Une vie, de Maupassant

une-vieUne bonne surprise ♥

Guy de Maupassant nous présente dans son roman un portrait de l’aristocratie normande du XIXème siècle, à travers une vie. Jeanne, fille unique très choyée du baron et de la baronne Le Penthuis des Vauds, sort du couvent, encore ignorante des choses de la vie. Elle ne tarde pas à se marier avec Julien de Lamare, pleine d’espoir et curieuse de découvrir l’amour. Mais les choses ne se passent pas comme elle l’avait prévu et sa vie est une succession de désillusions… 

* * *

Mon histoire avec ce livre est particulière parce qu’il est dans ma PAL depuis plusieurs années. Autant que je m’en souvienne, ma maman me l’avait offert pour mon anniversaire à la fin de la Seconde (alors que je suis actuellement en M1). J’avais à l’époque commencé ma lecture mais lâché le roman au bout de seulement quelques pages : un sujet qui ne m’intéressait pas assez, des descriptions ennuyeuses, pas d’action… Quoi qu’il en soit, en respectant ma résolution de reprendre ce livre et de le terminer il y a quelques semaines, je n’ai pas compris pourquoi j’avais abandonné si vite au lycée. Peut-être un manque de maturité ?

En effet, bien que le sujet ne paye pas de mine et que les classiques ne soient pas réputés pour leur scénario intrépide, le livre se lit très bien grâce aux talents d’écriture de Maupassant. Malgré quelques passages longuets et un peu descriptifs, la plume est agréable, le phrasé joli sans être lourd.

Vous comprendrez assez vite que j’ai préféré l’écriture du livre à l’histoire.

Comme je vous l’ai déjà dit, il n’ y pas de réelle action ou quelconque péripétie dans ce roman qui est vraiment le déroulé de la vie de Jeanne (le livre porte bien son nom !). Ce n’est pas forcément dérangeant mais en fait une oeuvre d’une tonalité et d’une ambiance particulières lorsqu’on voit ce qu’il arrive au personnage en question.

Le livre est assez triste du fait du destin malheureux de Jeanne et également de son caractère.  Cette pauvre jeune fille pleine d’espoirs va devoir affronter une succession interminable d’épreuves et de déceptions, (quasiment) sans jamais voir une lueur de gaieté ou un semblant de bonheur. 

Jeanne apparaît d’emblée comme une femme plutôt niaise et fataliste. Si n’y avait qu’un seul argument à donner en faveur de l’interdiction de mettre les jeunes filles au couvent et les bienfaits de l’éducation sexuelle, ce serait ce livre. On ne peut s’empêcher d’être choquée, en tant que lecteur du XXIème siècle, face à la dureté des expériences de la jeune fille simplement à cause de son ignorance totale. Pendant ses années au couvent, on ne lui a rien appris ni même suggéré sur l’amour et les pratiques sexuelles. Pour vous dire, elle n’a aucune idée de ce qu’il se passe pendant la nuit de noces et j’irai même jusqu’à penser qu’elle ne sait pas comment on fait les bébés ! Elle va donc découvrir tout cela de manière extrêmement brusque et va dès lors – éducation religieuse oblige – éprouver une aversion totale pour la chair et le plaisir.

« La jeune fille se retrouvait dans ces histoires d’autrefois, s’étonnait de la similitude de leurs pensées, de la parenté de leurs désirs ; car chaque cœur s’imagine ainsi avoir tressailli avant tout autre sous une foule de sensations qui ont fait battre ceux des premières créatures et feront palpiter encore ceux des derniers hommes et des dernières femmes. »

Le roman en lui-même est très dur, cruel et pessimiste. Il porte la morale que la vie n’est pas facile et que les rêves de jeunesse sont souvent déçus. On imagine sa vie et on vit finalement la moitié de ce que l’on souhaitait, si ce n’est le contraire.

Le mari de Jeanne, qui semble doux et dont elle commence à tomber amoureuse, se révèle dès la fin de la lune de miel radin, indifférent et volage. Si elle ne trouve pas satisfaction dans le mariage, Jeanne élève son enfant avec tout l’amour et toute la bonne volonté du monde, mais là encore ne pourra pas atteindre le bonheur simple qu’elle souhaite.

En tant que lecteur, on est dépité (triste mais aussi frustré) de voir cette jeune fille puis femme s’enfermer ainsi dans un mariage raté, souffrir pendant de nombreuses années aux  côtés de son époux et laisser passer sa vie comme un spectateur impuissant. Certes sa naïveté sans borne et sa passivité ne l’ont pas servie, mais elle ne méritait pas une telle vie.

« Tout le monde était donc perfide, menteur et faux. Et des larmes lui vinrent aux yeux. On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts. »

* * *

 

Je ne sais pas si Guy de Maupassant avait une visée réaliste en reflétant la vie maussade des aristocrates de l’époque ou si se cachait derrière son livre plutôt une leçon de morale. Quoi qu’il en soit, je m’en souviendrai comme un roman bien écrit mais incroyablement pessimiste. 

PS : Je viens de voir qu’une adaptation cinématographique est prévue pour fin novembre ! Heureuse coïncidence 🙂

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5 réflexions sur “Une vie, de Maupassant

  1. Malheureusement, à l’époque, la société mettait un point d’honneur à « préserver » la vertu des jeunes femmes… Comme si les femmes étaient des êtres fragiles, incapables de se débrouiller, influencés par leurs humeurs et désirs… (aaaaah, c’est quelque chose qui m’énerve ^^)

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  2. Pingback: * Bilan du mois d’août * | Petite Plume

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