« Rebecca », Daphné du Maurier

rebecca

Coup de cœur ♥ ♥ ♥

 

Magistral, inoubliable. Je pourrais presque m’arrêter là tellement ce livre est une merveille. Je l’ai lu dans le cadre du Challenge d’hiver, « Lire un livre que l’on vous a offert », au mois de janvier (oui, la chronique a un léger retard…).

La narratrice n’est encore que la jeune demoiselle de compagnie de Mrs Van Hopper lorsqu’elle rencontre le fameux Max de Winter dans un hôtel de Monte-Carlo. Elle ne se doute pas alors qu’elle va devenir sa femme et devra faire face au souvenir omniprésent de sa première épouse disparue, Rebecca, dans la belle demeure de Manderley.

Avant toute chose, Daphné du Maurier écrit magnifiquement bien. Elle a ce don de transmettre toutes les émotions des personnages et les tensions qui rythment le récit. Elle vous embarque avec elle dès les premières pages et ne vous lâche qu’une fois le livre refermé. J’aime particulièrement les récits à la première personne, et ici cela nous permet d’entrer dans l’intériorité complexe de la narratrice et de ressentir toutes les tourments que lui causent la situation dans laquelle elle se trouve.

En effet, elle arrive en tant que nouvelle épouse de Maxim de Winter à Manderley, seulement quelques temps après la disparition tragique de Rebecca. L’auteur montre alors à quel point il est difficile pour la jeune fille d’être la femme d’un deuxième mariage, et plus encore d’arriver après la mort de Rebecca. Elle ne pourra jamais rivaliser avec cette femme, dont la mort a sacralisé le souvenir. Tout le monde aime Rebecca. Comment pourrait-on détester une morte ? Sa « présence » paradoxale, dans un lieu qui sera toujours la maison de la défunte, avec ses meubles, son jardin, ses objets personnels, ses domestiques, devient vite oppressante et insupportable pour la narratriceTout rappelle Rebecca, tout est élément de comparaison entre la merveilleuse, belle et talentueuse Rebecca et la nouvelle femme gauche et quelconque.  C’est assez bouleversant de voir à quel point une absence peut faire autant de mal. La narratrice ne parvient pas à trouver son identité et sa marque dans ce milieu social et ce rôle de maitresse de maison qu’elle ne connaît pas, et est simplement réduite à ce que faisait Rebecca. Ainsi, alors que ce deuxième mariage aurait dû être le début d’une nouvelle vie, Maxim et sa nouvelle épouse ne parviennent qu’à vivre dans une imitation maladroite du passé.

«  Sa voix continuait à flotter quelque part, et le souvenir de ses paroles. Il y avait des lieux qu’elle avait visités et des choses qu’elle avait touchées. Peut-être des placards contenaient-ils encore des vêtements qu’elle avait portés, retenant son parfum. Dans ma chambre, sous mon oreiller, j’avais un livre qu’elle avait tenu dans ses mains et je la voyais l’ouvrant à cette première page blanche, souriant tout en écrivant et secouant son stylo. « A Max, Rebecca. » Ce devait être son anniversaire, et elle avait posé ce livre parmi d’autres cadeaux sur la table du petit-déjeuner. Et ils avaient ri ensemble tandis qu’il arrachait le papier et la ficelle. Elle se penchait peut-être sur son épaule pendant qu’il lisait. Max. Elle l’appelait Max. C’était familier, gai, facile à prononcer. La famille pouvait bien l’appeler Maxim si elle y tenait. Les grand-mères et les tantes. Et les gens comme moi, calmes, ternes et jeunes, et qui ne comptaient pas. Max était à elle, elle avait choisi ce nom, et avec quelle assurance elle l’avait tracé sur la page de garde de ce livre ! […] Sa voix résonnait à travers la maison et dans le jardin, insouciante, familière et sûre d’elle comme son écriture. Et moi, je devais l’appeler Maxim. »

« Rebecca », c’est aussi l’histoire d’un couple, de ses difficultés et des désillusions entre attentes et réalité.

Dès le départ, il y a un déséquilibre entre Maxim et sa femme qui est cause de souffrance pour la narratrice. Elle, la jeune fille modeste, qui ne connaît rien du monde et de ses manières, ayant peu confiance en elle. Lui, l’homme charismatique, propriétaire d’un domaine prestigieux qu’il dirige en maître, d’âge mûr et ayant voyagé, habitué à la vie mondaine. Le déséquilibre d’âge et de statut produisent un fort complexe d’infériorité pour la jeune épouse, qui a l’impression que Maxime la traite avec pitié, avec une gentillesse un peu lointaine,  et non, comme elle le voudrait, avec l’amour d’un mari pour sa femme. Il est terrible de voir cela s’insinuer dans le couple au fur et à mesure.

