Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier

couv70109870Philip, sans la connaître, déteste cette femme que son cousin Ambroise, avec lequel il a toujours vécu étroitement uni dans leur beau domaine de Cornouailles, a épousée soudainement pendant un séjour en Italie. Quand Ambroise lui écrit qu’il soupçonne sa femme de vouloir l’empoisonner, Philip le croit d’emblée. Ambroise mort, il jure de le venger. Sa cousine, cependant, n’a rien de la femme qu’imagine Philip…

* * *

Il y a bien longtemps, j’avais décidé de participer au challenge Daphné Du Maurier, qui consiste simplement à lire les romans de l’auteur et des livres à son sujet ou inspirés de ses œuvres. J’ai déjà découvert Rebecca (un coup de cœur absolu), Manderley for ever (une biographie très intéressante) et Le Bouc-émissaire (petite déception, une ambiance trop gothique et des personnages trop malsains à mon goût). Il était donc temps de reprendre là où je m’en étais arrêtée, avec le bien connu Ma cousine Rachel. Coïncidence, une nouvelle adaptation cinématographique va bientôt sortir au cinéma !

Ma cousine Rachel est un roman habilement mené, entretenant avec talent un suspens psychologique tout au long de l’intrigue. Daphné Du Maurier installe une atmosphère angoissante, pesante, et maintient le lecteur dans l’incertitude. On sent monter la tension, et on ne peut que penser que tout cela va mal finir, d’une manière ou d’une autre.

Au cœur du récit, il y a bien évidemment le personnage de Rachel. Sous bien des aspects, elle me rappelle Rebecca : figure féminine trouble, obsédante, qui fascine tous ceux qu’elle rencontre. Comme dans Rebecca, c’est l’absente dont tout le monde parle. Le mystère autour de Rachel s’installe dès le début du roman. Disposant de peu d’informations, nous ne l’apercevons qu’à travers les suppositions et l’imagination de Philip, qui lui prête de multiples visages et personnalités, jusqu’à sa première apparition au bout d’une centaine de pages.

Philip est dévasté par la mort de son mentor, presque un père pour lui. Il est déterminé à combattre Rachel, qu’il juge responsable de la mort d’Ambroise, et est prêt à tout pour la percer à jour et la prendre au piège. Mais dès leur première rencontre, Philip s’aperçoit de son erreur de jugement. Quand il découvre une épouse douce, aimante, plutôt jolie, il se sent coupable d’avoir eu des a-prioris. Rachel fait tomber un à un tous ses préjugés, et au lieu de l’image d’une veuve haïssable se dessine progressivement le portrait d’une femme séduisante dont il ne tarde pas à tomber amoureux.

J’avoue que j’ai eu du mal avec le personnage de Philip, qui a tout de l’enfant gâté et naïf. La manière dont il semble soudainement totalement ensorcelé par Rachel, au point de tout faire pour avoir ses faveurs et de délaisser ses amis, m’a profondément agacée. Et alors que le jeune homme oublie peu à peu sa méfiance, Rachel nous semble toujours jouer un double-jeu, se laissant condamner volontiers, remerciant son hôte pour sa générosité, excusant son hostilité.

Ainsi, le mystère de Rachel n’est jamais résolu. Tout au long du récit, l’ambiguïté persiste, de sorte qu’on ne sait jamais quoi penser de Rachel. Coupable ou innocente ? Douce épouse ou manipulatrice machiavélique ? Entre passion, argent et jalousie, les relations entre les personnages sont complexes. Encore une fois, je ne peux que reconnaître le talent d’écrivain de Daphné du Maurier. J’ai néanmoins été un peu déçue par la fin, qui nous laisse un goût d’inachevé.

 

* * *

En bref, un roman bien mené qui prouve encore une fois que Daphné Du Maurier est un grand écrivain du suspens. La figure ambiguë de Rachel ne cesse de tourmenter l’esprit de Philip…et le nôtre !

Verdict Un bon moment

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14 réflexions sur “Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier

  1. J’ai lu « Ma cousine Rachel » il y a longtemps maintenant, quand je dévorais tous les livres de l’auteure (chose pas encore tout à fait terminée !). Je l’avais beaucoup aimé, sans qu’il soit dans mes préférés. Rachel est un personnage très trouble et ambigu. D’ailleurs, je garde peu de souvenir des deux personnages masculins, signe qu’ils ne m’ont pas effectivement plus marquée que cela, au contraire de Rachel. Je suis d’accord, la fin laisse perplexe et sur sa faim ! Par contre, je crois que c’est à cause de cette fin que j’avais tout de même l’impression que Rachel était une manipulatrice et non une innocente, au final. Peut-être trop innocente tout du long pour ne rien cacher… j’ai hâte que l’adaptation en film avec Rachel Weisz sorte, en espérant qu’il soit à la hauteur !

    Aimé par 1 personne

    • Oui je pense que les personnages masculins ne servent qu’à mettre en scène le personnage féminin ! Moi aussi j’ai un peu de mal à la croire innocente… Trop trouble !
      Oh, ça me rappelle mon challenge ça ! Quels autres romans de l’auteur me conseilles tu ? J’ai un peu peur des adaptations de romans, alors je crois que je vais attendre un peu avant d’aller le voir !

      Aimé par 1 personne

      • Totalement ! Ils sont là pour nous montrer les facettes de Rachel, son côté trouble, comme Rebecca !
        Alors, je crois que tu as donc lu, en plus de celui-ci, Rebecca, la biographie par Tatiana de Rosnay, et Le bouc émissaire, c’est bien cela ? D’ailleurs le bouc émissaire est un de mes favoris, à ton contraire, mais l’avantage avec Du Maurier est qu’elle a écrit dans tant de genres différents, que tout le monde y trouve son compte !
        Je pense que ceux qui m’ont le plus plu (en-dehors de Rebecca et le Bouc émissaire) sont La maison sur le rivage (un peu long parfois, mais très trouble, avec un mélange de roman historique et un côté un peu fantastique), L’Auberge de la Jamaïque (un peu style gothique mais aussi romantique, avec des personnages très intéressants), L’amour dans l’âme (son premier roman qui est vraiment orienté vers son amour de la mer, avec une dynastie de famille de marins). La crique du français est sympa aussi, purement romantique et aventureux. Et si tu le peux, ses nouvelles sont excellentes. Le recueil « La Poupée » a d’ailleurs une « préquelle », une sorte de brouillon du personnage de Rebecca. Ses autres nouvelles sont aussi assez marquantes pour la plupart, particulièrement « Les lentilles bleues ».
        Les adaptations ne sont pas toujours très fidèles, c’est vrai…surtout celle des années 40/50 de « Ma cousine Rachel », d’un classique ennuyeux et pas du tout trouble, il faut le dire.

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