminondas Remoundakis qui a réellement vécu à Spinalonga et a donc sans doute inspiré Victoria Hislop. Bref, il était temps que je le lise !

Sans faire durer le suspens, je n’ai pas été déçue par ce livre atypique. L’île des oubliés est un véritable voyage en Grèce à lui tout seul. On est immergé en Crète, avec ses paysages, sa culture, ses traditions orthodoxe, ses spécialités culinaires… On sent l’auteur particulièrement attachée à ce pays et son affection est communicative. Le roman est aussi un ode à la vie simple, un peu hors du temps, comme celle qui se déroule dans les villages reculés de Grèce.

C’est avant tout par son sujet que le livre sort du lot. Victoria Hislop a choisi de raconter la vie des lépreux de Spinalonga, petite île de Crète qui a servi de léproserie (comprenez un endroit où les lépreux étaient mis en quarantaine) de 1903 à 1957. Eh oui, on est bien loin du Moyen-Age, mais la lèpre n’avait pas disparu d’Europe !

Vous l’avez sans doute remarqué, j’aime lire des romans qui nous font découvrir des histoires méconnues, je veux dire de vraies histoires. J’avais été séduite pour ses raisons par Le train des orphelins et Les raisins de la colère, et j’en remets une couche avec L’île des oubliés. Bien sûr, ces romans ne retracent pas nécessairement la vie de personnes ayant existé ; il n’empêche qu’ils s’inspirent de faits biens réels. Ils semblent alors d’autant plus prégnants, plus touchants, aussi. Force est de constater que la réalité dépasse parfois la fiction !

On suit l‘histoire de la famille Petrakis sur plusieurs générations. Le voyage se fait en compagnie de personnages attachants, Giorgis, sa femme Eleni, puis ses filles Anna et Maria, que la vie semble ne pas vouloir épargner malgré leur bonté de cœur. La description de Spinalonga est saisissante. On comprend vite que la situation des lépreux est à la fois terrible du fait de leur maladie et de leur exclusion, mais aussi plus complexe que ce que l’on croit. L’auteur réduit en miettes tous les clichés autour de la lèpre (ne serait-ce que sur l’apparence et la contagion des malades).

La vie à Spinalonga défie également tous les préjugés. Le roman nous raconte comment les malades mis en quarantaine sur l’île se sont battus pour se reconstruire une vie et une dignité. Certes ils sont enfermés sur cette île loin de leurs proches et de leur village, ils ont parfois été rejetés et considérés avec dégoût et pitié, mais qu’est-ce qui les empêche de rendre l’endroit agréable, de profiter de ce coup du sort pour prendre un nouveau départ, au lieu de se laisser abattre et de vivre une existence miséreuse ? Le quotidien de cette communauté est très intéressant, que ce soit le mode de gouvernement qu’ils établissent, leurs relations avec le gouvernement grec ou encore leur détermination pour obtenir des financements, du matériel et des conditions de vie décentes. Pas à pas, ils s’efforcent d’améliorer leur existence et de fonder une ville « normale », dotée d’une école et même de loisirs. Spinalonga pourrait-elle devenir autre chose que « l’île des lépreux » ?

Parallèlement, L’île des oubliés se veut être une fresque familiale et n’omet pas la détresse du mari, l’enfance troublée des jeunes filles et plus tard les enjeux des mariages et des enfants. 

Le petit bémol provient, selon moi, du récit cadre. L’histoire de la famille et de Spinalonga est introduite par Alexis, une jeune fille anglaise qui se passionne pour son histoire familiale et se rend en Grèce pour en apprendre plus. Cet artifice ne sert pas à grand chose, au même titre que ses histoires de couple. Bien que présente au début, la figure d’Alexis disparaît ensuite complètement jusqu’au dernier chapitre qui tombe comme un cheveu sur la soupe. La transition avec le présent n’est à mon goût pas bien menée, de même que je n’ai pas trouvé très crédible la réticence de la mère d’Alexis à raconter à ses enfants cette part de son histoire (en quoi le passé de Spinalonga, vécu indirectement, est-il si honteux cinquante ans après ?).

Autre défaut, l’écriture n’est pas des plus sophistiquées et les dialogues sont parfois assez maladroits (mais je soupçonne un problème de traduction). Cela n’empêche toutefois pas d’apprécier le récit et le tout fonctionne plutôt bien. L’auteur utilise en particulier des anticipations du futur (du type « des années plus tard il se souviendrait de ce moment »), assez réussies pour créer le suspens. Et la famille    recèle bien des secrets !

* * *

En bref, véritable hommage aux lépreux de Spinalonga, le roman de Victoria Hislop est aussi instructif qu’émouvant. Certains lui reprocheront sans doute son style littéraire un peu plat, mais nul doute que le destin poignant des personnages saura vous conquérir.

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12 réflexions sur “L’île des oubliés, de Victoria Hislop

  1. C’est en vacances en Crête que j’avais lu ce roman. Quand je voyage, j’aime bien emporter avec moi des lectures qui se passent dans le pays de ma destination. Et j’ai adoré. Je pense que le fait d’etre sur les lieux, d’avoir visité cette île a beaucoup joué sur mon avis positif.

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