Brooklyn, de Colm Toibin

couv6615318Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 1950. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis. En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande. À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires.

* * *

[J’ai coupé le résumé de la quatrième de couverture parce qu’il dévoile tout le roman !]

Je reviens ce soir pour chroniquer avec pas mal de retard Brooklyn, un de mes coups de cœur du mois d’octobre. J’avais entendu beaucoup de bien de ce roman, comme de d’autres de Colm Toibin, et j’ai été ravie de partager ce ressenti !

Je ne vous apprends rien, j’aime les romans historiques. Contrairement à pas mal de monde, je n’ai pas d’attirance particulière pour New-York, mais la ville m’intéresse en tant que lieu d’accueil des immigrants au XIXè et XXème siècle (le fameux Ellis Island que l’on a tous étudié en cours d’anglais). A travers la vie d’Eilis, on suit la décision de partir pour l’inconnu, la traversée en bateau dans des conditions difficiles (cabines minuscules, mal de mer…) et enfin l’arrivée dans cette ville immense, étrangère, où il faut tout reconstruire.

C’est d’autant plus complexe à gérer pour Eilis qu’elle n’a pas nécessairement cherché à quitter l’Irlande pour New-York à l’image d’autres qui rêvent de la Grande Pomme. Les circonstances l’ont amenée à accepter une proposition de travail outre-Atlantique, et, pour sa famille qui y voit une opportunité non négligeable (et un sacrifice personnel pour sa brillante et jolie sœur aînée), elle s’y est sentie un peu obligée. La voilà donc propulsée tout à coup à l’autre bout du monde, elle qui n’a connu jusqu’à présent que sa petite ville d’Irlande. Elle est vite submergée par le mal du pays, le désarroi et la solitude. Peu à peu, néanmoins, elle prend ses marques et fait des rencontres.

Le roman dépeint très bien la force des communautés d’immigrants installées à New-York. Eilis a trouvé du travail par l’intermédiaire d’un prêtre irlandais sur place et loge en pension chez une dame irlandaise qui n’accueille que des jeunes filles dans sa situation. Entre l’église catholique, sa logeuse, ses colocataires, et les bals irlandais comme au pays, c’est un bout d’Irlande américain qu’elle retrouve à Brooklyn. Et lorsqu’elle rencontre Tony, c’est assez drôle de voir en parallèle le poids et les coutumes de la communauté italienne.

Eilis fait preuve de beaucoup de détermination et de persévérance pour s’en sortir. En plus de son travail dans un magasin, elle prend des cours du soir en comptabilité pour poursuivre les études qu’elle avait entreprises en Irlande et se faire un jour une meilleure situation. Dans les lettres qu’elle envoie à sa famille, elle dissimule ses échecs et ses difficultés, leur vantant une version plus jolie de sa vie américaine.

Brooklyn nous transporte complètement dans l’ambiance new-yorkaise des années 1950. C’est le début des grands magasins – une révolution à l’époque ! -, c’est aussi le racisme, c’est la timide émergence des loisirs et des jours de congés à Coney Island. C’est aussi les mœurs de l’époque : les réseaux des communautés où tout le monde se connait et où tout se sait, l’influence de la paroisse, la présence pesante de la logeuse qui surveille la conduite et les fréquentations des jeunes filles, le contrôle qui pèse encore sur les femmes, notamment dans leurs relations avec les hommes.

Mais comme souvent dans les romans sur le thème de l’immigration (Americanah, Nora ou le paradis perdu), on retient surtout de l’histoire d’Eilis le déchirement entre ses deux pays. D’abord, à son arrivée à New-York, elle vit mal d’être loin de son pays et de sa famille. Et puis, lorsqu’elle doit brutalement retourner à Enniscorthy à la suite d’un drame familial, elle est déchirée d’être séparée de son amoureux américain pendant plusieurs semaines et appréhende son retour en Irlande. Une fois sur place, elle est en proie à la culpabilité face à la solitude de sa mère. Elle ne se reconnaît plus vraiment dans le quotidien de la petite ville irlandaise ; l’Amérique et son homme lui manquent. Mais peu à peu, elle retrouve la vie de son enfance, renoue des liens, retourne aux sources irlandaises…jusqu’à ne plus savoir laquelle de sa vie américaine ou irlandaise choisir.

J’ai trouvé le changement de comportement d’Eilis un peu trop rapide et brutal pour être crédible. Il faut cependant reconnaître qu’il témoigne bien des lourds choix que l’on est amené à faire dans sa vie. Il rappelle aussi à quel point les habitudes et les liens sont fragiles, à quel point les choses peuvent ne paraître soudain qu’un lointain souvenir lorsqu’on est placé dans un environnement totalement différent, surtout sans tous les médias et les moyens de communication que l’on a aujourd’hui.

J’ai dévoré ce roman, séduite par la plume de Colm Toibin, émue par l’histoire d’Eilis. Brooklyn est à la fois un véritable voyage dans le New-York des années 50, le récit d’une  romance qui se dessine en douceur (mais je ne vous raconterai pas la fin 😉 ) et une exploration de la situation des immigrants.

* * *

En bref, un roman qui plaira aux humanistes sensibles au sujet de l’immigration, aux amateurs de l’histoire des années 50, de romance, et pourquoi pas d’Irlande.

[Brooklyn a été adapté au cinéma, je ne l’ai pas encore vu mais il a l’air vraiment bien ! Par contre, je ne vous conseille pas de regarder la bande annonce si vous n’avez pas lu le livre, je trouve qu’elle spoile toute l’histoire.]

Verdict Coup de coeur

10 réflexions sur “Brooklyn, de Colm Toibin

  1. Pingback: PAL : ma liste au Père Noël – L'Astre et la Plume

  2. Pingback: Mes livres coups de cœur de 2017 | Petite Plume

  3. Pingback: Tag PKJ : Les histoires d’amour | Petite Plume

  4. Pingback: La pâtissière de Long-Island, Sylvia Lott |

  5. Pingback: Mes lectures pour les années 2020 – L'Astre et la Plume

  6. Pingback: My readings for the 2020 – Audiobooktube

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s