Persuasion, Jane Austen

On parle beaucoup de Persuasion en ce moment, avec la sortie de la nouvelle série Netflix. Il se trouve que j’avais justement prévu de lire le roman de Jane Austen cet été. J’avais l’intention d’enchaîner avec l’adaptation, mais je vous avoue que la bande-annonce m’a fait un peu peur ! (je crains un massacre de l’œuvre originale…)

Anne, une jeune aristocrate, a repoussé les avances de Frederick, un officier de marine qu’elle ne jugeait pas de sa condition.

Huit ans plus tard, sa famille connaît des revers de fortune.

Son père décide alors de louer le château familial à l’amiral Croft, qui n’est autre que le beau-frère de Frederick. Celui-ci, devenu riche, a conservé la conviction que la jeune Anne manquait de caractère et se laissait trop aisément persuader.

S’il sera question de mariage comme dans tous les romans de Jane Austen, Persuasion présente l’originalité de mettre l’accent sur les regrets d’une jeune fille, Anne, qui s’est laissée convaincre de renoncer à son amour de jeunesse. A l’époque, en effet, son entourage jugeait que Frédérick Wentworth, un officier de marine pauvre et sans titre, ne représentait pas un assez bon parti pour elle.

Des années plus tard, leurs chemins vont se recroiser alors que Wentworth est de retour en Angleterre. Devenu capitaine, ayant acquis une belle renommée et une certaine fortune, ce dernier cherche à s’installer et à se marier.

Ainsi, Persuasion n’est pas l’histoire d’une rencontre mais de retrouvailles, avec toute l’appréhension et la gêne que peut générer la situation, au vu du passif des deux personnages. Anne n’a jamais oublié le capitaine Wentworth et redoute de le revoir. Se souviendra-t-il d’elle ? Du côté de la famille d’Anne, on n’a pas l’air de se rappeler ce jeune homme que l’on voyait souvent aux côtés de la jeune fille il y a huit ans, et peu ont conscience de son trouble. Quant à Wentworth, qui ne semble pas avoir gardé une bonne opinion d’elle, il se contente de l’ignorer. Et les prétendantes ne manquent pas pour le beau capitaine…

Le personnage d’Anne est attachant et on ne peut que ressentir de l’empathie pour elle. Deuxième fille du baronnet Sir Walter Elliot, elle tranche avec le reste de la famille, qui d’ailleurs ne l’estime pas beaucoup. Calme, solitaire, plutôt effacée, elle représente la voie de la sagesse et de la modestie, à l’opposé de sa jeune sœur qui ne cesse de se plaindre et de réclamer de l’attention, et de son père et sa sœur aînée, plus mondains, obsédés par leur rang et la sauvegarde des apparences malgré leur situation financière. A 28 ans, l’apogée de sa jeunesse et de sa beauté est derrière elle (eh oui, à l’époque on n’est pas tendre avec les femmes célibataires à l’approche de la trentaine…). La jeune femme, malgré ses regrets et la certitude d’avoir laissé passer la chance de sa vie, s’efforce de se contenter d’une vie simple et d’accepter son destin. Son attitude est tout à son honneur. Et comment pourrait-on lui en vouloir de ne pas avoir voulu ni su s’opposer à l’avis de sa fidèle amie, Lady Russell, alors qu’elle était si jeune et que cela semblait être le choix de la raison ?

Fidèle à elle-même, Jane Austen n’est pas tendre avec ses contemporains. Persuasion est l’occasion de montrer l’absurdité d’une société qui fait passer le statut social au-dessus de tout. Cela est frappant avec le capitaine Wentworth dont tout le monde se met à rechercher la compagnie une fois qu’il a fait ses preuves à la guerre et a une situation à offrir à sa future épouse. Le comportement du père d’Anne est particulièrement caricatural : alors qu’il a dilapidé l’argent de la famille, il continue à vivre au-dessus de ses moyens et ce n’est qu’à contrecœur qu’il accepte de louer son domaine de Kellynch à l’amiral Croft, malgré sa faible considération pour l’élite militaire…. Il finit par se satisfaire tout à fait de sa nouvelle vie à Bath, où il peut profiter de toutes les mondanités et côtoyer de nobles cousins, de quoi nourrir son orgueil. Les personnages cupides et intéressés ne manquent pas, entre le cousin William Elliott, héritier de Sir Walter qui désirer renouer le contact avec la famille après les avoir dédaignés, et Mrs Clay, une femme de condition inférieure qui a réussi à gagner l’amitié du père d’Anne et de sa sœur. D’ailleurs, j’ai eu bien du mal à m’y retrouver, parmi tous les personnages qui composent cette société (pour ne rien arranger, certains ont le même prénom !).

Le roman est assez court et comporte son lot de rebondissements, malgré un rythme assez lent. Les véritables intentions et sentiments des personnages se dévoilent progressivement jusqu’au dénouement. On peut regretter cependant une fin un peu précipitée et le manque de développement du personnage de Wentworth, que l’on voit finalement assez peu.

En bref, Persuasion est un savant mélange entre une histoire romantique et le portrait d’une société, comme sait si bien le faire Jane Austen. Les regrets amoureux, la pression familiale, l’impression de ne pas avoir su saisir l’occasion qui se présentait en font un roman universel. Dans le même temps, l’histoire est ancrée dans une époque et dans un milieu social, dépeignant les codes et les enjeux de la haute société anglaise du XIXème siècle.

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10 réflexions sur “Persuasion, Jane Austen

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