Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique, Balli Kaur Jaswal

On se retrouve aujourd’hui avec un roman rafraîchissant, drôle et émouvant – tout ce qu’il nous faut pour cet été !

 » Association sikhe recherche animatrice pour atelier d’écriture réservé aux femmes.  » La bonne aubaine pour Nikki, Londonienne de vingt-deux ans, en quête désespérée d’un petit boulot.

Mais alors qu’elle pensait former des apprenties romancières, Nikki se retrouve face à un public inattendu : une dizaine d’Indiennes, de tous âges, majoritairement veuves, souvent analphabètes et dotées d’une imagination très, très fertile. Écrire ? Pensez-vous ! Elles, ce qu’elles veulent, c’est raconter : le choc culturel, la vie de famille, l’éducation des enfants. Raconter encore l’amour, le sexe et tous ces fantasmes enfiévrés qui leur traversent si souvent l’esprit. Raconter aussi la solitude, la soumission aux hommes, la violence, parfois.

Alors que la fréquentation de ce club débridé augmente de semaine en semaine, Nikki s’interroge : comment porter ces histoires au-delà des murs de la maison de quartier ? La jeune étudiante a une idée. Mais libérer la parole des femmes n’est jamais sans danger…

Près de deux mois après ma lecture, je trouve enfin le temps de vous parler du Club des veuves qui aimaient la littérature érotique.

Je ne m’attendais pas à grand chose d’autre qu’une lecture légère sans prétention en ouvrant ce roman, mais laissez-moi vous dire que j’ai A-DO-RE !

Avant tout, j’ai été très agréablement surprise par la plume de l’auteure. Eh oui, le feel-good peut aussi être bien écrit ! Je n’ai pas vu les pages défiler et j’ai littéralement dévoré le roman pendant mes vacances.

Nikki, 22 ans, postule pour animer un atelier d’écriture avec un petit groupe de veuves sikhes analphabètes. Elle se rend rapidement compte qu’il y a méprise, les femmes n’étant absolument pas intéressées pour apprendre à écrire. Ce qu’elles veulent, c’est raconter des histoires, mêlant leurs expériences personnelles et les fantasmes de ce qu’elles n’ont jamais pu vivre. Les veuves timides et effacées se révèlent, lorsqu’elles se réunissent, d’une imagination débordante en matière de récit érotique !

Le club va prendre une ampleur inattendue et devenir un symbole de libération de la parole et d’émancipation des femmes. Le roman comporte également son lot de péripéties puisque le club n’est pas vu d’un très bon œil dans la communauté. Ce qui n’était qu’un petit boulot temporaire se transforme en véritable projet pour Nikki, qui va batailler pour le mener à bien, alors que la pression pour y mettre un terme et les menaces à son encontre se font de plus en plus fortes. Le récit est agrémenté de petits extraits des œuvres de nos veuves indiennes – lecteurs non avertis s’abstenir haha !

Au-delà de la thématique légère et plutôt comique, le roman aborde un vrai sujet en questionnant la place des femmes orientales en Occident et le conflit entre tradition et modernité, respect des coutumes et désir d’émancipation.

Il est intéressant d’avoir à la fois la perspective des femmes d’âge moyen à mûr, ancrées dans la tradition de leur pays et en décalage avec la vie anglaise, et celle de la deuxième génération à travers Nikki. La jeune femme est largement émancipée mais subit la pression de ses parents, notamment au sujet de la réussite scolaire et professionnelle et du mariage, et éprouve des sentiments ambivalents (gêne, incompréhension, culpabilité) à l’égard de sa communauté d’origine dont elle s’est éloignée.

Le roman traite aussi de thèmes plus sombres, comme le contrôle des femmes, constamment surveillées par les hommes pendjabis, l’importance accordée à la réputation dans une communauté où les rumeurs se propagent vite, le rigorisme qui a parfois des conséquences dramatiques, d’autant que la loi du silence règne, alimentée par l’esprit de solidarité et la méfiance envers la police.

L’auteure nous permet de nous projeter et de comprendre comment fonctionne la communauté sikhe – et probablement d’autres communautés – et à quoi ressemble la vie dans leur quartier de Londres qui est comme un petit bout d’Inde.

On s’attache très vite aux personnages, tant à ce groupe de veuves improbable qu’à Nikki, et on ne peut que se sentir solidaire de ce projet d’empowerment féminin.

Depuis, l’auteure a sorti un deuxième roman, Les incroyables aventures des sœurs Shergill, qui a évidemment rejoint immédiatement ma WL !

En bref, un roman feel-good très réussi, à découvrir absolument ! Derrière la légèreté, le propos est particulièrement pertinent sur les sujets de l’immigration et des droits des femmes. Le tout agrémenté d’un soupçon de suspens, pour en faire un moment de lecture parfait !

2 réflexions sur “Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique, Balli Kaur Jaswal

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