Challenge #1 : Les Nouvelles de l’Avent (Part 1)

1er décembre : « Mademoiselle Fifi », Guy de Maupassant

On commence en douceur pour le premier jour de décembre, avec une nouvelle très courte ! Mais court ne veut pas dire sans ressources, la preuve par Guy de Maupassant qui parvient en 10 pages à nous faire passer par toutes les opinions et tous les états.  On départ, on se demande ce que la nouvelle raconte, au-delà d’un récit plutôt plat d’officiers prussiens qui s’ennuient. On ne voit pas bien où cela va nous mener, malgré l’arrivée des femmes qui n’apporte rien de bien intéressant. Et pourtant, la chute se produit bel et bien, surprenante comme on les aime, et plus que cela, renversant tout le sens, toute la tonalité du récit, que l’on peut résumer en une phrase : « Je ne suis pas une femme, moi, je suis une putain ; c’est bien tout ce qu’il faut à des Prussiens. »

Court, disais-je, mais on a le temps de se forger un ressenti sur les personnages. J’ai été plutôt attachée au personnage qui apparaît en premier, le comte de Farlsberg, sans raison particulière. Au contraire, l’apparition de « Mademoiselle Fifi » m’a refroidie. Mais justement, le personnage principal – du moins éponyme – joue un rôle central, seulement pas de la manière dont on pense, et c’est là toute la force de Maupassant.

L’auteur n’oublie pas non plus l’humour, que je résumerai en une seule expression, particulièrement savoureuse : « une vraie pluie des environs de Rouen, ce pot de chambre de la France. » (je m’excuse d’avance pour les Rouennais haha !) De même avec l’aspect ridicule du curé qui refuse de faire sonner la cloche et qui voit dans ce geste la résistance ultime aux Prussiens, alors qu’elle est surtout l’unique et dérisoire opposition du village. Cependant, Maupassant renverse encore une fois le sens du récit puisque quand la cloche finit par sonner, c’est le glas qui annonce et semble fêter la mort de l’ennemi.

2 décembre : « Peau », Roald Dahl

J’ai eu du mal à choisir quelle nouvelle lire dans le recueil de Roald Dahl, puisqu’on trouve difficilement des indications sur les scénarios de ces nouvelles. J’ai donc laissé une grande part au hasard, sans trop savoir ce que j’allais trouver avec « Peau ». Résultat, on en sort un peu abasourdi, perplexe, du fait de l’aspect plus noir et moins connu de la littérature de Dahl, auquel les ouvrages de littérature jeunesse ne nous avait pas habitués.

La nouvelle tourne essentiellement autour de  deux protagonistes, le vieux Drioli, ancien tatoueur, réduit à la pauvreté après la guerre, et Chaïm Soutine, peintre « Kalmouk » talentueux. Le récit se déroule sur une toile de fond assez longue (de 1913 à 1946) – chose rare pour ce genre littéraire. Le vieil homme aperçoit dans une galerie un tableau qui lui est familier, point de départ d’une plongée dans les souvenirs et dans l’origine d’un tatouage. La tonalité générale, que ce soit dans l’instant présent ou passé, est plutôt cynique (un homme qui convoite ouvertement la femme de l’autre et plaisante à ce sujet, de riches amateurs d’art avides de tableaux précieux et prêts à acheter un homme comme une marchandise). Le dramatique du récit est intensifié par le fait que l’auteur nous décrit longuement un souvenir de quelques heures de Drioli, pour ensuite passer très rapidement sur son devenir (plutôt tragique) après la guerre et son destin présent, comme s’il expédiait un sort insignifiant. La conclusion est brutale, ouverte sur une sorte d’hypothèse donnée l’air de rien par l’auteur mais qui a des conséquences potentiellement terribles pour le personnage principal.

Si vous vous demandez toujours, après avoir lu ce paragraphe, quel est mon verdict exact sur la nouvelle, c’est normal, car je n’en ai pas. La plume si particulière de l’auteur, la tonalité oscillant entre l’humour, l’absurdité et le tragique laissent véritablement perplexe. Ce sera le mot de cette nouvelle.

