Vango (intégrale), Timothée de Fombelle

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Paris, 1934. Devant Notre-Dame une poursuite s’engage au milieu de la foule. Le jeune Vango doit fuir. Fuir la police qui l’accuse, fuir les forces mystérieuses qui le traquent. Vango ne sait pas qui il est. Son passé cache de lourds secrets. Des îles siciliennes aux brouillards de l’Ecosse, tandis qu’enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité.

* * *

Si vous ne connaissez pas encore Timothée de Fombelle, je vous arrête tout de suite : faites un détour par Tobie Lolness, et découvrez un des plus grands auteurs de littérature jeunesse français. Et comme vous aurez adoré, vous reviendrez vers moi en en redemandant, et c’est là que je vous conseillerai Vango. Parce qu’encore une fois, Timothée de Fombelle a frappé fort (et juste) avec cette grande et belle histoire.

Vango n’est pas une parution récente. La première édition date de 2010. Et d’ailleurs, à l’époque, j’avais emprunté le roman à la bibliothèque, mais je n’avais pas lu le second tome. C’est finalement sans aucun souvenir de l’intrigue, et sans savoir de quoi le roman parlait – puisque le résumé de la quatrième de couverture est très mystérieux – que j’ai décidé, près de 10 ans après, de me replonger pour la deuxième fois dans l’histoire de Vango.

Ma curiosité n’allait pas sans une petite appréhension, celle d’être déçue par un auteur que j’apprécie beaucoup, et d’avoir trop attendu et de ne pas être en capacité, en tant qu’adulte, d’apprécier le roman. Je peux vous dire qu’aucune de mes craintes n’a été vérifiée. Je suis une nouvelle fois admirative du talent de Timothée de Fombelle. Il a une plume magnifique, un don pour manier les mots, pour émailler son texte de jolies phrases, douces et poétiques. Surtout, il a un réel talent de conteur. Il maîtrise parfaitement son histoire, rallie les différents fils narratifs et alimente le suspens tout au long du roman et à l’intérieur des pages et des paragraphes où il s’amuse à nous surprendre par la chute. Il aime jouer avec l’identité des personnages, usant des déguisements, des cachettes, des disparitions et des réapparitions soudaines pour tromper le lecteur.

N’ayez pas peur de vous ennuyer à cause de l’étiquette jeunesse. Sans doute en raison de l’âge des personnages et des aspects plus sombres de l’intrigue, j’ai trouvé que Vango était écrit sur un ton moins jeunesse que Tobie Lolness. Dans tous les cas, comme dans son autre roman, l’auteur n’hésite pas à traiter de sujets sérieux et à générer une réflexion, même s’il s’adresse à l’origine à un public jeune. Vango se lit donc à tous âges, et a d’ailleurs été réédité récemment par Folio en collection adulte.

Mais rentrons dans le vif du sujet. Je ne vais pas vous résumer l’histoire, dont le charme réside dans son lot de mystères et de révélations, mais simplement vous en donner un aperçu. Vango est un jeune homme de 19 ans aux origines inconnues. Enfant, il est venu s’échouer avec sa nourrice, Mademoiselle, sur les côtes d’une île sicilienne, et a grandi ainsi, au grand air, amoureux d’espace et de liberté, préservé du monde. On le retrouve à l’âge adulte, en 1934, à Paris, sur le point d’être ordonné prêtre, lorsque des policiers surgissent et l’obligent à s’enfuir. Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, pourchassé par des hommes qui ont juré de l’éliminer, Vango va passer les prochaines années de sa vie à fuir.

Le livre s’ouvre sur cette scène, directement dans l’action, comme dans un film. C’est assez représentatif du roman, très visuel, qui donnerait à mon humble avis une chouette adaptation cinéma. Ce qui caractérise le roman, c’est le mouvement, sans cesse, sous toutes ces formes. C’est une course-poursuite qui ne s’arrête jamais, un voyage aux quatre coins du monde (Sicile, Paris, Allemagne, Russie, New-York…). C’est d’ailleurs ce mouvement perpétuel qui peut créer quelques longueurs dans l’intrigue et donner parfois l’impression que l’on tourne en rond.