Cela est d’autant plus complexe qu’elle a, dès le début, l’impression  qu’elle est là simplement pour le consoler de son amour perdu, car elle est jeune, distrayante et  constitue une compagnie assez réconfortante. En somme, qu’elle ne pourra jamais être une épouse comme les autres. Et on comprend alors qu’elle ne pourra jamais accéder à un bonheur simple, alors que c’est tout ce qu’elle demande.

« Pourquoi fallait-il toujours qu’il me traitât en enfant, enfant gâtée, irresponsable, créature à caresser de temps en temps quand il en sentait l’envie, mais oubliée le plus souvent après une tape sur l’épaule et la recommandation d’aller jouer plus loin ? J’aurais voulu qu’il arrivât quelque chose qui me fît paraître plus sage, plus mûre. Est-ce que ça continuerait toujours comme ça ? Lui devant moi, avec ses humeurs que je ne partageais pas, ses soucis secrets que j’ignorais ? Ne serions-nous jamais ensemble, un homme et une femme, épaule contre épaule et la main dans la main, sans fossé entre nous ? Je ne voulais pas être un enfant. J’aurais voulu être sa femme, sa mère. J’aurais voulu être vieille. »

Il y a quelque chose d’extrêmement dramatique dans la manière dont leur mariage est un échec dès le début. Maxim et elle ne peuvent pas être heureux, et cela dès le moment où Maxim décide qu’ils vont aller vivre à Manderley, ce lieu plein de souvenirs. Cette décision est une forme d’autodestruction car elle empêche l’insouciance et l’oubli.  Un fossé se creuse et s’élargit entre eux, alimenté par toute une vie passée dont il ne lui parle pas. Maxim n’est pas non plus très conciliant avec sa nouvelle femme car il ne se rend pas compte à quel point cela est difficile pour elle qui ne connaît rien à la vie d’un domaine, qui débarque en étrangère dans un monde qui est peut-être celui de De Winter, connu et respecté de tous, mais pas le sien. En même temps, Maxim est un personnage attachant, pas mauvais, et jamais il ne donne le sentiment de causer du tort exprès.  Le fait de tout percevoir par le biais de la jeune femme fait que l’on accède à la réalité simplement par ses impressions et ses sentiments à elle, sachant qu’elle a naturellement tendance à penser que les autres pensent du mal d’elle. Mais je ne voudrais pas non plus vous donner l’impression que c’est un roman très noir et dépressif ! Il y a beaucoup de drame, mais le roman ne se résume pas à cela !

Le dernier point fort du roman, c’est la manière dont Daphné du Maurier nous tient en haleine tout du long. Sans savoir pourquoi, l’ambiance du récit fait que l’on craint toujours qu’il se passe une catastrophe. Le personnage de Mrs Danvers, qui prend en grappe la nouvelle Mrs de Winter par fidélité à son ancienne maitresse, donne des frissons ! Surtout, il y a un retournement complètement inattendu dans le récit !!!  Je peux vous assurer que j’ai imaginé des centaines de scénario mais  je n’aurais jamais pensé à cela ! C’est simplement génial. L’œuvre est parfaitement construite puisqu’arrivé à la fin, on n’a qu’une envie, c’est de relire les premières pages pour retourner en un sens dans le « présent » des personnages, puisque le cœur du récit commence avec un grand flash back : « J’ai rêvé que je retournais à Manderley ».

 => En bref,  Rebecca fait partie des incontournables ! Alors vous aussi, allez rêver à Manderley ! Quant à moi, je pars à la recherche des autres œuvres de Daphné du Maurier…

Publicités

18 réflexions sur “« Rebecca », Daphné du Maurier

  1. Pingback: * Bilan du Challenge d’hiver Masscritics * | Petite Plume

  2. Pingback: « Manderley for ever , Tatiana de Rosnay | «Petite Plume

  3. Pingback: Challenge illimité : Daphné du Maurier !! | Petite Plume

  4. Pingback: Tag : 20 livres pour 2016 | Petite Plume

  5. Pingback: Mes livres coups de cœur de 2016 | Petite Plume

  6. Pingback: Ces auteurs que j’aimerais découvrir en 2017 | Petite Plume

  7. Pingback: * Bilan du mois d’avril * | Petite Plume

  8. Pingback: Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier | Petite Plume

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s