Le train des orphelins, de Christina Baker Kline

couv34450418.jpgCoup de cœur ♥ ♥ ♥

En 1929, Niamh, petite fille issue de l’immigration irlandaise se retrouve orpheline. Comme des centaines d’autres orphelins, elle est placée à bord d’un train en direction du Midwest. A chaque halte, des familles se pressent, en quête d’un enfant à adopter ou d’une main d’oeuvre à exploiter. 82 ans plus tard, Niamh est devenue Viviane, une vieille dame qui mène une ville tranquille dans le Maine. Mollie, adolescente à problèmes, allant de famille d’accueil en famille d’accueil, est chargée d’effectuer des travaux d’intérêt général chez elle. Leur rencontre fait naître une relation étonnante, faite de points communs et de souvenirs enfouis. 

* * *

Christina Baker Kline dévoile avec son roman un épisode méconnu de l’histoire américaine : l’Orphan Train Movement. Entre 1854 et 1929, la Children Aids Society, une société de bienfaisance protestante, a entrepris de prendre en charge des orphelins new-yorkais et de les envoyer dans les campagnes américaines. Placés dans des trains en direction des Etats du Midwest, ce sont près de 200 000 enfants de 4 et 18 ans qui ont été relogés dans des famillles rurales.

Lors des haltes dans des petites villes, les enfants étaient adoptés gratuitement par les familles. Le contrat prévoyait que les familles subviennent aux besoins des enfants et les envoient à l’école, en échange d’une aide dans les travaux domestiques. Sous couvert d’offir une nouvelle vie à ces enfants, le mouvement a donné lieu à un certain nombre de dérives. Le sort des enfants était grandement aléatoire, dans la mesure où la Société d’aide aux enfants ne vérifiait pas les motivations des familles et les conditions de vie des enfants relogés. Le mouvement reposait en grande partie sur la demande des familles de fermiers qui cherchaient de la main d’oeuvre. Ainsi , une partie de ces enfants ont été recueillis en tant qu' »indentured servant » (serviteurs sous contrat), c’est-à-dire qu’ils travailaient sans salaire en contrepartie de la nourriture et du logement. Certains orphelins ont souffert de violences ou de proxénitisme.

On suit donc le destin de Niamh, une petite fille de 9 ans relogée dans une famille du Minnesota. Impossible de ne pas s’attacher à cette enfant forte et courageuse qui ne demande qu’à avoir une vie meilleure – je dirais presque  la vie normale d’un enfant de son âge. On assiste à la succession des familles, aux épreuves auxquelles elle doit faire face, aux humiliations liées à sa pauvreté et à ses origines irlandaises. J’ai été choquée des conditions dans lesquelles ces adoptions massives ont eu lieu, de la manière dont les enfants ont été exploités par des gens profitant de leur vulnérabilité.

[L’histoire m’a rappelée l’affaire des Enfants de la Creuse, un épisode assez méconnu de l’histoire de France : dans les années 1960-1970, environ 1600 enfants réunionnais, orphelins ou enlevés à leur famille, ont été déplacés pour repeupler des départements ruraux.]

Le roman est construit comme un récit encadré. On découvre parallèlement l’histoire de Molly, une jeune fille de 17 ans, orpheline, rebelle car lassée par les familles d’accueil. Elle tente de se construire un avenir et entrevoit pour la première fois une éclaircie dans son quotidien grâce à son petit ami Jack. Or, pour une fois, l’histoire présente n’est pas qu’un prétexte pour raconter des souvenirs. L’auteur valorise presque autant l’histoire de Molly et celle de Niamh-Vivian. L’idée de la rencontre entre ces femmes d’âge opposé mais finalement assez similaire par leur vécu est bien trouvée. Christina Baker Line fait parfaitement raisonner le passé et le présent. Personnellement, j’ai autant apprécié l’histoire de Molly et celle de Niamh et je me suis prise d’affection pour les deux personnages. L’alternance des chapitres dynamise l’intrigue et nous rend impatient de retrouver Molly et Vivian au présent ou à l’inverse la petite Niamh.

Le seul bémol, à mon sens, est que l’on a du mal, au départ, à faire le lien entre la Niahm de 9 ans et la dame de 90 ans, ce qui rend le personnage de Vivian mois intéressant. Mais peu à peu, certains éléments se rattachent et rendent le récit d’autant plus émouvant. L’auteur alterne le drame et des moments plus légers, avec une petite touche de romantisme qui ravit nos petits cœurs sensibles sans tomber dans le fleur bleue.

 

* * *

En bref, Le train des orphelins a tous les atouts d’un coup de coeur : une bonne idée de départ, un récit bien mené, une histoire touchante et des personnages attachants. Sans compter le témoignage historique. Foncez, il est garanti par Petite Plume !

[Les petits plus :Couv_172310.jpg

– L’auteur a été inspirée par l’histoire du grand-père de son mari, orphelin adopté par une famille d’accueil dans le Dakota du Nord.

 

– Le train des orphelins a également inspirée une BD de Philippe Charlot et Xavier Fourquemin (six tomes en cours).]

 

Publicités

10 réflexions sur “Le train des orphelins, de Christina Baker Kline

  1. Je ne connais pas du tout cette partie de l’histoire américaine. Et en curieuse que je suis, j’ai bien envie de lire à mon tour cet ouvrage. Merci pour la découverte !
    Après, je sens que cette histoire est de celles qui te hérissent le poil. Je vais déjà me préparer à m’énerver en lisant certains passages…

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour cette chronique, je ne connaissais pas du tout cette histoire, ni même ce qu’il s’était passé aux USA à ce moment-là avec ces enfants. Du coup, tu m’as donné envie de découvrir ce livre, d’en apprendre plus sur ce qu’a vécu cette petite fille, ces autres enfants.

    Aimé par 1 personne

  3. Pingback: L’île des oubliés, de Victoria Hislop | Petite Plume

  4. Pingback: Mes livres coups de cœur de 2016 | Petite Plume

  5. Pingback: Mes maisons d’édition favorites | Petite Plume

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s