Les lendemains, Mélissa Da Costa

Alors que j’étais en vacances dans le Cantal, je me suis retrouvée en rade de livres à lire. Comme je ne me voyais pas passer les derniers jours de mon séjour sans lecture, j’ai profité d’un passage en ville pour faire un saut en librairie (pour une fois que j’avais une bonne excuse pour faire grossir ma PAL haha). En parcourant un peu au hasard les étalages, je suis tombée sur le roman de Mélissa Da Costa, qui se déroulait en Auvergne. J’ai aimé le clin d’œil alors j’ai décidé de tenter la découverte !

Réfugiée dans une maison isolée en Auvergne pour y vivre pleinement son chagrin, Amande ne pensait pas que l’on pouvait avoir si mal. Les jours se suivent et dehors le soleil brille, mais, recluse, elle refuse de le voir. Lorsqu’elle tombe par hasard sur les calendriers horticoles de l’ancienne propriétaire des lieux, elle décide pourtant, guidée par les annotations manuscrites de Madame Hugues, d’essayer de redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des saisons, elle va puiser dans ce contact avec la terre la force de renaître et de s’ouvrir à des rencontres uniques. Jusqu’à ce que chaque lendemain redevienne, enfin, une promesse d’avenir.

Tout simplement bouleversant. Malgré la thématique assez difficile, j’ai dévoré Les Lendemains en quelques jours, portée par la puissance du récit, le réalisme des personnages que l’on a l’impression de côtoyer pour de vrai, les émotions fortes parfaitement retranscrites et finalement la beauté du message.

Amande a presque 30 ans lorsqu’elle perd brutalement son mari. Elle se sent incapable de reprendre sa vie normale, perdue dans une zone grise où plus rien n’a de sens, avec l’impression de ne plus savoir vivre dans le monde.

Alors elle décide de louer une maison isolée en Auvergne, comme pour se couper du monde et n’avoir pas à affronter les gens, la vie qui continue, le quotidien qui lui semble insurmontable. Elle se mure dans sa solitude, dans son silence, fuyant l’extérieur, le contact humain, même le chat qui passe dans le jardin.

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Un enterrement et quatre saisons, Nathalie Prince

Quand on a tout construit ensemble, quand tout vous a liés, quand on a cherché à ce point la joie et l’exclusivité amoureuse, comment continuer après la disparition de l’homme de sa vie ? Sur quatre saisons, le deuil s’apprivoise à travers les petites et les grandes ironies de la vie. Ce sont ces infimes détails qui nous poussent à aller de l’avant.
Avec un ton mordant et un humour noir, Nathalie Prince nous fait rire de ce qu’elle traverse et partage sans ménagement le regard qu’elle pose sur les êtres et les choses. Pour le meilleur et pour le pire.

Je remercie les éditions Flammarion pour l’envoi de ce livre.

Lorsqu’on m’a proposé de découvrir Un enterrement et quatre saisons, j’ai un peu hésité car ce n’est pas un style que j’ai l’habitude de lire. Et puis je me suis dis que c’était l’occasion de sortir de ma zone de confort.

Surtout, je trouve que le thème du deuil est important en littérature, même s’il peut paraître rebutant [je lui avais d’ailleurs dédié un A la recherche…]. On est tous confronté à cette épreuve et je pense qu’on peut trouver du soutien dans un roman ou un témoignage abordant ce sujet. Surtout, parler du deuil est souvent l’occasion de célébrer l’amour et la vie.

J’étais assez curieuse de voir quel traitement Nathalie Prince allait en faire, puisque la quatrième de couverture mettait en avant l’humour – étonnant !

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A la recherche… #9

A la recherche

∼ A la recherche….de romans sur le deuil ∼

Bonjour à tous !

Ce mois-ci, on se retrouve pour aborder un sujet plutôt morbide, je vous l’accorde. Sans que ce soit un fait-exprès de ma part, il se trouve que les circonstances s’y prêtent plutôt bien, puisque le mois de novembre réunit la Toussaint, les commémorations du 11 novembre et celles des attentats de 2015. Il n’est pas toujours très agréables de lire des romans traitant de sujets dramatiques et tristes tels que le deuil. Et pourtant, c’est une chose à laquelle nous sommes tous confrontés, et lire des témoignages ou des fictions dans des situations similaires peut aider à faire soi-même face à la perte d’un être cher. Au-delà de la mort, ces romans sont aussi l’occasion de célébrer l’amour, l’amitié et le goût de vivre retrouvé.

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Nos cœurs en désaccord, de Krystal Sutherland

couv31563667Henry Page rêve du grand amour. Jusqu’au jour où il rencontre Grace, qui marche avec une canne et porte des vêtements de garçon trois fois trop grands pour elle. Henry tombe sous le charme de cette drôle de fille. Il a vite fait de comprendre que quelque chose en elle est cassé. Il ne demande qu’à l’aider. Mais Grace a un lourd passé…

* * *

Cela fait un bout de temps que je ne vous avais pas parlé de Young adult sur le blog ! C’est vrai que j’en lisais moins en ce moment, mais aussi que je faisais souvent le choix de ne pas chroniquer la littérature jeunesse/ado ou les tomes de saga.

Aujourd’hui, je suis donc très contente de retourner aux sources adolescentes pour vous présenter un roman qui sort de l’ordinaire. De manière très futile, je l’ai repéré à la bibliothèque en raison de sa couverture très…poissonneuse. Mais bien heureusement, le contenu vaut également le détour !

