Les Yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol

Les_Yeux_jaunes_des_crocodiles.jpgCoup de cœur ♥ ♥ ♥

Les Yeux jaunes des crocodiles, ce sont des histoires de famille, des histoires de mariage, des histoires de fratrie. D’un côté il y a Joséphine, historienne spécialiste de l’histoire médiévale, femme discrète, sans intérêt, tantôt ignorée tantôt méprisée par sa propre famille, s’efforçant d’élever ses deux filles tandis que son mariage bat de l’aile depuis que son mari est au chômage. De l’autre il y a Iris, la quarantaine également, belle bourgeoise, favorite de sa mère, admirée par tous. On va suivre les mésaventures des uns et des autres, les reconstructions, les projets, les relations compliquées, les envies et les jalousies, les histoires de cœur (pour être poli)… en somme, tout ce qui fait partie de la vie.

* * *

Oui, je sais, j’arrive un peu tard pour cette trilogie publiée en 2006, succès depuis cette date, et suivie par la saga Muchachas. Mais il n’est jamais trop tard pour avoir un coup de cœur !

C’est dans la bibliothèque de ma maman que j’ai pioché cette série. Je crois d’ailleurs qu’un de ses points forts est qu’elle peut plaire à tous, quels que soient les âges : les quadra et quinquagénaires pourront se retrouver dans les vicissitudes des personnages principaux (mariage, ados et tout le toutim), les plus jeunes se reconnaîtront dans certaines attitudes des enfants et suivront avec intérêt les relations intra ou extra-conjugales. Les Yeux jaunes des crocodiles parlent à tous, disais-je, car il est question de problèmes dans lesquels chacun peut se retrouver : trouver sa voie, chercher du travail, réussir sa vie, se quereller avec sa famille, élever ses enfants, sauver son mariage, faire face à un mari volage ou réaliser qu’on a fait les mauvais choix… 

La quarantaine (autant que je puisse en dire du haut de mes 21 ans) est sûrement l’âge où on fait le point sur sa vie et où on se donne l’occasion, le cas échéant, de changer de voie et de tout recommencer à zéro, que ce soit au niveau professionnel, conjugal ou personnel. C’est finalement le thème principal du roman puisque l’on retrouve toutes les problématiques des femmes de cet âge. Katherine Pancol y pose l’éternelle question : qu’est-ce que réussir sa vie ? Est-ce suivre la voie que nos parents nous ont tracé ou voudraient que l’on prenne ? Est-ce faire un « bon » mariage, avoir sa place en société et séduire encore les hommes passé trente ans ? Est-ce avoir le courage de reconnaître que l’on n’est pas heureux et se reprendre en main avant qu’il ne soit trop tard ?  Est-ce accepter un bonheur simple, auprès d’un époux et de ses enfants ?

Bien sûr, on ne trouve pas de réponse à cette question, mais le livre donne une bonne morale, celle qu’il n’est jamais trop tard pour changer les choses, que chacun a sa propre vision de la « réussite » et que l’important est de ne pas laisser quelqu’un nous l’imposer.

A travers la confrontation entre Joséphine (la « ratée » qui perd son mari, est dédaignée par sa fille et cherche à joindre les deux bouts à l’aide d’un métier mal considéré) et Iris (la bourgeoise qui ne vit qu’à travers un bonheur illusoire créé par l’argent), on en revient toujours à la même constatation : la vie est trop souvent une compétition pour savoir qui a le mieux réussi, qui est devenu le modèle de la femme accomplie de quarante ans.

Le roman est joliment écrit, bien pensé, avec une dose mesurée d’humour, de suspens, de drame et de tendresse. Il fait réfléchir tout en se lisant extrêmement bien. 

Katherine Pancol porte des réflexions sur l’argent et sa place dans la société, à travers le personnage d’Iris mais aussi le regard des enfants qui ont honte de leur parent quand il n’est pas capable de leur acheter tel ou tel objet. Elle nous parle également des rapports dans la fratrie à travers la figure de Joséphine, injustement traitée par sa mère qui lui préfère sa sœur et décide que tout ce qu’elle entreprend est un échec. Elle aborde l’épineuse question de l’éducation des enfants, et en particulier les rapports difficiles avec les adolescents : que faire quand son propre enfant, que l’on s’est efforcé d’élever le mieux possible, suit la voie opposée de toutes les valeurs inculquées et se comporte odieusement envers ses parents ? La vision du mariage est un poil pessimiste, étant donné qu’il rime ici avec infidélités, échecs, divorces, renoncements à ses rêves et incapacité à trouver le bonheur ! Enfin, il est question d’écriture, du rapport à la création et aux droits d’auteur. Sans vous spoiler, je dirais simplement que cela prouve que l’usage de nègre n’est jamais sain, et j’y ai d’ailleurs trouvé une étrange résonance avec le sujet des mères porteuses abordé dans Le Confident !

Les personnages sont attachants, en particulier Joséphine, maladroite, mal-aimée, injustement déconsidérée par sa famille et qui récolte donc toute l’indulgence et la compassion du lecteur. En tant qu’étudiante en histoire, j’ai été particulièrement sensible au jugement porté sur le métier de Joséphine. Elle est agrégée, chercheuse au CNRS, et pourtant le prestige de sa fonction n’existe que dans la sphère universitaire. Ailleurs, elle est une obscure ermite qui vit encore au Moyen-Age.

Le roman est surtout l’histoire d’une reconstruction : Joséphine ne se laisse pas abattre et va, au fil des pages, travailler sur soi et pour sa famille, afin de devenir une femme forte et obtenir par elle-même le respect que l’on refusait de lui accorder. L’histoire est une vraie leçon d’optimisme et d’énergie, qui vous redonne la pêche et le sourire ! Elle montre toute l’importance de retrouver l’estime de soi dans les moments difficiles.

* * * 

En bref, un beau roman qui évoque les aléas de la vie, tout en émotions et en suspense, porté par une écriture fluide et des personnages attachants. J’ai hâte de lire la suite !

PS : Avez-vous vu l’adaptation cinématographique ?  Qu’en avez-vous pensé ?

 

 

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11 réflexions sur “Les Yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol

  1. J’avais adoré cette saga!! C’est écrit avec beaucoup de poésies avec des personnages très hétéroclites mais pas moins attachants. Je ne pensais pas aimer autant ce roman où il n’y a pas vraiment d’action … Et pourtant 😉
    J’espère que la suite te plaira!!

    Aimé par 1 personne

  2. Voilà une trilogie que j’ai adorée ! J’ai d’ailleurs apprécié retrouver certains personnages dans « Muchachas ». Comme tu le soulignes dans ta chronique, c’est un livre qui peut séduire de nombreux lecteurs, peu importe leur âge. Ce premier tome est très accrocheur (à sa manière bien évidemment, parce qu’il n’y a pas autant d’actions que dans d’autres romans), et les deux autres le sont tout autant.
    J’ai vu l’adaptation cinématographique et ce fut une GROSSE déception. Je n’ai pas du tout accroché au jeu des acteurs (excepté l’actrice qui interprétait Hortense). Et ils ont pris beaucoup de raccourcis dans le scénario. Je crois même qu’ils ont mis des éléments du deuxième tome avec des éléments du premier…

    Aimé par 1 personne

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