Le complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood

couv30600754.jpgCambridge, de nos jours. Un soir, en passant dans le campus après le travail, Oscar, aide-soignant, est attiré par les sons de l’orgue provenant de la chapelle de King’s College. Subjugué malgré lui, il ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Dans l’assemblée, une jeune femme capte son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste prodige, Eden Bellwether. Introduit par Iris dans leur cercle d’amis, Oscar va découvrir la passion exclusive d’Eden pour la musique baroque et ses conceptions étranges sur l’usage hypnotique de son art. 

* * *

Le complexe d’Eden Bellwether, premier et unique roman de Benjamin Wood, a gagné le Prix du Roman Fnac en 2014 et cela fait donc un petit moment qu’il me faisait de l’œil.

Il dénote incontestablement par son sujet et son atmosphère assez pesante. C’est avant tout la confrontation entre deux univers. L’auteur nous peint le portrait de la jeunesse dorée de Cambridge à travers un groupe d’étudiants typique des colleges, préoccupés par leurs études prestigieuses et profitant des belles demeures de leurs parents fortunés. Oscar, aide-soignant dans une maison de retraite de Cedarbrook, est à l’exact opposé de ce monde. Après sa rencontre imprévue avec Iris, il va progressivement s’intégrer au groupe d’amis. Et c’est l’arrivée d’un profane dans ce milieu très fermé qui va nous permettre de découvrir leur fonctionnement et l’étrange fascination que semble produire Eden, clé de voûte du cercle.

Le roman questionne la frontière mince entre génie et folie, entre admiration et manipulation. La présence d’Oscar va être l’occasion de pointer l’anormalité, la perversité, le pouvoir insidieux et dangereux d’Eden. Ce dernier a tout d’une personnalité narcissique : l’égo, l’intelligence, la force de persuasion, la volonté de tout contrôler, la certitude d’être plus intelligent que tout le monde. Il est autant craint que vénéré. Organiste de talent, il est persuadé du pouvoir hypnotique de la musique et de sa faculté à guérir par ses compositions, au risque de se lancer dans des expériences hasardeuses…

La musicothérapie et les médecines alternatives ne sont pas vraiment ma tasse de thé, et je me suis un peu perdue dans les descriptions des séances d’hypnose. J’ai aussi regretté certains passages un peu longuets (peut-être trop pointus ?) sur la psychologie, la musique ou la philosophie – on sent que l’auteur s’est documenté sur le sujet. Néanmoins, cela amène des réflexions intéressantes.

Il y a sans conteste quelque chose de très sombre dans ce roman, et cela tient évidemment beaucoup au personnage d’Eden qui est tout bonnement effrayant. L’auteur laisse d’ailleurs peu d’ambiguïté sur la tonalité du récit, puisque l’histoire s’ouvre sur un drame. On frôle le fantastique à certains moments, ce qui est accentué par le gothique des églises de Cambridge. Je me suis beaucoup attachée au personnage d’Oscar et j’ai été touchée par sa relation avec Iris, tiraillée entre ses sentiments et l’influence de son frère. Dépeinte avec beaucoup de justesse, on a envie d’y croire tout en sentant l’extrême fragilité entre deux personnes que tout opposent. Le complexe d’Eden Bellwether nous conte ainsi également un bonheur voué à l’échec et des destins brisés.

Le roman est prenant, mais il m’est impossible de dire que j’ai passé un bon moment, du fait de cette ambiance malsaine qui perdure au fil des pages. Quoi qu’il en soit, il secoue et vous n’en sortez pas indemne.

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En bref, Le complexe d’Eden Bellwether est un roman comme on en croise rarement. Centré sur l’univers de Cambridge et la musique, il est, comme son personnage éponyme, intriguant et perturbant. Par contre, si vous cherchez du positif, du feel-good, du léger, passez votre chemin !

Verdict Une bonne suprise

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9 réflexions sur “Le complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood

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  2. Ce livre m’avait marqué, et j’ai vu que Benjamin Wood sortait son deuxième livre en août. Je ne sais pas de quoi il parle, mais du coup j’ai envie de le découvrir. D’ailleurs, pour le complexe d’Eden Bellwether, je ne savais pas non plus de quoi il en retournait (thème de l’art encore une fois). J’avais craqué, en médiathèque, pour sa couverture Zulma colorée. Heureusement que je n’avais pas lu le résumé qui ne m’aurait pas inspiré (l’usage hypnotique de l’art… ça me parle pas de prime abord!). J’ai adoré cette ambiance malsaine et le personnage d’Eden !

    Aimé par 1 personne

  3. Je me suis laissée tenter par ce livre après avoir lu ton avis ! Je ne le regrette pas, j’ai passé un excellent moment de lecture et j’ai simplement été envoûtée par ce roman ! Ton article et ton analyse sont très justes et je les rejoins totalement, même si j’ai adoré me laisser emporter par cette atmosphère sombre plus que toi, je crois. Merci à toi !

    Aimé par 1 personne

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