Dans la forêt, Jean Hegland

couv15289186Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste , toujours présentes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, remplie d’inépuisables richesses.

* * *

ALERTE : ÉNORME COUP DE CŒUR ♥♥♥

J’ai acheté Dans la forêt un peu par hasard. Même si j’en avais entendu du bien, j’étais passée à côté du phénomène. Et tant mieux, car je l’ai découvert sans avis préconçu, sans savoir trop de quoi ça parlait.

Et laissez-moi vous dire que c’est définitivement un de mes livres favoris de l’année !

Pour une fois, la quatrième de couverture est assez mystérieuse. Deux adolescentes qui vivent seules dans la forêt, aux Etats-Unis, dans une temporalité assez nébuleuse, un futur plus ou moins proche dans une ambiance post-apocalyptique (mais sans science-fiction). Autant dire que ça ouvre un tas de possibilités.

Dans la forêt est un savant mélange de nature-writing, de roman d’apprentissage et de critique sociale. Le roman s’ouvre comme un journal où Nell raconte leur quotidien. On comprend qu’elles sont seules dans leur maison au cœur de la forêt et que quelque chose ne tourne pas rond. On sent qu’on est dans un après, dans un monde où il n’y a plus d’électricité, plus d’essence, plus de transports, plus de supermarchés, plus de structures publiques, plus de médias – juste des rumeurs diffuses. Et on va suivre, comme dans un huis-clos – mais un huit-clos en plein air – le  combat de Nell et Eva pour la survie.

Jean Hegland nous offre un formidable roman d’apprentissage en parallèle d’un ode à la nature. Il y a tout un cheminement personnel pour les personnages. Au début du roman, les filles sont tournées vers le passé, vers le regret de leur ancien mode de vie, vers l’attente de la reprise du cours normal des choses (la danse, les cours, la préparation de l’université). Mais au fur et à mesure, alors qu’il devient de plus en plus évident que la fin de la crise n’est pas pour tout de suite et qu’elles ne peuvent plus vivre sur leurs acquis, elles vont devoir s’adapter et se construire un nouveau quotidien, un nouvel équilibre.

On comprend qu’elles ont reçu une éducation pas comme les autres, et c’est aussi ce qui leur permet de survivre dans ce monde en ruine, à l’écart. D’ailleurs, il y a quelque chose de très touchant dans la façon dont les parents sont présents dans le roman, tout en étant absents, comme un souvenir, comme un hommage à leur vision de la vie et aux enseignements qui ont façonné la personnalité de leurs filles et continuent à les guider. Les adolescentes sont très attachantes et puisent en elles une force et un courage incroyables. C’est grâce à leur capacité de résilience et à leur solidarité fraternelle qu’elles font face aux épreuves.

La relation entre les deux sœurs, au cœur du roman, est très belle. Elle n’est pas linéaire. Elle donne à voir leur rivalité, leur jalousie, leur différence de personnalité et d’envies. Nell et Eva sont tout l’une pour l’autre, elle sont tout ce qui leur reste, elles sont leur unique contact humain et leur seule chance de survie. Alors elles sont fusionnelles, et pourtant, parfois, souffrent de cette dépendance réciproque et de cette cohabitation exclusive, qui est une ressource autant qu’une entrave.

Dans la forêt, c’est une sorte d’utopie apocalyptique. Parce que même si les personnages luttent pour la survie, même si le monde s’est effondré et avec lui leur confort, leurs projets, leur famille et leurs amis, c’est cet effondrement qui va permettre la redécouverte de l’essentiel. Contraintes de s’en tenir à un mode de vie minimaliste et plus proche de la nature, elles vont devoir étudier les bases de l’agronomie, de la botanique et de la phytothérapie, elles vont connaitre la satisfaction de récolter les fruits de leur travail, elles vont devoir apprendre à apprivoiser la forêt pour en faire un allié à leur survie. Ce que nous montre l’auteur, c’est que la nature est bien faite et nous offre toutes les ressources dont nous avons besoin si on sait les exploiter correctement.

Finalement, on en viendrait presque à désirer que le monde civilisé, avec tout le confort, la technologie, la folie de la course à la productivité et à la richesse disparaisse, pour retrouver un mode de vie plus simple, plus apaisé et plus en phase avec la nature. Et on sort de cette lecture étrangement optimiste, avec l’envie de se reconnecter avec notre environnement. Et de se balader en forêt – mais ça, c’est évident !

Le mot de la fin ?

Foncez !

 


PS : Ce roman a été publié en 1996 aux Etats-Unis. 1996 ! Et on a attendu 20 ans pour le sortir en France ??!!!!!! Mais comment se fait-ce ?!

 

 

10 réflexions sur “Dans la forêt, Jean Hegland

  1. Pingback: Un bilan de mes lectures hivernales |

  2. J’ai adoré ce roman moi aussi. Je retrouve dans tes mots tout ce que j’y ai aimé. L’atmosphère est profonde et prégnante, les deux portraits des soeurs et leur lien aussi fusionnel que coléreux parfois, est très puissant. Il est vraiment le coeur du roman, quand on voit comment elles s’accrochent l’une à l’autre dans cette fin du monde. Et je n’y avais pas pensé, mais c’est vrai que les parents, même disparus, les accompagnent encore un bon moment par leur enseignement ou les souvenirs…

    Aimé par 1 personne

    • Oui je pense que le roman n’aurait pas été aussi réussi sans la relation entre les deux sœurs. Pour les parents, ça m’avait frappé finalement, le fait qu’il y ait beaucoup de flash back en fait des personnages bien présent même s’ils ne sont plus là.

      Aimé par 1 personne

  3. « D’ailleurs, il y a quelque chose de très touchant dans la façon dont les parents sont présents dans le roman, tout en étant absents, comme un souvenir, comme un hommage à leur vision de la vie et aux enseignements qui ont façonné la personnalité de leurs filles et continuent à les guider. » C’est un point que j’avais vu différemment. Sur la Lecture Commune, on était nombreux à regretter l’absence des parents, j’aime bien ta façon de voir les choses ! C’est aussi vrai qu’il peut donner envie de se reconnecter avec la nature et de faire des balades en forêt. Juste avant, j’avais lu un essai sur les arbres (« La vie secrète des arbres ») qui avait déjà rempli cette mission. : )

    Aimé par 1 personne

  4. Pingback: Une pépite retrouvée (Dans la forêt, Jean Hegland) – Pamolico, critiques romans, cinéma, séries

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s