Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

couv20034537 Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires, se révèlent lumineuses.

* * *

On commence à entendre pas mal parler de Valérie Perrin. Elle s’est fait connaitre par son précédent roman, Les oubliés du dimanche. D’ailleurs, je l’avais repéré en librairie et offert à ma mère, qui l’avait beaucoup aimé, même si je ne l’ai pas encore lu moi-même.

Cela dit, je dois avouer que je n’étais pas très inspirée par l’intrigue de Changer l’eau des fleurs, à l’origine. Il faut dire que le sujet, une garde-cimetière, a de quoi déconcerter, voire rebuter. Je pense même que je ne me serais pas tournée vers ce roman s’il n’avait fait partie de la Sélection du Prix littéraire des chroniqueurs Web. Et finalement, cette réticence de départ ne s’est pas tout à fait envolée à la lecture.

Avant tout chose, j’ai vraiment apprécié la plume de l’auteure. Aucun doute, elle est douée avec les mots ; il y a de jolies formules et de belles images. Valérie Perrin est pour moi une auteur à suivre.  Au-delà du style, j’ai aimé sa façon de construire son récit et de creuser la psychologie de ses personnages. Ses protagonistes sont des personnes ordinaires, qui n’ont rien de héros, qui sont même des anti-héros, atypiques par leur âge, leur situation ou leur métier. Même ceux que l’on trouve détestables ont une complexité, un vécu, des rêves enterrés, des sentiments refoulés, des souffrances anciennes qui dissuadent d’un jugement trop facile.

Les réflexions que l’auteure porte à travers son texte révèlent également une certaine sensibilité et un regard intelligent sur les gens et sur la vie. Violette se saisit de la proximité avec la mort pour ériger en adage l’amour des choses simples. Elle y trouve également un rôle qui lui convient bien, par la discrétion, par la touche de réconfort apportée aux proches des défunts. Paradoxalement, le contact humain est important dans le métier de garde-cimetière. On sent chez elle un respect pour les morts de son cimetière et un attachement à son métier, lorsqu’elle entretient les tombes, apporte des fleurs, ouvre les grilles le matin et les ferme le soir, reçoit les visiteurs dans sa petite maison pour un renseignement ou un peu de chaleur humaine. Elle tient même un registre avec le descriptif des enterrements, mémoire du lieu, pour les proches n’ayant pas pu y assister.

Malgré tout, je n’ai pas réussi à me faire à ce personnage pas comme les autres. Peut-être cela vient-il d’abord d’un décalage d’âge et de préoccupations (Violette a une cinquantaine d’années et vit seule).  Je crois aussi que c’est lié à sa personnalité, assez effacée. Elle a certes enduré beaucoup de choses dans sa vie, mais elle m’a paru souvent trop soumise, trop résignée. Les drames vécus rendent son passé pesant – pour elle comme pour le lecteur. J’ai presque trouvé que l’auteur avait trop chargé sa vie en drames, entre un mari absent et adultère qui ne la respecte pas et la traite comme sa bonne, et un accident tragique. J’avais aussi envie de changer son obstination à rester seule et à ne pas vouloir vraiment créer des liens autres que sa petite routine du quotidien ou s’engager dans une relation nouvelle qui pourrait lui faire du bien. Elle est très marquée par son histoire et semble toujours bloquée dans son passé. Même si on sent qu’elle essaye de voir la vie du bon côté et se raccroche aux petites joies du quotidien, je ne l’ai pas trouvée assez « ambitieuse » dans ses désirs, dans ce qu’elle attend de la vie. Et bien qu’elle semble avoir trouvé une certaine sérénité dans son quotidien, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver tristes son isolement et son manque de foi en l’avenir.

Le récit est construit avec beaucoup d’allers-retours dans le passé. En parallèle de son quotidien de garde-cimetière, on va donc redérouler la vie de Violette. Par conséquent, son passé fait de drames est très présent et Changer l’eau des fleurs est un roman assez sombre. Il y a une part de tristesse irréductible dans le personnage de Violette. Le roman n’est pas non plus aidé par ce contexte de cimetière qui, à mon goût, marque quand même l’ambiance générale, même s’il nous fait changer de regard sur les personnes qui travaillent dans les pompes funèbres. Je conçois que Violette donne du sens à son métier et prenne à cœur son rôle de gardien, sa connexion avec la nature, sa vie paisible. N’empêche que je n’ai pas pu m’empêcher de trouver le tout un peu glauque par moment.

Enfin, le rythme du roman est plutôt lent et il y a quelques longueurs. Néanmoins, il faut reconnaitre que l’auteure réussit à construire son intrigue de sorte à nous tenir en haleine, que ce soit autour du passé de Violette ou des deux amants qui ont voulu repose ensemble.  Le roman se transforme par moment en véritable enquête policière. On a envie de percer le mystère, d’avoir le fin mot de l’histoire de la vie de Violette et des amants secrets.

* * *

En bref, un roman construit autour d’un personnage et d’un lieu atypiques. Le mystère autour des deux amants du cimetière est un prétexte pour nous faire découvrir la véritable histoire, celle d’une femme marquée par la solitude et par les drames personnels, mais qui a trouvé aujourd’hui une certaine sérénité. 

Verdict Une bonne suprise

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6 réflexions sur “Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

    • C’est sûr que c’est un choix de personnage particulier ^^ Je crois que l’auteur avait expliqué avoir choisi ce personnage justement parce qu’elle avait été touchée par de vraies personnes travaillant dans des cimetières

      J'aime

  1. Ce livre est dans ma wishlist ! J’avais passé un bon moment avec le premier ouvrage de Valérie Perrin. Cette auteure a eu écriture sensible. Et comme j’aime beaucoup le genre contemporain, c’est avec plaisir que je me lancerai dans ce roman. En tout cas, ton avis me conforte dans l’idée qu’il faut que je le lise même s’il est sombre 🙂

    Aimé par 1 personne

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