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Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu

maintenant-qu-il-fait-tout-le-temps-nuit-sur-toi-3499923Le livre de Mathias Malzieu parle à tous ceux qui ont déjà vécu un deuil (autant dire malheureusement tout le monde), et pour sa justesse. C’est sûr, ce n’est pas la lecture la plus réjouissante qui soit ni ce genre de petit livre gai qui vous met de bonne humeur. Mais l’auteur réussit parfaitement à nous parler du deuil avec toute la nudité de sa propre expérience, la sincérité de sa tristesse et toujours cette poésie qui caractérise son écriture. C’est un livre qui peut faire du bien si on a vécu un deuil plus ou moins récemment, et dans le cas contraire,  le livre est court donc il ne vous rendra pas triste très longtemps

Mathias Malzieu s’inspire de l’expérience personnelle de la mort de sa mère, dans ce récit presque autobiographique, pour raconter comment ils ont essayé de gérer la situation avec son père et sa sœur (si tant est qu’il y ait un moyen de gérer une chose pareille). C’est sûrement ce qui fait la force du livre, parce que l’auteur se met à nu, livre ses pensées les plus intimes. En somme, il dit tout haut ce que l’on s’est dit tout bas. On retrouve exactement ce qu’on a ressenti ou pensé soi-même confronté à la disparition d’un proche, à la fois la tristesse, l’absence, le vide, l’incompréhension, la colère, le sentiment d’injustice, l’absurdité, la difficulté d’essayer de continuer à vivre normalement puisque tout continue comme s’il ne s’était rien passé. Le livre génère une certaine solidarité, au sens où on est tous aussi impuissants et aussi révoltés devant la mort. En lisant Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, on se sent proche de Mathias Malzieu comme si on le connaissait. Et ce d’autant plus que le livre est écrit comme s’il s’adressait à sa mère, ce qu’on aurait tous aimé faire envers un proche disparu.

Le livre est rédigé avec une écriture simple, fluide, qui glisse toute seule, et les pages se tournent sans que l’on s’en rende compte. La créativité de l’auteur s’exprime dans le personnage du géant : un peu bancal, faussement drôle, loufoque mais mystérieux et plutôt mélancolique, c’est celui à qui il peut se confier, celui qui va veiller sur lui, lui montrer, avec ses remèdes bien à lui, la voie vers un retour à une vie normale et le détourner des dangers des idées noires.

L’œuvre est empreinte de douceur, que l’on retrouve déjà dans le titre avec cette périphrase particulièrement bien trouvée, très délicate et teintée d’une innocence enfantine : « Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi. »

Le traditionnel bémol : à propos du personnage du géant, car la quatrième de couverture laisse à penser qu’il est plus développé et que le livre est plus onirique qu’il ne l’est. On imagine tout un monde parallèle avec ce géant, alors qu’en réalité cet univers n’est vraiment exploité que sur quelques pages vers la fin du roman.

Je préfère ne pas en dire trop sur ce livre et laisser la place au texte, en vous proposant les premières lignes qui parlent d’elles-mêmes. Elles ont une force qui m’a séduite dès le début. Elles sont conçues comme une introduction qui donne le ton (et la douceur), comme un poème en prose qui pourrait être autonome du reste de l’œuvre, avec la phrase du tire qui revient comme un refrain.

« Est-ce qu’il ne fait pas trop froid là-bas, est-ce que tu sais les fleurs sur le toit de toi, est-ce que tu sais pour l’arbre que l’on va devoir couper, est-ce que tu sais pour le vent qui agite les volets de la cuisine et secoue ton ombre sur le carrelage ?

Maintenant il fait tout le temps nuit sur toi.

Tu reçois des lettres, on les donne à lire à tes vêtements, ça ne les déplie pas. Est-ce que je peux t’envoyer un peu d’Espagne, du bon champagne et deux, trois livres, maintenant qu’ils te foutent la paix avec leurs tuyaux dans le nez et le ventre, que tu n’as plus à te forcer à manger et à décrocher le téléphone ?

Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi.

Est-ce que tu es partie te cacher dans un caillou, un plat à tartes, un nouveau-né, un tissu, un œuf, une broderie et comment c’est maintenant qu’il fait nuit tout le temps ?

Est-ce que ça va mieux, est-ce que c’est léger comme une bulle de laisser son corps juste là, tel un vêtement abîmé que l’on ne peut plus porter ? C’est fini ce poids qui écrasait ton sourire ? qui écrasait ton ventre, qui t’écrasait ? Tu as pu t’échapper, dis ? Avec ton sourire en poche maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi ?

Même les yaourts aux fruits dans le frigo ont un goût de fané. On a beau se mettre de la limonade toute neuve, du genre geyser de goulot tendre comme un orage de sucre, dans l’œsophage, rien. Un cimetière de plus, de la nuit, du froid et encore une nouvelle couche de nuit. Nous on voit rien, on te voit plus, on n’y voit rien, on ne sait plus grand-chose. On marche dans la nuit et on ne te trouve pas, faut dire qu’on les confond toutes ces nuits, noires, épaisses comme du tissu, pas beaucoup d’étoiles, tout se ressemble.

Il y a bien les souvenirs, mais quelqu’un les a électrifiés et connectés à nos cils, dès qu’on y pense on a les yeux qui brûlent.

Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi. »

Verdict Coup de coeur