Une vie entre deux océans, de M.L Stedman

couv31199820.jpgUn bon moment ♥ ♥

Après la guerre, Tom Sherboune revient en Australie et devient gardien de phare sur l’île de Janus. Sa rencontre avec Isabel met fin à sa vie de solitude, et leur mariage s’annonce heureux. Cependant, leurs difficultés à avoir un enfant fragilise leur couple et menace de plonger Isabel dans le désespoir. Alors quand un canot vient s’échouer sur le rivage de leur île, avec à son bord un cadavre et un bébé sain et sauf, Isabel y voit un signe du destin et est prête à tout pour garder le bébé et l’élever comme son propre enfant.

 

* * *

Une vie entre deux océans est incontestablement un roman fort, dramatique et bouleversant. Il aborde la question de la maternité à la frontière du bien et du mal et interroge nos certitudes et nos valeurs.

J’ai ressenti énormément d’empathie pour le personnage de Tom. Toute la première partie du roman est centrée sur son histoire et sa rencontre avec Isabel. C’est un homme profondément marqué par la guerre, les horreurs auxquelles il a assisté et les choses qu’il a du faire. On ressent le bouleversement des sociétés post-1ère guerre mondiale, le chamboulement des frontières entre bien et mal, les hommes revenus du front meurtris physiquement et psychologiquement, les femmes veuves ou presque quand elles ne reconnaissent plus leur mari. Tom est tiraillé par la culpabilité d’être revenu vivant du champ de bataille, contrairement à beaucoup de ses connaissances. Il voit dans le poste de gardien de phare l’occasion de prendre un nouveau départ, de se retrouver, loin de ses semblables, de redonner un sens aux choses en retournant à l’essentiel : la nature sauvage, sans hommes.

Il s’acclimate peu à peu à son rôle de gardien de phare, s’accroche à la routine quotidienne, au travail exigeant, au sens du devoir. J’ai apprécié cette immersion au cœur de la vie sur une île et ses particularités : l’isolement auquel on finit par prendre goût (d’autant qu’à l’époque les connexions par bateaux se faisaient tous les six mois), le contact avec la nature, le rythme propre de la vie. En même temps, on perçoit aussi ce que cet isolement a de dangereux : lorsqu’on perd l’habitude du contact avec le reste du monde, sa population, son fonctionnement, on finit par croire que le monde se réduit à son île, à sa routine quotidienne, à son cocon familial, à soi.

Le roman montre aussi comme l’infertilité peut gâcher une vie et empoisonner une relation. (Je me rends d’ailleurs compte que ce thème est présent dans de nombreux livres, que ce soit Le Confident ou plus récemment Mille soleils splendides). C’est terrible de voir le souhait le plus cher d’Isabel – être mère – sans cesse déçu, d’assister aux fausses couches et à l’enterrement des fœtus. On ressent réellement sa détresse et le déchirement progressif du couple.

Dès le début, on comprend toute la difficulté de la décision à prendre et l’ambiguïté du comportement du couple. Cela part d’une bonne intention : recueillir un enfant abandonné et sûrement orphelin et l’élever au sein d’un foyer aimant, d’autant qu’Isabel vient une nouvelle fois de perdre le bébé qu’elle attendait et que l’adoption est un long chemin incertain semé d’embûches. Mais s’il n’était pas tout à fait orphelin, s’il avait encore sa mère ? Tom et surtout Isabel s’efforcent de refouler cette hypothèse, jusqu’au jour où ils sont rattrapés par la réalité…

En tant que lecteur, on partage le dilemme du couple. On s’attendrit sur l’amour incommensurable qu’Isabel porte à son enfant et les moments de tendresse qui en résultent. De l’autre côté, à l’image de Tom, on ne peut oublier que ce bonheur est illusoire. L’obsession grandissante d’Isabel pour la maternité est assez effrayante, tout comme son déclin psychologique.

Je dois avouer d’ailleurs que le personnage d’Isabel m’a un peu agacée, en raison de son caractère et de son comportement égoïste et injuste à l’égard de son mari. Alors que celui-ci fait de son mieux pour concilier sa conscience et le bonheur de sa femme, elle ne fait que passer sa colère et sa frustration sur lui, sans songer que cela peut être dur pour lui aussi.

« On pouvait tuer un gars, avec toutes ces règles. Tom le savait. Et pourtant, parfois, elles étaient tout ce qui séparait l’homme de la barbarie, l’homme des monstres. Ces règles qui imposaient qu’on fasse prisonnier un soldat ennemi désarmé plutôt que de le tuer. Ces règles qui enjoignaient aux brancardiers d’emporter un ennemi blessé pour le soigner comme ils le faisaient ordinairement pour leurs camarades. Mais toujours, il en revenait à cette simple question : pouvait-il priver Isabel de ce bébé ? Et si cette enfant était seule au monde ? Pouvait-il être vraiment juste de l’arracher à une femme qui l’adorait, pour le confier à la loterie du destin ? »

 

* * * 

En bref, un roman bouleversant sur la maternité, qui n’épargne aucun drame aux personnages…et au lecteur. Questionnant habilement et sans jugement les valeurs morales et le comportement du couple, il marque durablement les esprits. A lire, donc, sauf si vous avez besoin de gaieté ! 

[Le roman a été récemment adapté au cinéma par Derek Clanfrance.]

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