3 décembre : « Le collaborateur », Louis Aragon

Je connaissais Aragon pour sa poésie et son rôle de résistant, pas du tout pour ses nouvelles ! Venues tout droit de la guerre, publiées clandestinement, elles sont imprégnées du ressenti de l’auteur : on devine derrière ces tableaux de collaborateurs la frustration et la colère du résistant et son action pour faire basculer l’ « ennemi » dans l’autre camp.

Le style est très particulier, c’est assez déboussolant au début. On suit les pensées de Grégoire Picot, un réparateur de radios, partisan de Vichy et de la collaboration. Mais Aragon enchaine sans transition des passages à la troisième personne et l’expression directe des pensées du personnage (discours indirect libre). Il alterne également des pensées et, à la phrase d’après, ce qu’il se passe dans la boutique, ce qui nous laisse une impression étrange.

Le récit, fondé donc sur les réflexions et les arguments du personnage, est plein d’ironie et d’absurdité. Aragon a mis en scène les profils types des « honnêtes gens », ces collaborateurs ordinaires (« Mme Picot était une brave femme, mais elle avait peur des Juifs. Avec tout ce qu’on en dit ! »). Picot nous répète tout le long qu’il faut de la logique, il en a fait une ligne de conduite qui sonne dangereusement : on ne peut pas accepter qu’à moitié l’occupation, on ne peut s’opposer aux Nazis que lorsque des proches en sont victimes, etc. Alors lui a choisi d’être collaborateur, envers et contre tout, en particulier malgré son fils. Cette logique de l’extrême, un peu faussement rationnelle, m’a rappelée celle que l’on retrouve dans les œuvres absurdes (type Rhinocéros, entre autres). C’est justement en exprimant ses arguments et ses certitudes que le personnage semble douter, comme s’il se justifiait, comme si, à certains moments, il semblait se rendre compte que son argumentation ne tient pas la route. La chute, tragique, apparait comme l’ultime mise à l’épreuve de la logique du personnage.

Ironique, également, quand on songe qu’Aragon, communiste fidèle, a mis dans la bouche de son personnage des propos extrêmement tranchés sur les communistes et les gaullistes : « M. Picot, lui, pensait qu’on pouvait être anglophile et bon père de famille et même il n’aurait pas fallu le pousser beaucoup pour lui faire dire qu’il y avait des braves gens chez les francs-maçons. Partout d’ailleurs. Enfin, il ne faut rien exagérer, parce que… Les communistes… mais qui est-ce qui parle des communistes ? Les salauds sont les salauds. » – « Maintenant, être gaulliste et intelligent, ça, non, ce n’était pas Dieu possible. ». Le lecteur est alors invité à se moquer du personnage à son insu, pour les stéréotypes auxquels il adhère et son incohérence (Picot venait d’affirmer quelques lignes avant qu’il était plutôt tolérant envers les opinions divergentes).

Mais Picot est aussi un homme ordinaire, un homme qui a certes choisi son camp, mais pas un tueur, pas un délateur (on ne le sent d’ailleurs pas particulièrement haineux avec les résistants). Il a même un cœur, puisqu’il s’attendrit à la vue de son petit-fils. C’est ce qui rend la nouvelle intéressante, car elle nous donne à voir une autre image de la collaboration, qui ne concernait pas qu’une minorité de la France.

PS : La nouvelle, tout en s’inscrivant dans la lignée des récits de résistance, donne l’impression qu’Aragon cherche à aller plus loin qu’une simple condamnation de la collaboration. En cela je l’ai trouvé assez difficile à analyser, et mon avis reste un avis personnel…

4 décembre : Oubli de chocolat (comprenez : pas de nouvelle lue !)

5 décembre : « Le Prince du maquis », O.Henry

Une petite nouvelle toute simple, sans prétention mais assez attachante ! Sur fond de Texas de western, on est dans la peau d’une petite fille de 11 ans, Léna, envoyée loin de sa famille pour travailler dur dans un hôtel. Son seul réconfort est les contes dans lesquels elle se plonge chaque soir et qui marquent son imagination. J’ai bien aimé la continuité du récit, on saute d’un personnage à l’autre en suivant une lettre écrite par Lena à ses parents : Léna, puis un garçon qui la transmet au postier, qui la transmet au facteur qui….surprise ! Léna est originaire de Fredericksburg, un village d’Allemands, et la manière dont O.Henry glisse des mots d’Allemands ou les font moquer par d’autres personnages (« satanée petite saucisse de Munich », « bouffeur de choucroute », « sacré petit jambon de la Forêt-Noire ») est franchement drôle ! 

