Le gang des rêves, Luca di Fulvio

couv61217419.jpg New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de  » rêve américain « . C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

* * *

J’ai acheté Le gang des rêves par hasard au Saint-Maur-en-poche l’année dernière, parce que l’auteur était présent. Connu en Italie, il a été publié en France récemment par Slatkine, une petite maison d’édition, et a connu pas mal de succès depuis sa sortie poche.

La taille de la bête, 900 pages, peut effrayer. Luca Di Fulvio n’est pas avare de mots et d’actions. Il nous offre une histoire riche et vivante, un voyage dans le temps et l’espace, de 1906 à 1929. L’intrigue met un peu de temps à démarrer, mais une fois lancé, je vous assure que vous ne pourrez plus vous arrêter. Pour ma part, je me suis sentie vraiment happée par l’histoire passées les 200 ou les 300 premières pages. La deuxième partie du roman marque un tournant pour Christmas et a renforcé encore mon attachement au personnage et à sa quête pour être le jeune homme qu’il souhaitait devenir.

Mais commençons par le commencement. Le roman démarre en Italie. Cetta Luminita, une jeune italienne de 15 ans, est victime d’un viol dont naîtra un petit garçon. Elle décide de fuir et de tenter sa chance à New-York. Après une traversée dans des conditions difficiles, elle arrive à Ellis Island, seule, démunie et ne parlant pas un mot d’anglais. Elle se retrouve à la merci d’un mafieux italien qui fait d’elle une prostituée. Quant à son fils Natale, qu’elle refuse de laisser, il se fait rebaptiser Christmas par les services de l’immigration. En parallèle, on saute quelques années pour découvrir en 1922 un Christmas devenu un jeune adolescent plein d’assurance. Il n’a malheureusement pas échappé au destin des gamins du Lower East Side, malgré les efforts de sa mère pour en faire un parfait Américain. Exclu par les garçons de son âge à cause de son prénom atypique et du métier de sa mère, il décide, au culot, de fonder son propre gang, Les Diamond dogs. Grâce à son talent pour raconter des histoires et faire illusion, il parvient à se fabriquer une réputation qui dépasse la réalité.

Luca Di Fulvio a su créer des personnages forts, complexes, avec leurs fêlures et leurs défauts. Le charisme du personnage de Christmas apporte énormément au roman (sa jeunesse, son audace, son langage cru et son gang pas comme les autres sont d’ailleurs beaucoup pour rappeler Locke Lamora). Garçon malin, ingénieux et audacieux, il se donne les moyens de croire en ses rêves. Il peut être violent et impulsif par moment, mais il est aussi attaché à ses valeurs, déterminé quand il s’agit de défendre ses proches et loyal envers ses amis. Auprès de Ruth, on lui découvre une faculté d’aimer de tout son cœur. La relation entre la mère et le fils est particulièrement touchante : Cetta a tout fait pour offrir une vie décente à Christmas et souhaite plus que tout qu’il étudie, qu’il s’intègre pour qu’il ait un avenir et une vie bien différente de la sienne, loin de la rue. Elle qui a tant souffert de la violence et du mépris des hommes, lui inculque le respect des femmes. En retour, Christmas devient son plus ardent défenseur et tentera de lui offrir la vie qu’elle mérite. Quant à la narration de Ruth, elle permet de décentrer le point de vue, même si elle peut devenir un peu lassante (je compatis au vu des traumatismes qu’elle a vécues, n’empêche qu’on tourne un peu en rond).

C’est toute une société et toute une époque que décrit l’auteur. Il nous dépeint le New-York des années 20, les bas quartiers de Manhattan où s’entassent les immigrés et où règne la violence, exacerbée par la prohibition. On fait également un détour à Hollywood, lieu de l’ambition déçue, des apparences, et des coups de poignard dans le dos. On assiste à la naissance des industries artistiques et des premières technologies culturelles : la photographie, le cinéma, la radio. Le gang des rêves met  aussi en évidence la fracture sociale : celle entre Ruth et Christmas, entre les bas quartiers et les riches propriétés, entre la misère subie et le désir d’ascension sociale, véritable obsession pour Christmas. Enfin, il touche à un autre point sensible de l’époque, le racisme envers les Afro-Américains. Plus généralement, ce début du XXème siècle est celui de l’immigration, du rapport aux origines et de l’identité choisie ou subie par ceux qui voudraient tant être américains.

Le gang des rêves, c’est aussi une plongée dans un univers violent…quitte à heurter le lecteur. L’auteur n’hésite pas à utiliser des mots crus, durs, à décrire des scènes abjectes, parfois à l’excès. Cette vulgarité facile m’a rebutée au début, comme les nombreuses (et détaillées) scènes de sexe. Je me serais presque cru dans un roman érotique par moment ! J’ai senti un réel talent d’écriture chez l’auteur, avec des mots qui portent, qui touchent – et c’est d’autant plus dommage que ce langage, qui sait être si beau, soit au service de la brutalité. Mais quelque part, au-delà d’une intention de l’auteur d’être trash, provoquant, le sujet même du roman appelle cette dureté, puisqu’il y est question de mafia, de gangs adolescents, de prostitution, de drogue… Un tableau sans phare qui m’a d’ailleurs fait penser au monde des Peaky Blinders.

Heureusement, Le gang des rêves, ce n’est pas que des drames et de la violence. C’est aussi une très belle histoire d’amour, que je ne m’attendais absolument pas à trouver dans le roman mais qui m’a énormément touchée. Ruth et Christmas n’appartiennent pas au même monde, ils n’auraient jamais du se croiser. Après leur rencontre dans des circonstances particulières, une relation va se nouer entre eux et se consolider au fur et à mesure qu’ils se découvrent des points communs. Ils deviennent l’un pour l’autre le soutien qui leur manquait. Séparés par la vie à plusieurs reprises, ils n’abandonnent pas l’idée qu’ils sont faits l’un pour l’autre et se font la promesse de se retrouver un jour.

* * *

En bref, Le gang des rêves est un roman percutant, intense. Il vous emmène au cœur de l’Amérique des années 20 dans un univers romanesque foisonnant, passionné et passionnant. Il peut néanmoins, par ses passages cruels et crus, heurter la sensibilité de certains.

Verdict Un bon moment

 

5 réflexions sur “Le gang des rêves, Luca di Fulvio

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