La mémoire des embruns, Karen Viggers

couv75007690 Mary est âgée, sa santé se dégrade. Elle décide de passer ses derniers jours à Bruny, île de Tasmanie balayée par les vents où elle a vécu ses plus belles années auprès de son mari, le gardien du phare. Les retrouvailles avec la terre aimée prennent des allures de pèlerinage. Entre souvenirs et regrets, Mary retourne sur les lieux de son ancienne vie pour tenter de réparer ses erreurs. Entourée de Tom, le seul de ses enfants à comprendre sa démarche, un homme solitaire depuis son retour d’Antarctique et le divorce qui l’a détruit, elle veut trouver la paix avant de mourir. Mais le secret qui l’a hantée durant des décennies menace d’être révélé et de mettre en péril son fragile équilibre.

* * *

La mémoire des embruns est une de mes dernières lectures en date. Il s’agit d’un roman d’une auteur australienne, Karen Viggers, dont on avait notamment entendu parler par le biais de Gérard Collard, le fameux libraire de La Griffe noire. C’est d’ailleurs pour cette raison que je l’ai reçu en cadeau d’anniversaire il y a deux ans.

Vous commencez à me connaitre, ça n’a pas loupé, je n’ai pu m’empêcher d’avoir une petite déception. Non que la lecture ait été désagréable –  simplement pas forcément à la hauteur des éloges.

J’ai trouvé particulièrement intéressant le choix de s’attacher à une femme dans les dernières semaines de sa vie. Mary est âgée et a conscience que ses jours sont comptés. Elle décide, contre l’avis de ses proches, de se retrancher à Bruny, une île où elle a vécu avec son mari et ses enfants il y a des années. Elle veut se replonger dans les souvenirs de sa vie et dresse une liste de lieux à parcourir une dernière fois. Elle sera aidée par Léon, un garde forestier d’abord abrupt qui se révèle une compagnie précieuse. La force de caractère de Mary et sa détermination suscitent le respect. On comprend sa volonté de s’isoler et de retourner aux sources, comme pour boucler le chemin de sa vie avant de quitter le monde définitivement. Avoir le point de vue d’une femme âgée nous pousse à reconsidérer la vieillesse, la façon dont on passe ses dernières années, la relation avec sa famille fondamentale pour partir en paix.

C’est la deuxième fois que je lis le récit d’une vie de gardiens de phare australien, après Une vie entre deux océans. Et même si cet aspect n’est qu’effleuré dans La mémoire des embruns, c’est avec le même intérêt et la même admiration pour le courage que nécessite ce quotidien si particulier et les difficultés qui découlent de l’isolement et de la force des éléments.

Toute l’histoire de Mary repose sur un secret contenu dans une lettre qu’elle garde précieusement et ne veut surtout pas que sa famille découvre. C’est bien là le problème car l’auteure tire et étire le suspens jusqu’à la révélation vers la fin du roman. Or, c’est plus que prévisible… Il n’est pas difficile de comprendre rapidement de quoi il retourne, et surtout, c’est incroyablement banal… Je m’attendais à quelque chose de plus recherché  !

Parallèlement à l’histoire de Mary, on suit Tom, un de ses fils, mécanicien diéséliste, célibataire sans enfant, marqué par son passage sur une base de recherche scientifique en Antarctique quelques années auparavant. Ce focus sur Tom est assez étrange car on a assez vite le sentiment de deux histoires indépendantes. Et paradoxalement, j’ai été plus emballée par celle-ci, presque jusqu’à oublier Mary sur son île. Je me suis beaucoup attachée à Tom. Ses blessures, ses remords et la façon dont il essaye de se reconstruire le rendent touchant. On entre dans son quotidien d’homme simple, taciturne et assez maladroit dans ses relations aux autres,  dont le plus fidèle allié est sa chienne, véritable compagnon de vie au-delà d’un animal de compagnie. On suit ses rencontres amoureuses (bien que là encore trop prévisibles) et on espère avec lui qu’elles seront l’élément qui lui manquait pour retrouver une dynamique dans sa vie, même si on ne peut pas dire que le personnage d’Emma soit très sympathique. La description des travaux menés en Antarctique et du mode de vie sur la base, en autarcie et dans l’obscurité durant plusieurs mois, est passionnante, comme l’exploration des répercussions sur les relations et la difficulté de la réadaptation à la vie normale après le retour des « hivernants ».

Que ce soit à travers Mary ou Tom, l’auteure porte des réflexions intéressantes sur le couple, la liberté et le mariage (et étant moi-même en plein préparatifs, je ne peux qu’y être sensible !). Malgré tout, dans les deux cas, le roman est quelque peu répétitif. A plusieurs reprises, j’ai eu la désagréable impression de relire des passages ou des formulations lus quelques pages auparavant.

Le mot de la fin ?

Un point de départ original, des personnages attachants, un cadre propice à l’évasion et des paysages séduisants…autant d’atout pour constituer un très bon roman. Dommage qu’il souffre de quelques longueurs (550 pages tout de même) et d’un dénouement prévisible.

 

Une réflexion sur “La mémoire des embruns, Karen Viggers

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