Verdict : ne pas s’attendre à un scénario extraordinaire, mais  un récit agréable à lire pour la tonalité rocambolesque, l’humour et l’univers de conte !

6 décembre : « Le chat noir », Edgar Allan Poe

Enfin une nouvelle d’Edgar Allan Poe, qui est quand même un des maîtres du genre ! Mon ressenti par rapport à son « chat noir » n’est malheureusement pas à la hauteur de son talent… Ayant lu d’autres de ses nouvelles par le passé, je sais bien qu’il en a !

Le narrateur nous relate sa « très étrange et pourtant très familière histoire », en nous suggérant dès les premières lignes que c’est une sombre affaire dans laquelle il est coupable. Il nous décrit comment, d’une personnalité assez tendre, passionné par les animaux, il devint, à cause de l’alcool, irritable et brutal, jusqu’à commettre un meurtre.  Il nous rapporte cela comme un bilan a posteriori de ses actes horribles, comme si la folie passagère, la perversion de l’âme qui l’habitait alors avait disparu au moment du récit. Mais justement, à part une histoire de crime sanglant, assez sordide (et gratuit), je n’ai rien trouvé d’autre dans cette nouvelle, et bien sûr j’en attendais plus.  Même les éléments fantastiques que l’on trouve généralement – et de manière assez subtile – dans les nouvelles d’E.A. Poe ne m’ont pas convaincue. J’ai été enfin (moralement) gênée par le fait que le crime n’est présenté que comme l’effet d’un mal mystérieux qui a pris possession du personnage et qu’il ne pouvait contrôler, alors qu’on voit surtout dans le récit un homme ivre et qui, en plus, garde assez de sang-froid pour cacher méthodiquement les corps. Je sais que cette nouvelle plait généralement (du moins j’en avais entendue de bonnes critique), mais, pour ma part, je n’ai simplement pas du tout accroché. A vous de voir !

7 décembre : « Le Journal d’un fou », Nicolas Gogol 

Entrée dans la littérature russe, avec une des nouvelles les plus connues du genre ! Je n’ai pas du tout lu le résumé avant de lire la nouvelle, la découverte était donc totale, peut-être trop, car je suis restée mitigée.  Cette nouvelle est décrite comme un modèle du genre, un classique absolu, mais je n’ai honnêtement pas vu pourquoi, j’ai trouvé qu’elle n’avait rien d’exceptionnel.

Comme le titre l’indique, la nouvelle prend la forme d’un journal intime allant d’octobre à environ janvier-février. Le personnage principal est Poprichtchine, un membre de l’administration russe (au rang de conseiller titulaire, ce qui correspond à la 9ème fonction dans la hiérarchie). Il décrit sa vie, sa frustration de n’avoir pas une place plus élevée et mieux reconnue dans l’administration, son ambition, son admiration envers son chef. Le personnage m’a mis assez mal à l’aise, que ce soit ses paroles, ses pensées ou son comportement, et cela rendait déjà la lecture moins agréable. Le premier élément étrange du récit est qu’il croit entendre un chien, mais cela ne marque pas l’esprit du lecteur, tout au plus on se dit que c’est un élément de fantastique. Vient ensuite l’attirance qu’il éprouve pour la fille du directeur, que l’on sent devenir une obsession dangereuse, puis sa préoccupation pour les mots écrits par les chiens. Enfin, le cap est franchi, Proprichtchine nous annonce sa révélation : il est le roi d’Espagne, et tout dégénère. On ne sent pas vraiment venir la folie (avant l’affaire des chiens). On sent certes certaines idées ou positions politiques assez extrêmes, le décalage avec les gens de son entourage et la société dans laquelle il vit, mais rien ne justifie réellement qu’il devienne fou. A mon sens, Gogol ne développe pas les mécanismes qui mènent à la folie, alors qu’on pourrait croire que c’est justement l’objet de la nouvelle. Je n’ai pas saisi l’intention de l’auteur ni ce qu’il voulait nous dire de la folie, mise à part la brève description (sans commentaire, puisqu’on est à la première personne) qu’il en fait. 

