Les Intéressants,de Meg Wolitzer

couv20929526.jpgEn 1974, Julie passe son été à Spirit-in-the-Wood, une colonie de vacances. Elle y rencontre un groupe de cinq adolescents qui se sont baptisés « les Intéressants » : Ethan, un surdoué des films d’animation ; Goodman et sa sœur Ash, jeunes New-Yorkais bien nés ; Jonah, le fils d’une célèbre chanteuse folk, icône de la contre-culture, et enfin Cathy, qui rêve de devenir danseuse. Julie – rebaptisée Jules par les Intéressants – est fascinée par ces jeunes gens de son âge, cultivés, ironiques, talentueux et sûrs d’eux. Elle racontera leur histoire. 

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Si vous cherchez l’action sans répit et la concision, Les Intéressants n’est pas l’idéal. On n’échappe pas à quelques longueurs avec un pavé de 700 pages, mais c’est le prix à payer pour un roman complet et ambitieux. Meg Wolitzer signe ici une grande fresque retraçant la vie d’un groupe d’amis de leur jeunesse à leur vie adulte.

Le lecteur peut vite être perdu au milieu de tous les personnages introduits au début du roman, mais on parvient peu à peu à identifier les protagonistes. Tous plutôt attachants, ils vont connaître chacun un destin propre, plus ou moins surprenant selon ce qu’ils étaient plus jeunes. Il y a Ethan Figman, le garçon pas très beau mais doté d’un talent impressionnant pour les films d’animations ; Goodman et Ash Wolf, les beaux bourgeois admirés de tous ; Cathy Kiplinger, passionnée de danse mais peu à peu écartée du groupe ; et enfin Jonah, fils d’une célèbre chanteuse, qui s’éloigne de la musique.

En suivant les Intéressants pendant 40 ans, l’auteur retrace des parcours de vie et prend le temps de creuser les personnages. On ressort avec l’impression de les connaître en profondeur et touché par l’analyse psychologique particulièrement juste. Meg Wolitzer évoque le devenir des aspirations de jeunesse. L’alternance entre le présent et le passé, qui perd un peu le lecteur, a le mérite de rendre d’autant plus frappant les changements qui se sont produits depuis l’adolescence. On s’interroge alors : Les gens restent-ils fidèles à eux-mêmes en vieillissant ? Qu’en est-il de leur caractère, de leurs certitudes, de leurs projets ? Vivent-ils la vie qu’ils s’étaient imaginés ? Réalisent-ils ce qu’ils s’étaient promis de faire ? On est témoins des carrières professionnelles qui ne prennent pas forcément la tournure que l’on attend, des amours, des mariages, des enfants, des envies qui évoluent. On réalise aux côtés des personnages que la carrière se résume souvent à un compromis ou un choix pratique et, qu’avec l’âge, le « besoin de solidité remplace le besoin d’expansion ». On côtoie les réussites, les désillusions et les résignations.

Le roman est empreint de nostalgie et du souvenir de leur jeunesse, symbolisé par le camp de vacances Spirit-in-the-Woods qui a tant marqué leur adolescence. Il aborde également des sujets plus graves comme la pauvreté, la dépression, l’homosexualité ou encore les secrets de famille.

Surtout, Les Intéressants décrypte les ressorts complexes de l’amitié et questionne le chemin du bonheur. La relation entre Julie et Ash reflète en particulier le devenir de l’amitié à l’âge adulte, ainsi que la rivalité et la jalousie au cœur de leurs rapports. Parmi ce groupe d’amis hors norme, autoproclamé « Les Intéressants », Julie est la fille ordinaire, celle qui suit, qui admire les autres et les envie, celle qui voudrait avoir le talent d’Ethan, la beauté, la richesse et la famille soudée de Goodman et Wolf, celle qui ne se trouve pas assez douée, pas assez séduisante, pas assez « intéressante ». A mesure que les années passent, les différences entre la vie de Julie et celle d’Ash s’accroissent, en même temps que le ressentiment de Jules. L’amitié peut-elle continuer à exister lorsque l’on appartient à deux milieux différents, lorsque le quotidien vécu par les deux amies n’a plus grand chose en commun, lorsque la générosité désinvolte d’un côté et la rancœur de l’autre s’immiscent dans la relation ? A vous de juger à la lecture du roman.

Au-delà des rapports entre les membres du groupe, le personnage de Julie, éternelle envieuse des Intéressants – et d’ailleurs plutôt agaçante pour cette même raison –  interpelle sur la manière dont on peut apprendre à se satisfaire de sa petite routine, d’une existence banale qui n’est pas nécessairement ce dont on rêvait à l’origine. Dennis reproche à sa femme d’être toujours insatisfaite et de trouver l’herbe plus verte chez les autres, et est là pour rappeler qu’un quotidien pas si exceptionnel peut suffire au bonheur si l’on est capable de s’en contenter. Très commun, j’ai pourtant trouvé leur couple touchant car il montre comment évolue l’amour entre un homme et une femme, comment persiste la même tendresse entre eux, et comment on peut, à deux, se dire qu’on est finalement pas si mal, tout en étant conscients qu’on aurait pu avoir une vie beaucoup plus incroyable.

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En bref, un roman de longue haleine, magistralement mené, sur l’amitié, les rêves de jeunesse et les parcours de vie, pour qui n’a pas peur de se lancer dans un pavé !

Verdict Un bon moment

7 réflexions sur “Les Intéressants,de Meg Wolitzer

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