La fille de l’hiver, Eowyn Ivey

couv4294234Alaska, 1920. Pour Mabel et Jack, venir s’installer dans ces contrées sauvages représentait à la fois un nouveau départ et leur dernière chance. Depuis la mort de leur bébé des années auparavant, leur douleur les avait isolés des autres et avait entamé petit à petit leur amour. Mais créer un foyer au milieu de cette immensité n’est pas simple, et tandis que Jack s’échine toute la journée aux champs, Mabel dépérit de solitude et de chagrin. Et puis, dans un moment d’insouciance, aux premiers jours de l’hiver, le couple sculpte une petite fille de neige. Le lendemain, ils la retrouvent fondue, les moufles et l’écharpe que Mabel lui avait enfilées, et de petites empreintes de pas partent en direction de la forêt. A compter de ce jour, Mabel et Jack surprennent de temps en temps une petite fille près de leur cabane. Qui est-elle ? Que fait-elle dans la forêt avec son renard roux aussi farouche qu’elle ? Hallucination ? Miracle ? Et si cette fillette était la clé d’un miracle qu’ils n’attendaient plus ?

* * *

La fille de l’hiver faisait partie de ma PAL spéciale hiver. Il est grand temps de vous le chroniquer avant que le printemps ne s’installe !

L’ambiance du roman est particulière. Le rythme est parfois un peu lent, dans la description du quotidien, mais l’ensemble a quelque chose d’envoûtant. Avec La fille de l’hiver, on entre dans un univers à part. D’abord, à cause du cadre : l’Alaska. Contrée froide, inhospitalière, où le couple vit isolé dans une cabane qu’il peine à chauffer. Lorsque l’hiver s’installe, les doutes ressurgissent face aux températures glaciales, aux maigres récoltes et à la peur de ne pas s’en sortir.

Dans un moment de complicité retrouvée, Mabel et Jack font un bonhomme de neige. Le lendemain, aucune trace de la fillette de neige, ni des vêtements qui la décoraient. Seules des traces de pas dans la neige se dessinent vers la forêt. Dans les jours qui suivent, une fillette apparaît furtivement à proximité de la cabane. Elle va bouleverser leur vie.

Le couple de quinquagénaires m’a touchée. Mabel et Jack se sont éloignés l’un de l’autre, étouffés par leur chagrin et les non-dits qui s’accumulent. Plutôt que de ressortir soudés du drame, ils sont tombés dans le piège du repli sur soi, surtout Mabel. Mais ils n’abandonnent pas pour autant et font des tentatives pour se reconstruire, retrouver des moments d’inimité, de complicité, de joie. On les sent profondément marqués par la perte de leur bébé et ce désir d’enfant qui n’a pas pu être satisfait. Ils m’apparaissent extrêmement courageux d’avoir osé entreprendre ce voyage en Alaska pour tout recommencer à zéro et ensuite dans leurs efforts pour assumer leur choix et persévérer malgré les difficultés. Jack, surtout, porte beaucoup sur ses épaules, pour soulager sa femme, créer un foyer chaleureux et rapporter de quoi manger.

Mabel est assez spéciale, elle est déprimée depuis sa fausse couche et s’isole. Sa première réaction face à l’hospitalité de ses voisins est de les rejeter, comme si elle souhaitait rester enfermée dans sa douleur. D’un autre côté, on comprend aussi que les heures pendant lesquelles Jack s’échine dehors renforcent d’autant plus sa solitude : tandis que lui trouve un exécutoire dans les travaux physiques, elle passe ses journées seule à ressasser.

Ce désir d’enfant est si fort qu’il devient parfois inquiétant. Les réactions de Mabel, son obsession pour la petite fille et son refus de s’interroger outre mesure peuvent faire peur car on sent bien qu’il y a quelque chose de malsain là-dessous. Mabel refuse les doutes et les réticences des autres (d’où vient l’enfant, où sont ses parents, pourquoi disparaît-elle ainsi). Le ciel a exaucé ses souhaits en lui apportant un enfant, et c’est tout ce qui lui importe.

L’auteur s’inspire d’un conte russe qui apporte une touche poétique à l’histoire. L’atmosphère est onirique, oscillant sans cesse entre le rêve et la réalité, entre réalisme et fantastique. C’est justement sur cette frontière trouble que se joue l’intrigue, car l’on ne peut s’empêcher de se demander si la petite fille est réelle ou simplement le fruit de l’imagination d’un couple en manque d’enfant.

Faïna restera jusqu’au bout une enfant mystérieuse, fille de la neige, fille de la forêt, fille presque sauvage, éprise de liberté. Imprévisible, sans attache, elle surgit et repart comme il lui plait. Son caractère insaisissable provoque un mélange de fascination et de crainte. On garde toujours l’appréhension que la fillette se volatilise et disparaisse soudain pour ne plus jamais revenir. A partir du moment où Mabel prend connaissance du conte, l’histoire prend une tournure d’autant plus dramatique que l’issue fait craindre le pire. Par la suite, à mesure que les années passent et qu’une routine cyclique au gré des saisons s’installe, peut-on espérer pour Faïna un destin normal ? Je vous laisse à votre lecture pour le savoir.

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En bref, un roman original, parfait pour les soirées d’hiver, à l’atmosphère onirique et mélancolique. Finalement, malgré l’espoir incarné par la fillette, le livre dégage beaucoup de souffrance et de tristesse. Il représente néanmoins aussi la reconstruction et cette part d’inexplicable de la vie.

Verdict Une bonne suprise

7 réflexions sur “La fille de l’hiver, Eowyn Ivey

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