La part des flammes, Gaëlle Nohant

couv3364727 Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.
 

* * *

Je repasse par là entre deux épisodes Netflix, un tour sur instagram et une session pâtisserie. Qui a dit que confinement = ennui ?

Bref, je voulais vous parler d’une de mes dernières lectures en date, La part des flammes, de Gaëlle Nohant. Le roman date de 2014 – depuis, l’auteure en a écrit 2 autres, mais je découvrais sa plume avec celui-ci.

La Part des Flammes est inspiré d’un fait divers s’étant déroulé à Paris en 1897 durant le Bazar de la Charité, un événement mondain très prisé dans la capitale. Alors que toutes les femmes de l’aristocratie sont rassemblées dans les halles pour une grande vente de charité, un effroyable incendie se déclenche, faisant des centaines de victimes, essentiellement féminines, parmi la haute société.

En commençant ma lecture, je m’attendais presque à un cadre temporel très court avec un roman centré sur l’incendie et les quelques heures avant/après. Après avoir terminé le roman, je crois pouvoir dire que le sujet n’est pas tant l’incendie que ses conséquences et surtout ce qu’il révèle, pour les personnages et pour la société dans son ensemble. D’ailleurs, l’incendie arrive dès les premières pages, et si l’on a lu le résumé, il y a peu de suspens.

Je m’attendais également à ce que l’auteure creuse plus la préparation et la signification de l’événement mondain du Bazar de la charité en lui-même. Celui-ci est là aussi assez rapidement éclipsé. Il faut donc passer ce premier étonnement – voire cette frustration si vous êtes du genre à prendre les choses très très à cœur – pour apprécier le roman, qui ne perd rien de son intérêt.

On va suivre avec les protagonistes les jours suivant le drame, le traitement médiatique, la recherche des disparues, le long travail d’identification des victimes, les soins apportées aux blessées. On vit, comme s’y on y était, le choc, l’effervescence, le déni, la recherche de coupables et la dénonciation de comportements abjects, grâce notamment au personnage de Laszlo, un jeune journaliste peu conventionnel décidé à faire toute la lumière sur la tragédie et qui n’hésite pas à avoir des mots durs pour les politiques et les nobles, d’autant plus que sa fiancée fait partie des victimes.

L’originalité du roman est de s’attacher au destin de trois femmes, presque des inconnues avant le Bazar, mais qui vont se découvrir et se lier à l’aune de cet événement. Il y a Violaine de Raezal, rejetée par la famille de son défunt mari et dont la réputation est entachée de rumeurs de scandales, Constance d’Estingel, une jeune fille solitaire et tourmentée, qui a souffert de l’éducation froide de l’aristocratie et s’est réfugiée dans une religiosité excessive, et enfin la duchesse d’Alençon, une femme influente et généreuse, dont la piété cache des douleurs enfouies. L’auteure met donc à l’honneur des personnages féminins à la personnalité forte qui sauront remettre en cause les injonctions sociales et faire preuve de courage et de détermination.

A travers ses personnages féminins, le roman permet d’interroger la place des femmes. On entrevoit la triste réalité des mariages dénués d’amour ne reposant que sur des conventions, des maris indifférents et volages, ou encore des jeunes femmes que les parents poussent au mariage.

Le roman offre le portrait d’une époque et d’une société. Il porte un regard tout sauf conciliant sur la haute société. D’abord, en analysant la pratique de la charité, qui est une obligation sociale plus qu’un véritable engagement fait avec sincérité et générosité. On comprend bien que le Bazar n’est qu’une vaste mascarade où la prétendue charité est un prétexte à nouer des relations et à se faire bien voir. Et c’est bien une société qui juge et méprise, où la naissance et la renommée déterminent la valeur, le pouvoir et la reconnaissance. Le roman met en évidence les inégalités, dans les conditions de vie, certes, mais aussi dans les comportements. Et la droiture morale n’est pas là où l’on croit : au cœur du danger, les hommes (nobles) font preuve de lâcheté, d’égoïsme et d’inhumanité, dès qu’il s’agit de sauver leur peau. A l’inverse, on voit des domestiques risquer la leur pour sauver leurs patrons et faire preuve de dévouement à leur chevet. L’incendie dévoile enfin la vanité de cette société de l’apparence et du faux semblant, où les mondanités sont l’essence même de l’activité des femmes, où la toilette et les charmes sont tout… Une société qui voue à la déchéance, au rejet et à l’isolement les victimes défigurées de l’incendie.

Par moment, La part des flammes, se fait également roman d’aventures, avec des scènes de duel et d’enlèvement (je n’en dirai pas plus pour vous laisser la surprise). L’action est donc bien au rendez-vous. Il y a le suspens de la recherche des victimes, de savoir qui a ou non survécu, le flou entourant la duchesse d’Alençon, la tension autour d’une histoire d’amour fragile,… Car si certains ont tout perdu à cause drame, pour d’autres il pourrait bien s’agir d’une occasion en or de prendre un nouveau départ…

Le mot de la fin ?

Un roman qui séduit par son intérêt historique, son côté féminin-féministe, sa fine psychologie autour du deuil et des choix de vie, et la part d’action qui sait nous tenir en haleine.


L’intrigue vous dit peut-être quelque chose. En effet, il a retrouvé une actualité à travers la série de TF1, Le Bazar de la Charité, inspirée par le même événement. Pour autant, les scénarios diffèrent (et d’ailleurs, je n’avais pas fait le rapprochement avant d’entamer ma lecture !).

3 réflexions sur “La part des flammes, Gaëlle Nohant

  1. Je n’avais pas été tout à fait convaincue par le style de l’autrice mais j’avais été très intéressée par le thème du roman. D’ailleurs, dans mon prochain livre, l’histoire commence par une vente de charité 😉
    Je n’ai pas regardé la série, est-ce qu’elle est bien ?

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Un bilan de mes lectures hivernales |

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