Avec Vango, on voyage depuis notre siège, on voit défiler les lieux et les paysages. Tous les moyens de transport sont mobilisés : c’est Paul dans son avion, Ethel dans sa voiture, La Taupe courant sur les toits, le commandant Eckener aux manettes de son dirigeable ; c’est les bateaux sur lesquels on embarque, les trains que l’on prend en marche, les barques qui transportent… L’aérien est très présent, si bien qu’on a parfois le sentiment que l’histoire se joue autant dans les airs que sur terre. Outre les moments passés sur le zeppelin, Vango grimpe, escalade les montagnes, se faufile par les fenêtres, se réfugie dans les arbres, saute sur les toits…

Dans le roman, Vango est l’instabilité même. C’est celui qui ne tient pas en place, celui que tout le monde cherche – ses ennemis comme ses proches – celui qui a l’art de disparaitre subitement et de réapparaitre sans prévenir. Et même lorsqu’il croit avoir trouvé un lieu de répit, il est contraint de fuir de nouveau, harcelé par ses poursuivants. Finalement, Vango restera toujours assez mystérieux pour le lecteur ; il gardera une part d’insaisissable, qui fait aussi son charme. Il donne l’impression d’un personnage sans âge. Malgré sa vingtaine d’années, je ne parvenais pas à me le représenter adulte, je gardais l’image d’un adolescent, avec sa pureté, sa part d’innocence, sa mélancolie, son désir de liberté et de tranquillité, sa volonté de garder un rapport simple aux choses et aux hommes.

Vous l’avez peut-être entraperçu dans la présentation que je vous ai faite de l’histoire, il y a une certaine tristesse, une certaine tragédie dans l’histoire de Vango, orphelin, ignorant de ses origines, seul et sans attache, et traqué inlassablement depuis sa naissance, victime de l’injustice qui s’acharne sur les vertueux et fait triompher les criminels. Elle fait écho à l’époque dans laquelle elle se place, les années 30, avec la montée des totalitarismes, puis le début de la Seconde guerre mondiale. La façon dont l’auteur mêle sa fiction avec l’Histoire avec un grand H m’a interpellée au début. On est surpris de voir intervenir Staline, les dignitaires de l’Allemagne nazie, l’Occupation et les réseaux de résistance. Mais cela donne aussi du relief à l’histoire et constitue un bon moyen de pédagogie pour initier les plus jeunes aux évènements de cette période.

Vango est un roman d’aventure autant qu’un roman d’initiation. Il se fait parfois roman historique ou drame. Ce mélange des genres en fait un roman inoubliable. Si l’auteur privilégie l’action, il ne néglige pas pour autant l’émotion. Les nombreux personnages, originaux et bien dessinés (un moine clandestin, deux riches orphelins écossais, une fille de bourgeois livrée à elle-même, un commissaire un peu caricatural, un jeune violoniste russe victime du chantage des responsables soviétiques…) viennent étoffer l’histoire de Vango et sont tous attachants. Les personnages secondaires apportent une touche comique qui contrebalance les moments de tension. Au-delà de l’intrigue en elle-même se glissent de belles réflexions sur la liberté, sur l’amour, l’amitié et la fraternité, sur la recherche des origines et la construction de son identité, sur la résistance, le sacrifice de soi et la lutte pour des valeurs.

Le roman captive, et une fois entamé, on ne le lâche plus, avide de résoudre l’énigme de Vango, de découvrir le secret de ses origines, de connaitre l’issue de la traque, de voir aboutir l’enquête menée pour intercepter le criminel mondial. L’histoire nous charme aussi par la magie des lieux décrits par Timothé de Fombelle, la douceur des îles siciliennes ou les prouesses technologiques des zeppelins. Je n’ai pas attendu longtemps pour sauter sur le tome 2. Et si j’ai écrit cette chronique comme une intégrale, c’est que pour moi les deux tomes ne font qu’un et doivent se lire d’une traite.

 

* * *

En bref, Vango est un très beau roman, une fiction dans l’Histoire, qui nous fait voyager et vivre des aventures haletantes, nous émeut, nous fait trembler et sourire, et nous tient en haleine jusqu’aux dernières pages. 

Verdict Coup de coeur

 

11 réflexions sur “Vango (intégrale), Timothée de Fombelle

  1. C’est marrant, j’avais fait comme toi, il y a quelques années, je n’avais lu que le tome 1^^
    Peut être que j’avais été un peu moins enthousiasmée, vu que j’avais tellement aime le tome de Tobie Lolness ? Je ne sais pas… Mais c’est sûr, je vais (relire le tome 1^^ et) découvrir le tome très vite !
    Et puis le livre de Perle ♥♥

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