Les délices de Tokyo, de Durian Sukegawa

couv26130469«  Écouter la voix des haricots  »  : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.

* * *

Puisqu’on parlait récemment de salons du livre, voilà un livre que j’ai acheté au Saint-Maur en poche l’année dernière. Il était donc temps de découvrir ce court roman qui a pas mal fait parler de lui sur la blogosphère.

J’ai souvent du mal avec les romans de 200 pages, qui peuvent être insuffisamment développés. Pourtant, Les Délices de Tokyo m’a semblé avoir la longueur parfaite pour raconter son histoire. C’est comme une parenthèse, un conte que l’on écouterait assis en cercle dans le salon.

Il nous emmène du côté du Japon, pour en découvrir les saveurs et les paysages. Outre le cadre, il m’a paru avoir ce quelque chose typique de la littérature japonaise, sans doute dans l’aspect contemplatif, poétique, la douceur et le message de vie délivré.

Sentarô est un homme un peu paumé, la figure du looser sans famille ni amis. Il tient une petite échoppe de dorayaki (spécialité japonaise faite de deux crêpes fourrées au an [pâte de haricots rouges]) qui fonctionne mal. Il a obtenu ce travail un peu par hasard et, n’ayant rien d’autre, s’est résolu à l’accepter, mais cuisine sans conviction. Il n’a aucune appétence pour la pâtisserie ou le contact avec les clients ; il n’aime même pas les sucreries, c’est dire.

Sa vie monotone est bousculée par l’apparition de Tokue, une vieille dame qui souhaite travailler avec lui à la confection des dorayaki. Bien que sceptique de prime abord, Sentarô va tirer profit de l’expérience de sa nouvelle employée. Plus qu’attirer de nouveaux clients, il découvre avec elle tout ce que la cuisine peut apporter. Lui qui se contentait de pâte industrielle et de crêpes de qualité moyenne, il réapprend la patience et la minution. Elle lui transmet en même temps que ses recettes l’amour de la pâtisserie. On sent à travers les pages l’odeur de la pâte de an, on entend les bouillonnements des haricots en train de mijoter, on a envie de croquer dans les pancakes.

La deuxième partie du roman, très touchante, aborde les sujets de la maladie et de l’exclusion, dénonçant par là des préjugés persistants dans la société japonaise. Tokue fait les frais du pouvoir destructeur des rumeurs, de l’ignorance et de la peur. Au fil du temps, une belle amitié intergénérationnelle se noue entre la vielle dame et Sentarô, tandis que Tokue incarne le personnage du sage, qui va lui permettre de prendre conscience du chemin qu’il veut prendre, le faire grandir et lui redonner goût à la vie.

Finalement, il ne se passe pas grand chose dans le roman. Mais Les Délices de Tokyo va bien au-delà d’une histoire culinaire. Tokue, dans sa simplicité, dans sa détermination et son goût des choses banales et des gens, délivre une véritable leçon de vie. Après avoir  connu l’isolement, cuisiner pour les autres suffit à sa joie. Elle ne demande qu’à rencontrer des gens, échanger avec les clients, avoir sa place dans la société. Elle représente également la capacité à être à l’écoute des choses, des hommes et des sens et à être en harmonie avec la nature. C’est une histoire simple, mais puissante.

 

* * *

En bref, j’ai frôlé le coup de cœur avec ce petit roman en toute simplicité qui vous transportera au Japon pour vous faire renouer avec l’essentiel.

Verdict Un bon moment

Le roman a été adapté au cinéma en 2016.

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14 réflexions sur “Les délices de Tokyo, de Durian Sukegawa

  1. Je partage complètement ton avis ! D’habitude frileuse avec les écrits japonais (qui sont parfois tellement poétiques que je n’en comprends plus grand chose), j’ai beaucoup aimé celui-ci, sa douceur, ses couleurs pastel, sa délicatesse… Tu as raison, le nombre de pages est adapté à l’histoire, ce qui nous permet de passer un agréable moment !

    Aimé par 1 personne

    • Les films me donnent aussi souvent envie d’aller lire les livres (j’essaye même de le faire avant si je peux parce que je préfère dans ce sens là). J’ai pas mal entendu parler de My lady mais pas encore vu le film ni lu le livre !

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  2. Pingback: C’est l’heure du bilan ! [août 2018] |

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