Le soleil est pour toi, Jandy Nelson

couv74992555Noah et Jude sont plus que frère et sœur, ils sont jumeaux, fusionnels. Sous le ciel bleu de Californie, Noah, le solitaire, dessine constamment et tombe amoureux de Brian, le garçon magnétique qui habite à côté. Tandis que Jude, l’exubérante, la casse-cou, est passionnée par la sculpture. Mais aujourd’hui ils ont 16 ans et ne se parlent plus. Un événement dramatique les a anéantis et leurs chemins se sont séparés. Jusqu’à ce que Jude rencontre un beau garçon écorché et insaisissable, ainsi que son mentor, un célèbre sculpteur… Chacun des deux jumeaux doit retrouver la moitié de vérité qui lui manque.

* * *

Voilà un roman dont j’ai peu entendu parler, que j’ai repéré par hasard en flânant dans les allées du Salon du livre de Montreuil,  Et pourtant, il a été un de mes premiers coups de cœur de 2018 !

Si je devais résumer mon opinion en une phrase pour vous donner envie de le lire, je dirais que Le soleil est pour toi est original, bien écrit, beau, fort et émouvant.

On fait la connaissance de Noah, à 13 ans, un garçon solitaire qui découvre sa différence et sa sexualité. Il souffre de harcèlement et se réfugie dans l’art. Son plus grand rêve est d’entrer à l’Institut of Art de Californie pour pouvoir enfin être lui-même. Sa sœur, à cette période, vit son adolescence à fond, sort beaucoup, fait la fête, flirte avec les garçons, ce qui crée des tensions avec ses parents et Noah qui ne la reconnaît plus.

En parallèle, un bond dans le temps nous ramène au présent, raconté par Jude. A 16 ans, elle étudie à l’Institut of Art de Californie. Cependant, elle ne parvient plus à créer et une malédiction semble détruire toutes ses créations. Elle est rongée par l’angoisse, se perd dans les superstitions et est obsédée par la volonté de protéger sa famille. Elle va devoir affronter les souvenirs et les remords qui la hantent et se réconcilier avec sa mère. Il lui faudra aussi tenter de renouer des liens avec son frère qui n’est plus que l’ombre de lui-même, a abandonné l’art et se complait dans des comportements autodestructeurs.

Le choix de placer l’art au centre de l’histoire est assez rare pour être mentionné. Les jumeaux sont marqués par la création artistique. C’est d’abord leur mère, artiste fantasque qui les a initiés et les pousse à développer leur talent. C’est aussi une sensibilité particulière, une vision du monde et un mode d’expression. Noah respire l’art par tous les pores de sa peau. Il a une sorte de besoin viscéral de dessiner, imagine dans sa tête des tableaux et mime ses pensées en peinture avec ses doigts. Quant à Jude, elle a un rapport plus conflictuel à l’art mais façonne des sculpture.

Le soleil est pour toi alterne donc entre deux périodes, alimentant les zones d’ombres et le suspens sur ce qui a  pu arriver aux personnage. On sent qu’entre les deux des drames se sont produits et ont bouleversé les trajectoires, si bien que les personnage ne sont pas là où on les attendait. Le poids du passé, des ressentiments, des non-dits et des secrets de famille pèsent sur la relation entre les jumeaux. Le découpage peut être légèrement perturbant au début, surtout que l’on a essentiellement le point de vue d’un jumeau à chaque fois (Noah à 13 ans, Jude à 16 ans), ce qui crée un petit déséquilibre dans la connaissance et l’appréciation des personnages, d’autant que les chapitres sont longs. J’avoue qu’au début j’ai eu un peu de mal avec le personnage de Jude. Il faut dire que, telle qu’elle nous est dépeinte à 13 ans, elle n’est pas à son avantage. Mais au fur à mesure de son récit dans le présent,  on comprend mieux ce qu’elle ressent.

Une des questions centrales posées par le roman, accentuée par cette alternance entre la vie des jumeaux à 13 et 16 ans, est celle de l’identité et de la fidélité à ce que l’on  a été et ce que l’on est toujours au fond de soi. Alors qu’à 13 ans, Jude se laisse influencer par les autres ados tandis que Noah cultive sa particularité dans son jardin secret artistique ; à 16 ans, la tendance s’est inversée avec une Jude un peu barge et un Noah qui semble avoir enfoui au fond de lui sa personnalité pour sauver les apparences. Le soleil est pour toi pose aussi la question de la norme. Le roman met en scène plusieurs personnages un peu à la marge, qu’ils soient homosexuels, alcoolique au lourd passé ou encore passionnés par des sujets peu communs – je trouve d’ailleurs bien de présenter des personnages adolescents non conventionnels dans un roman Young adult. Comment oser être ce que l’on est, intimement, artistiquement ?

Pour finir, le roman traite évidemment du sujet de la gémellité, mais d’une manière intéressante. On est loin de l’image de la relation parfaite. Car si Noah et Jude sont bel et bien fusionnels, passent le plus clair de leur temps ensemble et ont leurs propres  codes, ils ont aussi des rapports d’hostilité et de rivalité. Parfois, ils n’en peuvent simplement plus de la présence de l’autre et veulent exister pour eux-mêmes et non en comparaison de l’autre. La jalousie est également très forte entre eux, en particulier en ce qui concerne la création artistique et l’amour que leurs parents leur portent.

* * *

En bref, un roman sur l’art, la gémellité, les difficultés familiales et les autres drames de la vie. Les personnages de Noah et Jude sont extrêmement attachants. Laissez vous emporter par leur histoire, vous en ressortirez séduits et marqués !

 

 

Verdict Coup de coeur

 

13 réflexions sur “Le soleil est pour toi, Jandy Nelson

  1. Ce roman m’a juste l’air génial ! Je suis dans une période où j’ai envie de lire de la littérature ados, je vais possiblement me laisser tenter par celui-ci. Il a l’air d’aborder tant de sujets et de personnalités de façon juste, ça me fascine (ou alors tu le vends très bien ! :p) Et les thèmes de l’art, du « hors-norme » me passionnent de toute façon. 🙂

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  2. Je ne connaissais pas du tout cette histoire, mais ton avis donne vraiment envie de le découvrir ! Je suis très intriguée par cette double temporalité et j’ai bien envie de voir ce que ça donne. La place de l’art dans ce livre m’attire aussi. J’ai cru comprendre qu’on évoquais la exhaustion du processus de création, j’ai hâte de voir ça. Tu as l’air d’être tombé sur un beau bijou ! Merci de l’avoir partagé 😉

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