Les filles du Nightingale – tome 1 , Donna Douglas

Je suis heureuse de vous retrouver après cette longue pause qui dure depuis début novembre. Il faut dire que depuis que j’ai commencé mon stage, mes horaires se sont renforcés et je suis tout simplement trop fatiguée pour bloguer en rentrant. Je ne vous ai pas pour autant oublié et je reviens pour chroniquer des romans dont j’avais très envie de vous parler ! 


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Londres, 1936.

Trois jeunes femmes complètement différentes deviennent apprenties infirmières dans un grand hôpital. Dora a décidé de quitter sa misérable maison bondée de la classe ouvrière pour une meilleure vie, mais également pour échapper à son détestable beau-père. Possède-t-elle ce qu’il faut pour suivre les autres filles mieux éduquées ? Helen est la plus calme des trois, une jeune femme qui évite toute sorte d’amusement. Dans l’ombre de sa toute-puissante mère, administratrice de l’hôpital et de la vie de sa fille, arrivera-t-elle à trouver sa propre voie ?  Millie, Lady Camilla, est une aristocrate rebelle, dont l’attitude insouciante lui vaudra de se heurter encore et encore à l’infirmière en chef, la terrifiante Sister Hyde. Retournera-t-elle à la vie luxueuse pour laquelle elle est née ou gardera-t-elle courage pour continuer sa carrière ?

* * *

Avec Les filles du Nightingale, je découvre non seulement un des succès de la blogosphère mais aussi la maison d’édition Charleston, spécialisée dans les romans féminins.

Au début, pourtant, c’était plutôt mal parti. J’ai remarqué plusieurs coquilles. J’étais aussi gênée par une traduction maladroite qui me rebutait (d’ordinaire je ne suis pas très exigeante, mais là il y a des traductions en mot à mot qui ne sonnent pas du tout naturelles en français ; on peut presque entendre la phrase anglaise écrite derrière). Et puis finalement, mon enthousiasme pour l’histoire l’a emporté. Je ne sais pas si ces défauts sont liés au fait que Charleston est une petite maison d’édition indépendante, avec sans doute moins de moyens que les géants de l’édition. Quoi qu’il en soit, c’est dommage de laisser passer ces erreurs de forme qui peuvent éloigner les lecteurs les plus exigeants.

Donna Douglas nous emmène dans le milieu hospitalier des années 30. Les amateurs de romans historiques seront charmés par l’univers recréé dans Les Filles du Nightingale. On va suivre trois élèves infirmières en première année dans un grand hôpital londonien. Chacune a une raison différente d’être là. Millie, issue de l’aristocratie, n’aurait a priori pas besoin de travailler, mais elle a décidé de fuir la vie mondaine et de se rendre utile. Dora, fille d’un milieu populaire, a travaillé dur pour sortir de la misère et prétendre à cette formation renommée. Elle ne part pas avec les mêmes chances que les autres mais est déterminée à suivre sa vocation d’infirmière et à s’échapper de l’emprise de son beau-père. Helen, elle, a simplement obéi à sa mère, présidente du conseil d’administration de l’hôpital, qui semble régir sa vie de bout en bout.

Les filles du Nightingale est un roman doté de toute une galerie de personnages (sans doute un peu trop pour bien s’y retrouver, mais c’est aussi ce qui en fait l’intérêt). Outre les étudiantes déjà mentionnées, il y a Lucy, la peste de service ; le frère d’Helen, interne en médecine dans le même hôpital et coureur de jupons réputé ; les sévères infirmières séniors menant la vie dure aux novices ; ou encore Kathleen, l’infirmière en chef qui tente d’impulser une nouvelle dynamique malgré la résistance des infirmières conservatrices. Le roman alterne les points de vue : celui des trois jeunes filles, évidemment, mais aussi celui de l’infirmière en chef dont j’aurais aimé connaitre davantage la vie personnelle. L’essentiel du récit se déroule à l’hôpital, mais l’histoire se déplace également au sein des familles de Dora, Millie et Helen et pendant leurs temps libres avec leurs amis.

C’est là qu’intervient l’autre problème, davantage lié à l’écriture de l’auteur. La temporalité du récit est assez floue. L’auteur saute d’un endroit et d’un moment à un autre sans transition ou passe au point de vue d’un autre personnage sans indication claire (et parfois même sans changement de paragraphe ni signe typographique). Du coup, si vous n’êtes pas bien attentif ou si vous passez trop rapidement sur une phrase, vous ne comprenez plus du tout où on en est.

