A l’intérieur, de Jodi Picoult

jodi-picoult-a-l-interieurJacob a 18 ans, il vit avec son frère et sa mère, divorcée. Jusque là, rien d’extraordinaire. Mais l’adolescent a une particularité : il est atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Il présente de grandes difficultés à communiquer, ignore les codes basiques de la vie en société, ne comprend pas un certain nombre de sentiments, et est passionné par les scènes de crime. Sa mère s’applique tant bien que mal à établir d’innombrables règles pour l’aider dans son quotidien et à gérer les inévitables crises.  Lorsque Jacob se retrouve accusé de meurtre, sa maladie fait de lui le parfait coupable, au point que sa mère finit par douter. Comment savoir ce qu’il s’est réellement passé ?

* * * 

[ Alerte, alerte ! Petite Plume chronique un policier ! Et c’est un coup de cœur ! ]

Et oui, cela m’arrive une fois tous les deux ans mais je lis parfois des policiers. Ce n’est pas un genre qui me rebute particulièrement, c’est juste que je ne pense pas forcément à en lire et que ce n’est pas ce qui m’attire le plus. Et de temps en temps, ça donne un coup de foudre. La preuve.

Une fois n’est pas coutume, avant de vous en parler plus en détails, je voudrais remercier la blogosphère et les blogueurs chez qui j’ai lu des chroniques de ce roman, toutes plus enthousiastes les unes que les autres. Je l’ai vu passer de nombreuses fois, notamment chez Lectoplum, Le Brocoli de Merlin, Le Petit pingouin vert et June & Cie. S’il y a bien une chose que j’aime, c’est qu’on me donne envie de lire un livre, et qu’on ait raison !

Grâce au roman de Jodi Picoult, j’ai appris énormément de choses sur le syndrome d’Asperger. L’auteur évince certains clichés comme le stéréotype du petit génie en mathématiques qui ne s’applique pas à tous les autistes. Durant ma lecture, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer Jake dans la série Touch, même si c’est un enfant de 10 ans alors que Jacob en a 18 ! Justement, on a tendance à oublier son âge à cause de son comportement et parce qu’on a souvent l’image d’un enfant autiste, alors que, bien sûr, l’autisme ne disparaît pas en grandissant, et c’est bien cela le problème. L’autisme chez l’adulte pose d’autant plus de difficultés que les exigences demandées à l’individu en terme de comportement sont plus élevées. L’adaptation à la vie en société est nécessaire et vitale pour être accepté.

En découvrant le quotidien de Jacob et toutes les choses qui sont susceptibles de le perturber et de provoquer des crises involontaires, j’ai réalisé que j’aurais sûrement eu tendance (à tort) à juger une personne souffrant d’Asperger. On ne peut s’imaginer les millions de choses qui nous semblent insignifiantes mais qui, du fait d’une sensibilité différente, déboussolent Jacob, comme la lumière vive, le bruit ou le contact physique. L’adolescent suit des habitudes très rigides qu’il doit respecter pour ne pas être angoissé : associer un jour à une couleur d’aliments, ranger ses vêtements par couleur, regarder tous les jours son émission de télévision, s’asseoir à l’arrière de la voiture,…

Le roman donne aussi à voir la détresse d’une mère qui s’efforce de gérer l’Asperger de son fils toute seule, qui est parfois débordée, lassée ou surprise par le comportement de son fils, mais qui l’aime néanmoins plus que tout et fait tout ce qu’elle peut pour l’aider et le faire sortir de sa bulle.

Au-delà de ça, l’originalité du roman est qu’il mêle récit sur l’autisme et roman policier de manière très habile. Les difficultés de Jacob prennent un tout autre sens dans une situation de confrontation avec la justice. Imaginez quelqu’un qui fait une fixation sur les scènes de crime, qui est incapable de compassion, qui ne connait pas les sentiments, ignore l’impact de ses mots et fonctionne de manière rationnelle, bornée, en appliquant strictement des règles. Imaginez maintenant un psychopathe qui ne manifeste aucun remords et aucune considération pour sa victime ou ses proches, qui répond de manière étrange aux questions et semble être totalement indifférent à son propre procès. Quelle différence, aux yeux d’un jury ?

L’inadaptation de Jacob au système judiciaire nous fait réaliser à quel point le syndrome d’Asperger et son incapacité à interagir avec les autres est un handicap. Le roman pointe du doigt les failles des pouvoirs publics qui prônent l’égalité et le droit à un procès équitable mais ne prennent pas en compte les spécificités des accusés. Jacob est incapable d’expliquer simplement les faits, il ne parvient pas à agir ou s’exprimer d’une manière qui ne soit pas suspecte. Chacune de ses interventions le désigne un peu plus comme coupable.

Cette situation sert le roman à merveille, installant un suspens à toute épreuve, à tel point que l’on dévore les 600 pages ! Le roman est bien écrit, dynamique par l’alternance des points de vue (la mère, le policier, l’avocat, Jacob, son frère). Du fait du syndrome d’Asperger de Jacob, on ne peut deviner – comme sa mère, comme son avocat – s’il est coupable, puisque, même au travers d’un point de vue interne, il ne cesse de s’exprimer de manière ambiguë et contradictoire. On le pense tantôt meurtrier, tantôt innocent, jusqu’au bout. C’est un roman poignant, haletant et prenant, avec lequel j’ai tremblé plus d’une fois, imaginant le pire.

* * *

En bref, je ne veux pas trop en dire pour ne pas vous dévoiler l’intrigue, mais j’espère que cela aura suffit  à vous donner envie de le lire ! A l’intérieur est un roman hybride captivant qui peut plaire au plus grand monde.

Verdict Coup de coeur

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