La ville sans vent – tome 1, Eléonore Devillepoix

J’ai ajouté sur un coup de tête ce titre à ma PAL hivernale, à force de le voir passer sur Instagram. Une belle découverte de fantasy jeunesse !

A dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ça tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

Bienvenue à Hyperborée, la ville où le vent ne souffle pas. Sans famille, sans argent, Arka débarque comme étrangère dans cette cité dont elle ignore les codes, avec l’objectif de retrouver son père. Elle ne sait pas grand chose de lui si ce n’est qu’il est Mage. Mais pour arriver jusqu’à lui, il lui faut parvenir au 7ème niveau… De son côté, Lastyanax, jeune Mage talentueux originaire des quartiers populaires, va chercher à s’élever pour peser sur la politique de la cité.

Arka est une héroïne forte comme on les aime, loin des clichés. Lastyanax est plus antipathique au début mais se dévoile progressivement. D’ailleurs, leur différence de caractère est la clé de ce duo attachant. D’un côté Lastyanax, major de sa promotion, bourreau de travail qui dédaigne les mondanités, de l’autre son apprentie impulsive qui préfère l’action à l’étude. Une belle relation mentor/élève se crée…et pour une fois l’auteure ne cède pas à la facilité de la romance !

A travers les yeux d’Aka, on se rend vite compte qu’Hyperborée n’est pas très accueillante avec les étrangers et que son fonctionnement repose sur de fortes inégalités sociales. J’ai aimé découvrir progressivement les rouages de la cité et de la magie, les épreuves de l’Attribution pour la sélection des disciples, les étape de la formation des mages.

En quelques pages, Eléonore Devillepoix parvient à créer tout un univers qui regorge d’inventivité. J’ai été séduite par ce concept d’une ville sur plusieurs niveaux, où il faut payer un péage pour pouvoir passer au niveau supérieur et où on se déplace en tortue-taxi. La hiérarchie sociale est inscrite verticalement dans le paysage urbain, chaque niveau accueillant des corps de métiers, le dernier étant réservé à l’élite politique et sociale, les Mages. J’adorerais voir La ville sans vent adapté à l’écran pour visualiser ce monde très architectural.

Il peut être un peu difficile de suivre au début car on rencontre beaucoup de notions sorties de l’imagination de l’auteure, et les explications ne viennent que très progressivement (je n’ai vu qu’à la fin qu’il y avait un glossaire…). L’orichalque, l’adamante, le vif-azur, la mécamancie, la mystographie, l’anima…autant de termes à s’approprier pour entrer dans son monde. S’ajoutent à cela nombre d’instances politiques comme le Magisterium, le Basileus, le Conseil des ministres composé de l’Eparque, du Stratège, du ministre du Nivellement, des Colonies…

Il y a ainsi toute une foule de petits détails qui laissent deviner un univers très travaillé par l’auteure peut-être un peu trop (j’avais parfois l’impression de replonger dans mes cours d’histoire ancienne avec l’utilisation de noms ou de titres tels que Lycurgue, Alcibiade, basileus, éparque, stratège…).

On retrouve dans La ville sans vent de multiples sources d’inspiration d’univers fantasy et surtout de mythologie grecque, dont la principale est la référence au peuple des Amazones et à Thémyscira (île des Amazones chez DC, inspirée de Thémyscire, la capitale des Amazones chez les Grecs). En cherchant un peu, on y trouve également l’origine de la plupart des noms, tels qu’Astyanax, Aspasie, Pyrrha, Patrocle, Silène, Métanire, ou des lieux comme les monts Riphées ou l’Arcadie. J’ai beaucoup aimé cette réinterprétation somme toute assez libre de l’univers mythologique. L’attention portée aux noms et toponymes contribue à donner une couleur particulière au roman et à nous immerger dans le monde de l’auteure. D’ailleurs Hyperborée, dans la mythologie, c’est le pays situé aux confins septentrionaux, au-delà du vent du Nord j’adore la poésie de ce nom qui prend tout son sens dans La ville sans vent.

J’ai beaucoup insisté sur l’univers riche ; je voudrais saluer aussi la jolie plume d’Eléonore Devillepoix et son habileté à construire son histoire. La ville sans vent est classé jeunesse mais le style n’est pas du tout enfantin ni simpliste. Même s’il y a des parts d’ombre, le roman fait la part belle à l’humour notamment par le biais de certains personnages un peu « bouffons ».

Alors que les romans jeunesses sont parfois un peu prévisibles, ici l’intrigue réserve de belles surprises. L’auteure entretient parfaitement le suspens, à la fois sur le passé d’Arka et sur les complots politiques qui agitent Hyperborée. D’ailleurs, le roman s’ouvre comme une enquête policière après la découverte du cadavre du mentor de Lastyanax. Qui en a après les Mages de la cité ? Quels desseins se cachent derrière ces meurtres ? Je n’ai pas vu venir bon nombre de révélations !

L’avertissement en début d’ouvrage m’a fait sourire, on voit rarement une attachée parlementaire auteure jeunesse ! Mais on comprend pourquoi elle prend cette précaution, car l’intérêt de l’auteure pour la politique se ressent dans son livre. Les rouages institutionnels, les conflits et les rapports de pouvoir entre cités, les manœuvres politiciennes, les négociations informelles et les stratagèmes pour tenter d’influencer les décisions tiennent une place essentielle dans le roman.

Au fil des pages, s’entrecroisent l’histoire personnelle d’Arka, les relations d’Hyperborée avec les cités voisines, et le mystère des Amazones… J’ai hâte de lire la suite !

En bref, un roman fantasy doté d’un univers original, soutenu par une intrigue pleine de péripéties et des retournements inattendus. Entre magie et politique, c’est tout un monde de faux-semblants et de complots à déjouer… Parfait pour s’évader dans une ambiance hivernale !

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