La chambre des officiers, Marc Dugain

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Dans les premiers jours de 14, Adrien F, lieutenant du génie, est fauché par un éclat d’obus sur les bords de la Meuse. Défiguré, il est transporté au Val-de-Grâce où il séjournera cinq ans dans la chambre des officiers. Au fil des amitiés qui s’y noueront, lui et ses camarades, malgré la privation brutale d’une part de leur identité, révéleront toute leur humanité.

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La chambre des officiers est un roman court mais ô combien poignant. D’ordinaire, je regrette que les petits livres ne traitent pas à fond leur sujet, mais pour une fois j’ai trouvé le format parfaitement adapté !

L’auteur traite ici de la guerre, un sujet maintes fois abordé par la littérature, sous un angle original. On suit le destin d’Antoine, touché par un obus aux toutes premières heures de la guerre, sans jamais avoir croisé le feu. Il présentera alors la particularité de ne pas avoir vu d’Allemand de toute la guerre.

Suite à sa blessure, le bas du visage d’Antoine est totalement détruit, y compris le palais et le nez. Il perd le goût et l’odorat. Il ne peut pas parler et à peine manger. S’ensuit alors une lente reconstruction, dans la chambre de l’hôpital : les opérations à répétition, les espoirs et les échecs, l’éternel recommencement des journées. Il faut progressivement accepter son état et se battre, car il a survécu, mais à quel prix ?

Je vous conseille d’avoir le cœur bien accroché, car l’auteur ne nous épargne aucun détail pour nous faire prendre la mesure de l’infirmité et des souffrances du soldat. On ne peut qu’être frappé de l’ampleur de ses blessures.

On a ainsi une autre manière de vivre la guerre, car ceux-là, loin du front et des fusils, mènent leur propre combat. Ils sont la preuve vivante de l’horreur de la guerre – et ces marques destructrices se liront encore longtemps sur leurs visages. Leur quotidien, c’est aussi l’absurdité de la guerre, de se voir à l’occasion traité en héros, non pour un quelconque acte de bravoure, mais simplement pour en avoir subi les ravages.

Cependant, Antoine ne sera pas seul pour affronter cette épreuve. Marc Dugain raconte à merveille comment nait progressivement l’amitié entre les mutilés du visage. Comment ils apprennent à vivre dans le présent, avec la douleur ; comment ils s’interdisent  d’évoquer le passé ; comment ils s’efforcent de surmonter les journées interminables et de rompre la monotonie du quotidien. Ensemble, ils vont s’épauler, créer un véritable sens de la camaraderie pour vaincre la solitude et le silence.

Puisque les médecins ont pris soin d’éviter que les blessés puissent apercevoir leur reflet dans un miroir, ils deviennent chacun le visage des autres. Jour après jour, ils constatent la destruction de leur identité et se battent pour conserver une humanité. Ils doivent faire face aux regard  des gens, affronter les proches qui ne les reconnaissent plus, le dégoût sur le visage des visiteurs.

La guerre était terminée depuis six mois, mais ses résidus allaient continuer à déambuler pendant de nombreuses années. Le regard de mes concitoyens me donnait à penser quils nétaient pas encore prêts  à nous accepter. »

Mais  en aucun cas ils ne renoncent, privilégiant la persévérance et l’espoir. Ils forment un groupe soudé, déterminé à se concentrer sur les petites victoires et les petites joies du quotidien, et nous livrent ainsi une vraie leçon de combativité face au handicap.

Chaque jour amène son lot de blessés , et Antoine et ses amis se donnent alors comme objectif d’empêcher tout suicide et de redonner à ces gars goût à la vie.

Vient finalement la fin de la guerre et le difficile retour à la vie civile. Mais loin de s’apitoyer sur leur sort, ils forment une communauté soudée, un groupe de grands estropiés, déterminés à vivre intensément, portés par la joie de vivre de ceux qui n’ont plus rien à perdre et à apprendre la gaieté à leurs contemporains.

« En ce genre d’occasion, notre petite communauté dégageait une joie de vivre qui surprenait ceux qui avaient toute leur bouche pour rire. Nous buvions, mangions et fumions plus que de raison. Mais surtout, nous éprouvions ce sentiment d’extrême liberté qui est l’apanage de ceux qui sont débarrassés de leur image et qui ont retiré, du voisinage de la mort et de la cohabitation quotidienne de la souffrance, cette distance avec ce qui rend l’homme si petit et si étriqué. »

* * *

En bref, un roman fort et dense,  qui rend hommage à tous ceux qui ont souffert de la guerre, ainsi qu’au personnel de santé. En nous faisant vivre la guerre aux côtés des « gueules cassées », l’auteur livre un véritable ode à la vie et au courage. 

Verdict Coup de coeur

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