Le chemin des âmes, Joseph Boyden

Le chemin des âmes.jpgCoup de cœur ♥ ♥ (♥)

1919. Nord de l’Ontario. Niska, une vieille Indienne Cree, attend sur un quai de gare le retour d’Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre. A sa grande surprise, l’homme qui descend du train est son neveu Xavier qu’elle croyait mort, ou plutôt son ombre, malade et méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, Xavier revit les heures sombres de son passé : l’engagement dans l’armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l’enfer des champs de bataille en France…

* * * 

Cette lecture, je la dois à La Tête en Claire qui en avait parlé dans son article sur son obsession pour les Grands espaces nord-américains. Il débordait de sa chronique un tel enthousiasme que j’ai foncé à la bibliothèque emprunter le roman de Joseph Boyden. Et maintenant, il ne me reste plus qu’à foncer en librairie acheter celui-ci et Les saisons de la solitude !

Vous me direz, des romans sur la 1ère guerre mondiale, il y en a des tas. Je suis d’accord. L’atout du livre de Joseph Boyden est qu’il parvient à renouveler ce sujet maintes fois traité, en y mêlant l’histoire des Indiens.
A travers le destin de deux amis, Elijah Whiskeyjack et Xavier Bird, il rend hommage au rôle des Indiens qui ont servis en masse dans les guerres mondiales, avec souvent bien peu de reconnaissance. Ces deux Indiens Cree, originaires de Moose Factory au Canada, se sont engagés volontairement dans l’armée canadienne pour aller se battre sur le front en France. Eh oui, car on trop tendance à oublier que les Canadiens et les Australiens sont venus prêter main forte aux Européens, dans une guerre qui ne les touchait même pas ! Les savoirs cree se révèlent un atour majeur dans cette guerre : bons chasseurs, furtifs, habiles à pister et doués au tir, Elijah et Xavier deviennent rapidement des tireurs d’élite. Leur complicité, leurs codes et leur langage ignoré des autres en font un duo redoutable qui se fait progressivement une renommée parmi les rangs.
L’auteur retranscrit avec beaucoup de réalisme l’horreur des tranchées, la barbarie permanente, le froid, la boue, les obus et les mitrailleuses; mais aussi l’absurdité des ordres et des honneurs. Il nous montre la lente descente aux enfers des deux hommes pris dans la folie de la guerre. Elijah et Xavier forment un duo intéressant. D’un côté, Elijah, beau parleur, jouant de sa maîtrise de l’anglais, multiplie les « exploits » militaires en quête de reconnaissance et perd peu à peu son humanité dans le goût du meurtre et l’addiction à la morphine. De l’autre Xavier, introverti, connaissant à peine l’anglais, pressé de retrouver son pays, répugne à participer à une bataille dans laquelle il ne voit aucune source de fierté et désespère de voir son ami perdre peu à peu son identité cree. La guerre va mettre à rude épreuve l’amitié entre les deux hommes. C’est terrible de voir les personnages changés par la guerre et pris dans un engrenage monstrueux. On ne sort pas indemne d’avoir côtoyé le quotidien des soldats.
Le récit est construit autour de deux voix. Alors que Xavier revit les souvenirs douloureux de la guerre, Niska lui raconte son histoire pour tenter de le faire revenir à la vie. A travers la vieille dame, l’auteur nous parle de la culture indienne, de la lutte pour préserver les traditions face à la ville et à l’hostilité des Blancs. Elle mêle son récit de souvenirs, d’anecdotes sur son peuple et de légendes. On entrevoit alors la dure condition des Indiens, dont les enfants sont envoyés dans des pensionnats catholiques pour devenir de bons petits Canadiens. Niska représente toute une culture en train de disparaître et elle se bat pour apprendre à son neveu le savoir de son peuple. Douée de certains dons, elle nous fait voir les croyances et les pratiques rituelles. J’ai été marquée par cette chasseuse de windigos (créature dévoreuse d’hommes, un homme devenu un monstre après avoir mangé de la chair humaine par un hiver difficile).
On sent que le roman est bien documenté (l’auteur a lui-même des origines indiennes). J’ai découvert plein de choses intéressante sur la culture indienne, même si les passages relatés par Niska ne sont pas toujours très clairs. Les personnages sont attachants, surtout Xavier qui se rattache tant bien que mal à ses racines cree pour survivre à la guerre. Je n’en ai pas encore parlé, mais j’ai été particulièrement marquée par l’écriture de Joseph Boyden. J’ai tout de suite aimé son style, il a un talent certain pour conter et toucher avec les mots. Et dire que ce n’est que son premier roman !
« J’en reconnus beaucoup de mon enfance ou de mon bref séjour au pensionnat, mais il m’apparut très vite qu’un rempart invisible, une muraille infranchissable me séparait de ces Indiens acclimatés, dans cette ville blanche. Je portais des habits traditionnels, presque entièrement de peau, dans un style que seule une poignée de nos anciens savait encore façonner. Mais ce n’était que la différence la plus apparente. Les Indiens d’ici respiraient l’abondance – ils étaient pleins de sang, pleins d’alcool, pleins comme les Blancs savent l’être. J’en devenais presque jalouse à marcher parmi eux, sentant leur regard me creuser l’échine. On aurait dit que toutes ces années de solitude m’avaient donné faim. Mon corps était plus mince que le leur, ayant rarement connu la satiété ; mais ce dont j’avais faim, découvrais-je en écoutant les familles bavarder, les amis rire, les enfants se pourchasser en criant, c’était d’une compagnie, celle de gens comme moi. Et quand je compris, ce jour-là, qu’il n’y avait plus de gens comme moi, mes jambes se mirent à trembler si fort, au milieu de cette rue noire de monde, que je crus défaillir. »

* * *

En bref, un roman poignant sur la culture indienne et l’horreur de la guerre, n’épargnant ni ses personnages, ni le lecteur. Il questionne notre humanité en même temps qu’il nous rappelle que l’on peut la perdre.  
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9 réflexions sur “Le chemin des âmes, Joseph Boyden

  1. Oh je suis ravie qu’il t’ai plu autant qu’à moi =D Les saisons de la solitude est assez différent, je l’ai aussi beaucoup aimé mais pas autant que celui là qui reste mon préféré, je pense que le prochain livre de Boyden que je lirai sera Dans le grand cercle du monde =D En tout cas j’ai beaucoup aimé ta chronique qui rend bien justice à ce livre!

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  2. Pingback: * Bilan du mois de mars * | Petite Plume

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