La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia

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Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours. Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?

* * *

Outre cette magnifique couverture, ce roman m’a tout de suite attirée par son sujet. J’adore les impressionnistes et Van Gogh est, avec Monet, un de mes peintres préférés (même si techniquement il ne fait pas partie de ce mouvement). Lors de mes vacances aux Pays-Bas l’été dernier, j’avais eu l’occasion de visiter le musée Van Gogh à Amsterdam et il est juste sublime ! Il rassemble la plus grande collection de ses oeuvres et on en apprend plus sur la vie de l’artiste. (bon, les Français se sont faits arnaquer car il a peint la quasi-totalité de ses oeuvres en France mais c’est les Néerlandais qui ont récupéré le musée, mais c’est comme ça 😉 )

C’est avec donc avec plaisir que je me suis plongée dans la vie et l’oeuvre de Van Gogh. A travers les pages, j’ai eu l’impression d’admirer le peintre à l’oeuvre et de voir apparaître les tableaux. Cela a été l’occasion de mieux comprendre sa passion et sa vision de la peinture.

Attention à ne pas vous méprendre, cependant, car le personnage principal n’est pas le peintre. Le personnage au cœur du roman – et narratrice – est Marguerite Gachet, la fille du docteur Gachet chez qui Van Gogh vient en pension pour se soigner. Ce point de vue est particulièrement intéressant et permet d’aborder d’autres thèmes. Toute la première partie du roman est consacrée à la vie de la jeune fille, ses relations difficiles avec son père, ses rêves d’études et des Beaux-Arts, ses projets d’évasion… Transparaît ainsi la condition des jeunes filles de l’époque, l’autorité paternelle toute puissante, le poids du mariage. Le récit est entrecoupé par des extraits de journaux ou des faits de l’époque, pour nous replacer dans le contexte des années 1890 – avec réussite, même si les morceaux ne sont pas toujours bien placés ni bien choisis. On comprend mieux les mœurs, les comportements, la modernité en marche qui effraye pourtant.

Parler de Van Gogh à travers les yeux de Marguerite est aussi une manière d’éviter un récit biographique monotone, de passer outre les incertitudes qui entourent encore la vie du peintre et d’ajouter du romanesque. Je me suis vraiment attachée à l’histoire de Marguerite, à ses souffrances au sein du carcan familial, à ses tentatives pour se construire en tant qu’artiste. Surtout, on est touché par l’amour extrêmement fort qu’elle ressent pour Vincent…un amour condamné à être déçu. Si j’avais eu un ressenti mitigé à la lecture du Club des incorrigibles optimistes, j’ai cette fois-ci été séduite par la plume de Guenassia, simple mais servant à la perfection son sujet et exprimant avec talent les tourments et la sensibilité de Marguerite.

Le roman aborde peu l’inspiration, la construction des tableaux, les techniques du peintre ou encore son rapport au monde de l’art. Il privilégie plutôt l’intime, le quotidien et la personnalité de Van Gogh. On y découvre un amoureux des paysages et de la lumière de Provence ; un artiste résolument moderne, attiré par la couleur, avant-gardiste et de fait condamné à l’indifférence voire au mépris de ses contemporains ; un travailleur acharné ; un passionné de la peinture qui a voué sa vie à son art, un art qui ne laisse ni le temps ni la place ni l’envie pour une relation amoureuse et une famille.

N’y cherchez pas non plus un roman biographique, car l’auteur se concentre sur les derniers mois de sa vie : son séjour à Auvers-sur-Oise de mai à juillet 1990. Cette période de sa vie a fait couler beaucoup d’encre et a donné lieu à de multiples interprétations. Vincent Van Gogh fascine, par son oeuvre et par son caractère. L’artiste souffrait de troubles mentaux, sujet à des crises d’agitation et de folie. Il avait été hospitalisé en Provence après s’être coupé l’oreille droite. Certains associent d’ailleurs la particularité de sa peinture et sa maladie : sa perception biaisée de la réalité expliquerait l’intensité des couleurs et la déformation des lignes. Cette fragilité mentale, associée à la précarité de sa situation économique, semblent éclaircir les raisons de son suicide. Mais c’est justement la figure de l’artiste maudit, de l’homme tourmenté et suicidé, que Jean-Michel Guenassia réfute.

La véracité du récit est controversé. Jean-Michel Guenassia, bien que s’appuyant sur des études d’historiens de l’art, va à l’encontre des théories les plus répandues sur la vie et la mort de l’artiste. Il y a ajouté du romanesque et du romantique, prenant la liberté d’imaginer le point de vue de Marguerite. C’est pourquoi je pense qu’il faut apprécier le roman en gardant à l’esprit qu’il ne s’agit que d’une hypothèse parmi d’autres et que le mystère planera toujours. Le roman est particulièrement à charge contre le docteur Gachet, dont l’image traditionnelle d’un médecin amateur d’art et fidèle soignant de Van Gogh est bien écornée. Et même si j’ai totalement adhéré au roman et trouvé l’interprétation intéressante, je ne pouvais m’empêcher de conserver le bénéfice du doute. Il est difficile d’énoncer des vérités sur des gens qui ne sont plus là pour témoigner…

* * *

Si on met de côté cette dernière réserve sur la vérité documentaire, le roman, dévoré en quelques jours, a été un réel coup de cœur. Amoureux de la peinture, admirateur de Van Gogh, curieux des mœurs de la fin du XIXème siècle ou tout simplement en quête d’une histoire d’amour tourmentée, foncez !!

[petite parenthèse : si vous avez l’occasion, n’hésitez pas à découvrir Auvers, vous y retrouverez l’auberge où il vécu de manière fort rustre ses derniers mois, la fameuse église et les perspectives des champs peints par l’artiste !]

 

Verdict Coup de coeur

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5 réflexions sur “La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia

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