Etta et Otto (et Russel et James), Emma Hooper

couv753426.pngDans sa ferme du fin fond du Saskatchewan, Etta, 82 ans, n’a jamais vu l’océan. Un matin, elle prend sa carabine et un peu de chocolat, enfile ses bottes et attaque les 3232 kilomètres qui la séparent de la mer. « Je vais essayer de ne pas oublier de revenir. » C’est le mot qu’elle laisse à Otto, son mari, sur la table de la cuisine. Otto a déjà vu l’océan, il l’a même traversé des années plus tôt, pour prendre part à une guerre lointaine. Il comprend la décision d’Etta. Mais maintenant qu’elle n’est plus là, il est assailli par les souvenirs. 

* * *

J’ai été très agréablement surprise par ce roman, emprunté un peu au hasard à la bibliothèque. J’ai été d’ailleurs étonnée des chroniques mitigées sur Livraddict… Je pense que là où j’ai été séduite par l’originalité du roman – à saluer car c’est rare de voire des livres qui sortent des sentiers battus – d’autres ont été dérangés par cet aspect.

Originalité, disais-je, à la fois par le sujet traité, les personnages, l’atmosphère, la construction du récit et l’écriture.

Etta, 82 ans, sent qu’il est temps pour elle de réaliser ses rêves avant qu’il ne soit trop tard. Confiante dans ses capacités, elle qui a toujours voulu voir la mer se lance, sans prévenir personne, dans un audacieux et hasardeux voyage à travers le Canada pour atteindre l’océan. De l’autre côté, Otto, resté à la maison, n’a d’autre choix que d’attendre, et d’apprendre à se débrouiller. Il a foi en sa femme et comprend qu’elle a besoin d’accomplir seule cette expédition, cette communion avec la nature. Pour surmonter son absence, il lui adresse des lettres dont il sait qu’elles ne lui parviendront pas. Russel, le voisin solitaire, est aussi celui qui a toujours aimé Etta de loin et veillé sur elle en l’absence de son mari. Il ne peut s’empêcher de partir à sa recherche pour vérifier que tout va bien.

On voit rarement des personnes âgées comme personnages principaux, et ce couple m’a énormément touché. Il porte un joli témoignage sur l’amour dans l’âge mûr et l’évolution de la relation au fil des années. La solitude et l’inquiétude d’Otto, complètement perdu sans Etta, nous en dit long sur le besoin d’avoir l’autre auprès de soi. Les personnages sont aussi touchants par leur fragilité, la faiblesse physique liée à la vieillesse, les pertes de mémoire ou les difficultés auxquels ils doivent faire face.

L’histoire se situe parfois à la frontière entre illusion et réalité, ce qui peut être perturbant, en particulier le personnage du coyote ou la « connexion » des esprits des deux personnages à la fin du roman. Néanmoins, cela apporte une touche d’onirisme.

A côté de ce portrait du couple au moment où Etta âgée a entrepris son voyage, le roman nous replonge dans la jeunesse des personnages. Ce retour dans le passé, assez nostalgique, permet d’évoquer les histoires de famille, l’enfance d’Otto et de Russel, leur rencontre et leur relation avec Etta, puis la seconde guerre mondiale, à travers les souvenirs des personnages. J’ai aimé ces parenthèses temporelles. Le roman évoque l’ambiance des prairies américaines au climat aride, la petite école à la classe unique pour les enfants des fermes environnantes, la particularité de la famille d’Otto, très nombreuse, et son lien avec Russel, recueilli par la famille. On est témoin des dégâts causés par la guerre qui emporte au loin tous les hommes, sauf Russel, inapte, qui ne peut qu’assister impuissant à leur départ.

Le petit bémol que l’on peut apporter est justement dans ces alternances passé/présent. La construction du roman peut être assez déroutante pour le déroulement de l’intrigue puisque l’on saute régulièrement d’une époque à une autre, sans qu’il y ait d’éléments pour le signaler clairement (comme une date par exemple). Le temps de réaliser à quel moment le passage se situe, on peut être vite perdu ! C’est d’ailleurs une des critiques principales que les lecteurs faisaient au roman.

 

* * *

En bref, un roman doux et original sur l’âge mur, l’amour, la solitude voulue ou subie. Mélancolique, lent, parfois onirique, il évoque aussi le contexte historique de la Seconde guerre mondiale, la campagne américaine et la rivalité entre amis.

 

Verdict Un bon moment

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