Le bizarre incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon

couv19787064Il a 15 ans et s’appelle Christopher Boone. Il excelle en mathématiques et adore Sherlock Holmes. Il aime les diagrammes, les listes, la vérité. Il ne supporte pas qu’on le touche. Pour lui, 4 voitures rouges à la file sont synonymes de Bonne Journée; 3 voitures rouges : d’une Assez Bonne Journée ; 5 voitures rouges : d’une Super Bonne Journée. Il est autiste et porte en lui une part de génie. Quand un jour, Christophe apprend que Wellington, le caniche de sa voisine, a été assassiné, il décide de mener l’enquête qui va lui permettre d’arracher au passé l’énigme de sa propre histoire. Et de nous la raconter…

* * *

J’ai lu plusieurs livres sur l’autisme et je me rends compte que c’est un sujet pas mal traité par la littérature et d’ailleurs souvent avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision. Le bizarre incident du chien pendant la nuit ne fait pas exception.

Avant toute chose, je n’ai pas choisi ce roman parce qu’il parlait de l’autisme (d’ailleurs, je l’ignorais avant de commencer ma lecture). Je l’avais repéré grâce à son titre original et parce qu’on l’avait à la maison depuis une éternité. Bref, après toutes ces années d’égarements, j’ai été  ravie de découvrir le roman plébiscité de Mark Haddon !

Accusé à tort, Christopher se lance dans une enquête pour savoir qui a tué Wellington, le chien de la voisine. Il est prêt à découvrir la vérité coûte que coûte, au-delà de toutes les convenances et des obstacles sur sa route. Mais l’histoire va bien au-delà de cette pseudo enquête policière, puisque ses recherches le conduiront à faire des découvertes sur sa famille et mettront à l’épreuve la relation fragile qu’il entretient avec son père. C’est un joli roman sur l’amour et le courage d’un père, sur la différence, sur la difficulté à gérer au quotidien un handicap, sur la vérité et le mensonge.

Depuis A l’intérieur, je commence à bien connaitre les principales caractéristiques du comportement d’une personne atteinte d’un trouble du spectre autistique, et je n’ai pas été étonnée d’en retrouver certaines chez le personnage principal : son incapacité à mentir et à percevoir le second degré, sa logique à toute épreuve, son manque d’empathie, son obsession pour les couleurs, son aversion pour la foule et le bruit, son sens de l’observation sur-développé et son horreur du contact physique.

La grande originalité du roman est qu’ici le trouble de Christopher donne un ton savoureusement sarcastique au récit et ne manque pas de nous faire sourire. Ce garçon, étranger à tous les codes sociaux, questionne la norme et nous fait nous interroger sur nos comportements. Sa manière de dire les choses cash, de balancer à quelqu’un qu’il est vieux, moche ou bête, son insensibilité à l’humour, sa difficulté à percevoir les émotions ou encore son incapacité à faire la conversation ou à parler pour ne rien dire donnent lieu à des passages fameux. Il nous explique le monde et la vie avec sa logique si particulière et nous ferait presque passer pour des imbéciles.

Le roman est une mise en abyme : le personnage débute en annonçant sa volonté d’écrire un roman pour raconter son histoire. Son syndrome Asperger transparaît dans l’écriture, parsemée de formules mathématiques et de descriptions artificielles qu’il a ajouté « parce que dans un roman il faut mettre des descriptions ». Le point de vue de Christopher est ainsi le gros point fort du livre, qui séduit et touche comme il peut amuser. Il dénote par sa manière originale de raconter les faits – brute, sans fioriture, fidèle à sa vision du monde.

L’auteur a parfaitement réussi à nous faire entrer dans la tête d’un autiste Asperger. A travers son histoire, Christopher nous explique avec simplicité ce qu’est être Asperger : ses habitudes ancrées, son quotidien où tout est calculé, sa peur de l’imprévu et de l’inexplicable, son regard obstinément mathématique, sa (trop) bonne mémoire, son inhabituel rat de compagnie. D’un autre côté, il revendique ce décalage, voire en rit, ironisant sur son incapacité à faire des blagues.

Au final, on se sent proche de ce garçon que ses imperfections rendent d’autant plus attachant. Je ne vous cache pas que j’ai sauté certains passages, très mathématiques, mais ils participent à créer le sentiment d’authenticité au cœur du roman.

* * *

En bref, un beau roman qui se lit facilement et m’a séduite par son originalité. Classé en jeunesse, c’est une bonne entrée en matière pour expliquer aux enfants ce qu’est l’autisme. Au-delà de ça, il s’adresse à tous, sachant être léger et drôle tout en abordant des sujets plus graves. 

Verdict Coup de coeur

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9 réflexions sur “Le bizarre incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon

  1. Très joli, ce nouveau système de notation ! 🙂
    Je l’ai aussi lu en cours d’anglais, mais j’avais déjà pu l’apprécier en français (heureusement, parce que passer 5 mois à étudier le même bouquin n’aide pas forcément à l’immersion 😉 ) et je rejoins complètement ton avis 🙂 J’ai beaucoup aimé l’angle d’attaque et le personnage principal !

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: A la recherche #3 | Petite Plume

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