J’ai apprécié que le roman ne prenne pas simplement le milieu infirmier comme prétexte. L’apprentissage du métier d’infirmière est au cœur de l’histoire. On suit les leçons, les périodes d’examen, les stages dans les services, les soins prodigués, le rapport aux patients… J’ai appris beaucoup sur le quotidien d’une infirmière de l’époque et sur les conditions de leur apprentissage (notamment la façon plutôt stricte dont elles étaient encadrées en tant que jeunes femmes). On ne peut que reconnaitre le courage de ces filles à exercer un métier qui est loin d’être simple. Au-delà des connaissances à engranger, il faut supporter la rudesse des infirmières séniors, la charge de travail et les tâches ingrates, et rester fort face aux maladies.

Une chose est sûre, il ne faut pas craindre de travailler dur si l’on veut aller au bout de l’apprentissage – et j’ai le sentiment que cette vérité persiste aujourd’hui ! D’ailleurs, les filles ne vivent pas de la même manière leurs études. Millie, assez insouciante, un peu rebelle, redouble sa première année. Helen, à l’inverse, s’impose une discipline de fer, à tel point que son sérieux risque de la faire passer à côté des belles choses de la vie. Quant à Dora, elle s’investit corps et âme pour compenser son handicap de départ et prouver qu’elle a aussi sa place.

Il y a toute une dimension sociale derrière l’aspect médical du roman. L’école d’infirmière est plutôt réservée à la bourgeoisie. Dora fait tâche parmi les filles de bonne famille dont elle n’a ni les codes ni les moyens. La pauvreté de sa famille compromet sa réussite puisqu’elle n’a même pas de quoi se procurer ses livres. A l’inverse, certaines étudiantes qui ont toujours eu la vie facile se voient confronter à la difficulté du métier et à la réalité crue de la nudité, des maladies, de l’âge. On a aussi rapidement la démonstration que l’argent ne fait pas le bonheur. Millie cherche à donner du sens à son quotidien au-delà des futilités de la noblesse et à exister en-dehors du mariage malgré les pressions de son entourage pour qu’elle trouve un bon parti. Helen  souffre d’avoir une mère tyrannique et une famille peu aimante – une situation qui contraste avec l’affection de la mère et des sœurs de Dora.

Enfin, ce qui nous pousse à aimer cette histoire, ce sont les relations entre les personnages. C’est l’ambiance d’internat où les filles se retrouvent pour discuter, se font des sales coups derrière le dos, font le mur pour échapper au couvre-feu. C’est surtout la véritable amitié que lient entre elles les jeunes infirmières au fur et à mesure qu’elles apprennent à se connaitre. Même, Helen, en deuxième année, qui les prenait de haut : on finit par découvrir que son comportement est essentiellement révélateur d’une souffrance personnelle et qu’elle a bien un cœur. La deuxième partie du roman apporte son lot d’intrigues amoureuses pour pimenter un peu le tout. Les problèmes personnels de chacune suscitent notre empathie, tandis que le rigorisme injustifié de certaines cadres infirmières et les tentatives des plus jeunes pour échapper à leurs lois tyranniques amènent une bonne touche d’humour. Tous les éléments étaient réunis pour en faire une bonne lecture, et je l’ai lu d’une traite, sans voir passer les quelques 700 pages !

* * *

En bref, Les filles du Nightingale auraient sûrement été un coup de cœur, s’il n’y avait eu les quelques défauts de style que j’ai notés. J’ai adoré découvrir l’univers infirmier et me suis attachée au destin des personnages. J’ai hâte de suivre les prochaines aventures des filles !

Verdict Un bon moment

 

3 réflexions sur “Les filles du Nightingale – tome 1 , Donna Douglas

  1. Ce livre a l’air vraiment intéressant et agréable ! Ce n’est pas souvent que l’on aborde l’univers du monde médical en livre, et particulièrement celui des infirmiers -alors que ça ne manque pas à la télé! – Et c’est d’autant plus original qu’il nous plonge dans les années 30. J’aimerais vraiment découvrir ce qu’étaient les conditions de vie et d’apprentissage à cette époque. Intriguée, bien que tu dises qu’il fasse 700 pages, je pense que je me laisserai tenter !

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