Une étincelle de vie, Jodie Picoult

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un des derniers romans de Jodie Picoult (je croyais que c’était le dernier mais c’est une auteure très prolifique et un autre est sorti en avril !).

Quand une prise d’otages a lieu dans la dernière clinique du Mississipi à pratiquer l’avortement, c’est à Hugh McElroy, un négociateur de crise expérimenté, que l’on fait appel. Avec plusieurs blessés nécessitant des soins et un forcené dont les revendications restent floues, la situation s’avère délicate à gérer. Elle le devient encore davantage quand Hugh apprend que sa fille adolescente se trouve à l’intérieur du bâtiment.

Si vous suivez le blog depuis longtemps, vous savez que Jodie Picoult fait partie de mes auteurs incontournables. J’ai adoré A l’intérieur (réédité sous le titre A fleur de peau) et La tristesse des éléphants, et j’ai été marquée par la réflexion portée dans Mille petits riens.

Si l’auteure a écrit des romans assez diversifiés, Une étincelle de vie s’inscrit dans la même veine que Mille petits riens, c’est-à-dire l’analyse d’un sujet de société. Après avoir traité du racisme, Jodie Picoult s’attaque à la question de l’avortement, qui suscite encore aujourd’hui énormément de débats et d’affrontements idéologiques aux Etats-Unis, entre conservateurs et partisans des droits des femmes.

L’auteure démontre encore une fois qu’elle sait parfaitement traiter un sujet complexe et sensible. Le roman résonne avec lactualité, entre la fermeture de cliniques pratiquant l’avortement, les agressions de militants ou de professionnels liés à l’avortement, la résurgence d’un discours « pro-vie » particulièrement actif dans l’espace public et les médias, ou l’adoption de lois restrictives. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur ce constat particulièrement inquiétant en terme de recul des droits des femmes, en particulier aux Etats-Unis. L’auteure alerte ainsi le grand public sur cette tendance, tout en montrant à quel point la question divise la société américaine. Comme dans Mille petits riens, elle a cette capacité à présenter les différents points de vue et à poser les arguments des deux camps, entrant dans la logique de chacun. La démarche, avec un angle plutôt neutre donc, est intéressante puisqu’elle nous fait voir les motivations des uns et des autres, permettant de comprendre ce qui pousse à défendre une idée qui peut nous sembler ahurissante, et surtout allant au delà des clichés pour montrer que les positions sont souvent ambigües.

En contrepartie, je trouve au roman le même défaut que Mille petits riens, c’est-à-dire que le récit devient prétexte à une analyse sociale. De ce fait, on se trouve davantage en présence de ce que j’appelle un « roman à sujet » que d’une fiction avec une réelle intrigue et des personnages marquants. Les personnages incarnent chacun un rôle, une position dans le débat – la militante anti-avortement, la jeune fille qui vient pour avorter suite à une grossesse indésirable, le médecin engagé, etc.

Par ailleurs, la construction narrative est assez particulière. Le roman commence plusieurs heures après le début de la prise d’otages, alors que le commandant de police tente de négocier avec le forcené. L’utilisation de flash-back est récurrente dans ce genre d’histoires et fonctionne plutôt bien pour maintenir le suspens (il n’y a qu’à prendre l’exemple de La Casa de Papel), mais en général on a quand même une chronologie par ordre croissant qui porte le mystère sur ce qui va arriver. Or ici, le compte à rebours s’écoule à l’envers, on recule heure après heure jusqu’au matin et à l’irruption du forcené dans le centre. J’ai eu du mal à comprendre ce choix, qui finalement retire du suspens et nous fait perdre l’intérêt classique des histoires de prise d’otages : connaître l’issue du drame (le dénouement n’est qu’expédié dans le dernier chapitre). A l’inverse, l’auteure se concentre sur l’origine de la situation, en retraçant comment les différents personnages se sont retrouvés là. J’ai trouvé que la construction du récit embrouillait le lecteur, nous faisant perdre le fil chronologique. L’auteure s’y perd un peu aussi puisqu’il y a pas mal de répétitions (des personnages qui évoquent ce qui s’est passé, pour qu’on nous le raconte ensuite « en direct » dans les chapitres suivants).

Mis à part ce bémol – qui renforce mon idée d’un roman dédié à un sujet plus qu’à une intrigue haletante – j’ai été également un peu déçue des révélations concernant la fille de Hugh McElroy. Alors qu’on nous le présente dans le résumé comme un élément mystérieux et de friction entre les deux, la situation est rapidement expliquée et aurait pu être plus clivante et donc plus intéressante.

En bref, j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui rend compte parfaitement des tenants du débat autour de l’avortement qui agite les Etats-Unis et bien d’autres pays.

Il permet d’en apprendre beaucoup sur l’actualité récente du sujet (les agissements des militants anti-avortement, les controverses scientifiques et le contentieux autour de la qualification juridique de l’embryon et du fœtus, l’incidence des lois qui cherchent indirectement à dissuader les femmes et les risques judiciaires encourus pouvant aller jusqu’à l’accusation de meurtre).

Jodie Picoult maîtrise parfaitement la « fiction sociale » pour informer sur l’avortement et mettre en avant les problèmes engendrés pour l’accès des femmes à ce droit fondamental. Je regrette simplement que l’intérêt du sujet prenne un peu trop le pas sur l’intérêt de l’histoire fictive.

Une réflexion sur “Une étincelle de vie, Jodie Picoult

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