Les optimistes meurent en premier, Susin Nielsen

couv24297560 Depuis la tragédie qui a anéanti sa famille, Petula a de nombreuses phobies, et prétend qu’une prudence et un hygiène extrêmes lui permettront de parer à la moindre catastrophe. Mais est-ce bien réaliste ?… Au lycée, contrainte et forcée, elle fait partie d’un atelier d’art-thérapie. Les adolescents « à problèmes » qui y assistent se supportent tout juste. Arrive Jacob, « l’homme bionique. Appareillé depuis qu’il a perdu son avant-bras, le jeune homme, grand cinéphile, est aussi moqueur qu’attentif aux autres…

* * *

Seulement 19 chroniques sur Livraddict pour Les optimistes meurent en premier, ce n’est clairement pas possible ! Je compte sur vous pour vous précipitez en librairie à la fin de cet article et changer ça !!!

Cela dit, je suis prête à vous pardonner. Ce roman ne m’inspirait pas non plus des masses lorsque je l’ai vu passer en librairie. Cela vient peut-être du titre, qui est volontairement provoquant ? Quoi qu’il en soit, on aurait tort de s’arrêter à ça. C’est ainsi que j’ai commencé ma lecture sans n’avoir aucune idée de quoi il parlait, grâce au Prix littéraire des chroniqueurs du Web.

Ce titre, justement, on le comprend mieux à la lecture du roman. « Les optimistes meurent en premier », c’est ce que ne cesse de répéter Pétula pour justifier son pessimisme, sa prudence maladive devenue une obsession, sa façon de se préparer toujours au pire. Marquée par un accident dans lequel elle est impliquée, elle s’est jurée de ne plus jamais causer du mal par un manque de vigilance. Elle est alors tombée dans l’excès inverse et vit dans la crainte permanente qu’un malheur arrive, pour elle ou ses proches. Ce trouble est un gros handicap social puisqu’il la conduit à éviter le contact et à suivre une routine stricte guidée par ses nombreux tocs. Son personnage m’a beaucoup rappelée Jude dans Le soleil est pour toi (cette dernière aussi est devenue hyper superstitieuse et hypocondriaque après un drame).  Sa fragilité la rend touchante et force l’empathie.

Pétula va rencontrer Jacob, un adolescent doté d’une prothèse et passionné de cinéma. Il est décidé à libérer Pétula de ses angoisses, à la pousser hors de cette zone de confort et de précaution extrême qui l’enferme dans une vie étriquée. On va découvrir également qu’il lutte aussi avec ses démons et son sentiment de culpabilité.

La situation n’est pas inédite. Cette rencontre entre deux âmes blessées qui deviennent le remède mutuel de l’autre, on l’a déjà vu par exemple dans Le vide de nos coeurs. Mais le sarcasme et l’auto-dérision apportées par Petula permettent de dédramatiser les choses. A côté du duo, toute une galerie de personnages vient donner du relief au roman. J’ai apprécié les profils des adolescents d’Artpsy (l’atelier d’art-thérapie du lycée) que Pétula appelle elle-même le « Club des Tarés ». Il y a Ivan le Terrible, plutôt effrayant car parfois sujet à des crises de violence ; Alonzo, un homosexuel qui a fait une tentative de suicide après avoir été rejeté par sa famille ; et Koula, une jeune fille alcoolique et toxicomane qui joue les dures. L’auteur aborde ainsi ces sujets plutôt lourds par l’angle de l’humour. Les ados se plaignent des projets artistiques dignes d’un cours de maternelle concoctés par leur jeune « presque-thérapeute » et passent leur temps à se lancer des piques et à se moquer des trouvailles de psychologie de comptoir de leur prof. Et en même temps, qu’ils le veuillent ou non, ces séances sont aussi un exutoire, car les membres du groupe ont cette façon de rire de leurs déséquilibres, de se défouler entre eux avec une hostilité qui finalement révèle un certain attachement. Parce qu’après tout, ils se retrouvent, avec leurs problèmes, à former une sorte de communauté bancale qui pallie à l’isolement et au manque d’estime de soi.

Je ne veux pas vous en dire plus pour vous laissez le plaisir de la découverte, mais sachez que malgré une tendance générale que l’on peut aisément deviner, le roman n’est pas non plus une ligne droite jusqu’à une fin heureuse ; les personnages vont passer par des déceptions et des épreuves. Et c’est aussi ce qui rend le roman intéressant.

* * *

En bref un roman court et puissant que j’ai dévoré. A travers ces personnages atypiques, Susin Nielsen nous offre un petit bijou, drôle et émouvant, porteur d’un message optimiste sur la capacité à surmonter les traumatismes. 

 

Verdict Coup de coeur

 

11 réflexions sur “Les optimistes meurent en premier, Susin Nielsen

  1. Le titre me donne plutôt envie de le lire pour le coup mais j’avoue que ce serait davantage le résumé qui me pousserait à le reposer si je tombais dessus en librairie. L’histoire décrite telle qu’elle l’est me fait surtout penser à une version hypocondriaque de Nos Étoiles contraires. Et ce n’est pas que je n’ai pas aimé Nos Étoiles contraires, j’ai adoré, mais quitte à commencer une nouvelle lecture, j’ai tendance à en attendre de l’originalité.
    Après, ton avis en donne un aperçu beaucoup plus intéressant. Autant le fond de l’histoire me semble toujours un peu déjà vu, autant s’en servir pour aborder toutes ces thématiques difficiles sans tomber dans le pathos absolu grâce à l’humour me rend le propos beaucoup plus intéressant. Je me le note dans un coin de la tête, même si j’achète assez peu de livres en ce moment^^

    Aimé par 1 personne

    • C’est sûr que clairement le concept de l’histoire est un peu déjà vu, et d’ailleurs j’ai un peu l’impression que ça devient une petite mode en littérature ado, comme le montre les différents titres avec lesquels je le rapproche, et c’est dommage. Pour le coup je ne sais pas si on pourrait dire qu’il ressemble à Nos étoiles contraires sachant qu’il n’y a pas du tout cette thématique de la maladie…
      Quoi qu’il en soit, j’ai décidé de mon côté de faire abstraction au côté répétitif du sujet pour profiter à fond de ma lecture et essayer de l’apprécier autant que si je n’avais pas lu d’autres romans semblables, en me focalisant sur les qualités propres à l’histoire.

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  2. Tu m’as vraiment donné envie de découvrir ce livre !! C’est une idée peu commune de placer l’intrigue au cœur d’un atelier d’art-thérapie et je trouve que c’est une bonne idée. Ca peut permettre de mieux comprendre ce que des adolescents ou adultes marquées par un passé difficile ou en situation de détresse peuvent ressentir et voir comment ils peuvent s’en sortir. Apporter une touche d’humour doit sûrement rendre la lecture plus facile. J’ai hâte de le lire !

    Aimé par 1 personne

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