Incontournable #8

mes-incontournables

Ce mois-ci, on reprend les bonnes habitudes avec le 8ème Incontournable ! Changement de registre puisqu’on va parler….théâtre ! Je sais que cette pièce a beaucoup été étudiée dans un cadre scolaire (c’est d’ailleurs comme ça que je l’ai découverte en 3ème), mais j’espère pouvoir vous transmettre les raisons qui font qu’elle m’a marquée, même dans l’hypothèse où vous en gardez un mauvais souvenir !

∼ Antigone ∼

AntigoneAnouilh

  • Un drame antique réactualisé

On est d’accord, on connaît tous plus attrayant que la tragédie grecque. Le talent de Jean Anouilh est qu’il parvient à réécrire la pièce de Sophocle en la modernisant et en lui redonnant son actualité. D’abord par le langage : nul mots compliqués, nuls vers interminables, simplement une oralité qui vous prend aux tripes ! Ensuite par le contexte : la pièce a été écrite en 1942, en pleine occupation dont l’écho se retrouve dans l’acte de résistance héroïque, gratuit et vain d’Antigone face aux lois de la cité. Tout en conservant l’histoire et la structure d’une pièce antique, avec le chœur et les ressorts implacables de la tragédie, il en fait une œuvre intemporelle.

  • Une figure de résistance

Antigone est l’incarnation d’une détermination obstinée et d’une résistance farouche. Elle s’oppose à la raison et au raisonnable, aux règles de la cité, à son roi et oncle Créon. Dans sa confrontation avec Créon, elle met le doigt là où ça fait mal, méprise le compromis et les arrangements (cf le contexte de la collaboration). Elle ne se fait aucune illusion, est déterminée à aller jusqu’au bout, quitte à mourir, pour montrer toute l’absurdité et les limites du pouvoir de Créon. Tout roi qu’il est, il n’a pas le pouvoir de la sauver, alors qu’elle restera libre de sa conscience et de ses actes. La figure de Créon représente la solitude du chef, le poids des responsabilités : c’est celui qui a « dit oui » et qui est maintenant lié par le pouvoir qu’il incarne, qui, écrasé par sa fonction, résigné, doit jouer son rôle, faire régner l’ordre, prendre des décisions, parce que c’est la loi, parce qu’il faut montrer l’exemple, même s’il est las, même si cela va à l’encontre de sa volonté, même s’il ne peut plus se regarder dans la glace. Parce qu’après tout, « il faut bien qu’il y en ait qui mènent la barque ».

« Et maintenant vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c’est cela , être roi ! […] Pauvre Créon  ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m’ont faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine. »

 » Je suis là pour vous dire non et pour mourir. »

  • Un combat contre deux visions de la vie

Antigone et Créon, c’est aussi l’opposition entre deux esprits, deux âges et deux visions de la vie. Créon, c’est la sagesse, la lente acceptation des petites choses que la vie nous offre, après l’usure, et malgré les épreuves et les déceptions. Elle, refuse le compromis, l’abandon de sa passion et de ses convictions, veut vivre intensément, avec sens, et ne se contentera pas d’un bonheur creux et illusoire.

Et parce que le texte parle bien mieux que moi, je vous laisse avec ces quelques passages éloquents…

Version Créon :

Tu l’apprendras toi aussi, trop tard, la vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c’est la consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n’est peut-être tout de même que le bonheur ! »

Version Antigone :

Oui, j’aime Hémon. J’aime un Hémon dur et juste, un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s’il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s’il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu’il sache pourquoi, s’il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s’il doit apprendre à dire oui , lui aussi, alors je n’aime plus Hémon !

Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte ! […]

Que sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendrait-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu’elle fasse aussi, jour après jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard ? […]

Je veux savoir comme je m’y prendrai, moi aussi, pour être heureuse, tout de suite, puisque c’est tout de suite qu’il faut choisir. Vous dites que c’est si beau la vie. Je veux savoir comment je m’y prendrai pour vivre. »

* * *

C’est tout pour cette fois, j’espère que cette petite présentation vous aura convaincu de lire ou relire Antigone !

 

13 réflexions sur “Incontournable #8

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s