Le Mystère d’Edwin Drood, Charles Dickens

9782221115800Un bon moment ♥ ♥

Bonjour à tous !

Je vous retrouve aujourd’hui avec un nouveau roman de Dickens. J’en suis d’ailleurs à mon troisième roman de l’auteur, et je n’ai encore lu ni Oliver Twist ni David Copperfield ! Je crois bien que ça relève de l’exploit haha !

J’ai adoré retrouver la plume de Dickens. Après le temps d’adaptation nécessaire – qui avait rendu ma lecture des Grandes espérances un peu mitigée – le célèbre britannique est en passe de devenir un de mes auteurs favoris.

Pour moi, Dickens est avant tout un merveilleux créateur d’ambiance. A chaque fois on entre dans un monde, on découvre une multitude de personnages, on sent quelque chose de sombre ou de grave qui nous guette, on s’immisce dans les dialogues ô combien plus sophistiqués que notre langage actuel. L’auteur a le don pour nous tenir en alerte et nous donner l’impression qu’un drame va se produire sans prévenir à la page suivante.

Ses romans portent en eux je ne sais quel charme du XIXème siècle. On sent bien qu’aujourd’hui les auteurs n’écriraient plus ainsi, et cela rend la lecture d’autant plus appréciable – que ce soit par la qualité du style et du vocabulaire, la manière de s’adresser au lecteur et de faire allusion à ce qu’il va se passer plus tard dans le récit, ou encore la façon dont il dresse le portrait moral de ses personnages.

Je ne voudrais pas trop vous dévoiler l’intrigue, car je pense que l’ignorer est une des clés pour bien apprécier ce roman. Comme à son habitude, Dickens prend le temps de présenter ses personnages, d’habituer le lecteur à leurs caractéristiques et au contexte, pour mieux nous faire sentir ce qui pourrait se passer. Des petites précisions par-ci-par-là, des révélations sur le passé ou le défaut d’un personnage sont ainsi autant d’indices sur la suite de l’histoire. Comme dans les Grandes Espérances, Dickens aime développer plusieurs intrigues avec des personnages sans lien les uns avec les autres, et les faire se rejoindre à la fin.

Le roman se situe à Cloisterham, ville d’Angleterre remarquable par ses vestiges historiques et sa cathédrale. Il y a d’abord Jasper, personnage atypique, mystérieux, maître de chœur de l’église, fumeur d’opium et dévoué à son neveu qu’il adore. Il y a ensuite le fameux neveu éponyme, Edwin Drood, un jeune garçon qui peut paraître assez antipathique, sûr de lui, surtout envers la jeune fille à qui il est fiancé depuis l’enfance. Rosa Bud, justement, est une jeune orpheline admirée de tous par sa beauté et sa gentillesse, malheureuse de son destin tout tracé. Je citerais enfin le révérend Septimus Crisparkle, homme d’église qui détonne par sa bonté et sa pureté. Mais bien d’autres personnages entrent en scène (peut-être un peu trop par moment pour la clarté du récit ^^). Sans vous en dire plus, l’intrigue est liée à un mystère autour d’Edwin Drood. Ah bon, on s’en doutait pas du tout avec un titre pareil ! Quoi, je tiens à le garder, moi, ce mystère !

C’est là que toute ma chronique va retomber comme un soufflé raté. Le drame de ma lecture tient au fait que Le Mystère d’Edwin Drood, dernier roman de Charles Dickens, est resté inachevé après sa mort subite en 1870. Petit détail que j’ignorais avant de me lancer dans ma lecture. Et quelle déconvenue en tournant la dernière page et en me rendant compte que l’intrigue n’était absolument pas résolue !

Il est toujours désagréable de lire un livre dont on a que la moitié, mais plus encore quand il s’agit d’une enquête…dont l’intérêt se trouve précisément dans la révélation de l’énigme à la fin. Le Mystère d’Edwin Drood se situe en effet au croisement du roman psychologique et du roman policier. C’est d’ailleurs ce qui contribue à sa réussite : on imagine rarement Dickens roi du polar ! Nous n’aurons donc pas la satisfaction de voir l’auteur nous sortir le grand jeu à la fin du roman, résolvant les mystères et autres non-dits d’une seule main de maître, en se servant des indices disséminés et de multiples détails oubliés par le lecteur.

Des dizaines de critiques littéraires ont écrit sur le sujet, imaginant la fin que Dickens aurait écrite, interprétant les indices pour décoder les mystères. L’édition Archipoche a fait le choix de compléter le roman avec la fin imaginée par Paul Maury. L’expérience de lecture doit être du coup moins frustrante et plus proche d’un roman normal, puisqu’il suffit de faire abstraction de la différence de style d’écriture pour s’imaginer que Dickens a écrit la suite. Néanmoins, même si, en vérifiant après coup, cela correspondait plutôt à ce que j’avais imaginé, je ne suis pas sûre que l’on puisse privilégier une fin ou une autre. Puisque l’auteur ne peut pas se prononcer, à chacun de se faire juge !

A quoi ça sert de nous en parler, alors ?

Eh bien, même si la lecture se finit sur une note particulièrement frustrante, je lui ai trouvé plein de qualités et un énorme potentiel. J’ai beaucoup apprécié le roman (d’où ma frustration encore plus grande, cela aurait été un chef d’oeuvre une fois fini !) et je ne regrette finalement pas de l’avoir découvert. Bien sûr, outre l’affaire non élucidée, il y a quelques défauts liés à l’état inachevé du roman, à l’image de certains passages dont on sent qu’ils auraient sûrement été réécrits (un peu comme des indications pour l’auteur) et qui amènent des variations de style ou de temps un peu perturbants.

Quoi qu’il en soit, le roman se lit bien (n’ayez pas peur des classiques, vraiment !). On s’attache aux destins des personnages, aux multiples non-dits et à l’énigme. Le seul bémol tient à mon édition (Bouquins chez Robert Laffont) : si elle a le mérite de rassembler plusieurs livres en un, elle a aussi la manie d’opter pour une écriture petite, serrée, quasi sans saut de ligne et peu de retours à la ligne, ce qui rend la lecture vraiment difficile et fatigante pour les yeux.

* * *

En bref, si l’idée de lire un roman inachevé n’est pas trop rédhibitoire (elle l’est pour moi comme pour beaucoup je pense, mais je me console en me disant que c’est comme une fin ouverte : à nous d’imaginer la vérité, surtout que l’auteur laisse pas mal d’indices !), sautez sur l’occasion de lire Le Mystère d’Edwin Drood ! Il saura vous charmer par la plume caractéristique de Dickens, les personnages et l’énigme au cœur de l’intrigue.

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6 réflexions sur “Le Mystère d’Edwin Drood, Charles Dickens

  1. Je sens que je vais être frustrée en arrivant à la fin de ce livre… D’un côté, j’ai très envie de découvrir cette histoire (il faut reconnaître que tu la vends super bien dans ta chronique ^^) mais d’un autre, j’ai un peu peur de bloquer sur cette non-fin et que cela me gâche cette lecture… A voir !

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