Lolita, Vladimir Nabokov

J’ai longtemps hésité à lire ce classique en raison de son sujet et des polémiques qu’il a suscitées. Finalement, la curiosité et l’envie de me faire mon propre avis l’ont emporté !

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Je ressors de ma lecture assez perplexe, j’avoue que je ne sais pas trop quoi en penser. En fait, j’ai eu du mal à saisir où l’auteur voulait en venir, quelle était son intention en mettant en scène ce personnage abject. J’avais eu la même sensation en lisant My Absolute Darling, dont la violence m’avait d’abord heurtée. J’ai ce besoin de comprendre la démarche de l’auteur, et ici elle reste pour moi assez floue. De ce fait, j’ai gardé une certaine distance avec le roman et je n’ai pas été totalement convaincue.

En même temps, l’auteur revendique lui-même l’absence de démarche. Dans la postface, il explique se refuser à écrire « une fiction didactique », privilégiant avant tout l’esthétique de l’écriture. Il ne cherche ni à faire l’apologie de la pédophilie, ni à la dénoncer. En somme, la morale ne l’intéresse pas.

Depuis la prison, Humbert Humbert raconte son histoire avec Lolita, s’adressant aux jurés de son procès. Le ton est souvent provoquant, l’humour cynique. Tout commence alors qu’il trouve une chambre à louer chez Mrs Haze. Il va développer une véritable obsession pour Dolorès, la fille de sa logeuse, âgée de 12 ans. Il décrit assez violemment son mépris pour la mère, en même temps que sa passion pour la fille. Prêt à tout, il échafaude un plan pour se rapprocher de la fillette. On va suivre ses stratagèmes pour l’attirer dans ses filets et obtenir ce qu’il veut, tout en sauvant les apparences. Commence alors un long voyage en tête à tête entre H et L.

Le début du roman tient son pari, il nous happe malgré nous autant qu’il nous révulse, dans une sorte de curiosité malsaine, à la manière d’un thriller qui nous tient en haleine en nous plaçant dans la peau du prédateur prêt à commettre son crime. Mais si la première partie est prenante, la deuxième est très linéaire et j’ai eu beaucoup de mal à en venir à bout. Il y a énormément de longueurs, le récit piétine, le « road-trip » n’en finit plus et l’auteur nous perd dans les pensées dérangées et les divagations du narrateur.

J’ai eu un peu de mal avec le style de Nabokov, très verbeux. Il multiplie les périphrases, les jeux de mots et métaphores, les références littéraires et allusions diverses (d’ailleurs, l’édition comporte de nombreuses notes de bas de page). C’est une écriture très littéraire, y compris dans la forme puisque le récit est mis en scène comme étant le journal de Humbert Humbert que l’on aurait retrouvé après sa mort.

Je parlais tout à l’heure de distance avec le texte, elle est aussi due au fait que je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages, que ce soit pour Humbert Humbert (encore heureux en même temps) ou pour Lolita. Le personnage de Lolita est assez effacé. Elle semble passive, ses rares interventions nous la font paraître comme une enfant capricieuse et sûre d’elle, jouant de son effet sur Humbert Humbert, aimant provoquer le conflit. Il est difficile de la cerner, elle oscille entre une légèreté insouciante, enfantine, et une attitude plus mature, souvent désabusée.

En réalité, c’est qu’on nous la décrit toujours à travers les yeux d’Humbert Humbert. Et si on ne s’y laisse pas prendre, on devine derrière l’attitude faussement confiante la vulnérabilité et la crainte, et derrière sa façon de tempérer et de le caresser dans le sens du poil, l’attente du moment où elle pourra lui échapper.

Nabokov nous fait entrer dans la tête d’Humbert Humbert. On voit dès le départ toute la perversité du personnage et sa logique malsaine, comme si l’origine du mal se trouvait dans l’essence de la petite fille à qui il prête une attitude provoquante, séductrice. Son exposé du concept de « nymphette » est à vomir. D’ailleurs, certains passages du roman sont vraiment abjects ! Mais là où je ne crois pas que l’auteur chercher à excuser ou à défendre le pédophile, c’est qu’Humbert Humbert nous apparait particulièrement pathétique. Ses tentatives de justification et son récit de ce qu’il appelle une histoire d’amour montrent ses multiples contradictions et sa perception déformée de la réalité. Il veut la protéger et la rendre heureuse mais détruit sa vie, il dit être conscient de l’illégalité et l’immoralité de ses agissements tout en se défendant au nom de l’amour. Il croit aimer mais aime un fantasme, un idéal qui n’a jamais existé et qui est voué à l’échec à mesure que l’enfant va grandir. Il s’imagine vivre une idylle mais finira par réaliser que l' »amour » a toujours été à sens unique.

Lolita est probablement un classique à ne pas mettre dans toutes les mains. Moi-même, dès les premières pages, je me suis demandée si je supporterais d’être dans la tête du pédophile. Par la suite, les longueurs et le style très littéraire ont rendu ma lecture poussive. Mais le roman de Nabokov reste un ovni que je ne regrette pas d’avoir découvert, ne serait-ce que pour me faire un avis au milieu de la controverse !

Une réflexion sur “Lolita, Vladimir Nabokov

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