J’ai lu parfois que Gogol parvenait à lier l’humour et l’angoisse. Or, je n’ai absolument pas ri, j’ai eu un réel problème avec l’évolution de l’histoire . On voit le personnage sombrer peu à peu dans la folie (comme le signalent les dates complètement loufoques de la fin du journal type « c’était un jour sans date » ou « Da 34 te, ms, néena »). On est aux premières loges puisqu’il livre ses pensées délirantes et les réactions transfigurées des gens qu’il côtoie. Cela m’a simplement paru horrible, parce qu’on le voit devenir fou, on sait qu’il va finir enfermé mais lui n’en n’a pas conscience, ne comprend pas ce qui lui arrive, et continue à écrire ses absurdités, à parler d’une réalité qui n’existe que pour lui. Je n’ai pas pu voir un personnage de conte absurde, je n’ai pu qu’assister à la détresse d’un malade. Et c’est plutôt dérangeant.

8 décembre : « Tamango », Prosper Mérimée

Après Mateo Falcone et Carmen, je me lance dans une nouvelle nouvelle (haha) de Mérimée, connu dans le  genre. « Tamango », c’est avant tout l’histoire du commerce d’esclaves. Ledoux, capitaine français de L’Espérance en quête de fortune, est spécialiste du transport d’esclaves et des stratagèmes pour échapper à la vigilance des douaniers français et des  croiseurs anglais, à une époque où l’esclavage est interdit. Il négocie avec Tamango, guerrier africain qui vend ses propres hommes contre quelques armes et bouteilles d’alcool et qui, ironie du sort, va devenir lui-même esclave, étant mis en face de ses propres contradictions. La domination qui s’exprime lors de la transaction commerciale est déjà d’une extrême violence (symbolique) : Tamango, de plus en plus ivre,  se plie progressivement à la volonté de Ledoux, jusqu’à accepter un « prix » dérisoire et vendre sa propre femme. Il est intéressant de remarquer que Mérimée ne fait pas de Tamango un héros libérateur de son peuple : c’est le chef déjà coupable et qui, étant placé contre son gré dans la même situation tragique, tente de s’en sortir. On voit certes dans cette œuvre une dénonciation de l’esclavage – et la description des calculs froids de Ledoux pour savoir combien d’esclaves il peut mettre dans son navire est particulièrement frappante – mais le lecteur du XXIe siècle ne peut manquer de relever les stéréotypes et clichés racistes que l’auteur utilise néanmoins (ignorance, fétichisme, danses et chants, sauvagerie contre combattants occidentaux civilisés etc).

Un verdict en demi-teinte, donc, essentiellement parce que j’ai eu un peu de mal avec le personnage de Tamango et que le récit est particulièrement dramatique.

9 décembre : « Les chasseurs de vieux » & « L’Œuf », Dino Buzzati

J’ai fait une petite entorse à la règle aujourd’hui, puisque j’ai lu trois nouvelles ! (mais bon, en matière de livres, mieux vaut trop que pas assez). Je changeais totalement de style cette fois-ci pour me plonger dans un genre plus proche du fantastique-tirant-sur-la-dystopie-et-le-conte-philosophique (oui, moi aussi ça m’a surpris). A vrai dire, je ne sais pas pourquoi, j’étais persuadée que le K était un recueil de nouvelles de science fiction alors qu’en fait pas vraiment (plutôt pas que vraiment, d’ailleurs).

J’ai donc commencé par « Le K », qui a donné son titre au recueil, avec l’idée de vous chroniquer cette nouvelle, qui semblait assez connue, à en croire les mentions que l’on trouve sur Internet. C’est l’histoire de Stefano Roi, un garçon qui veut devenir marin mais qui doit renoncer à prendre la mer parce qu’il est pourchassé par un montre marin aussi dangereux qu’effrayant, le K, qui ne le lâchera pas tant qu’il n’aura pas attrapé sa cible. Parvenu à la fin de sa vie, il réalise que sa fuite a été vaine… Comme je l’ai dit, je ne m’attendais pas du tout à cette ambiance et à cette tonalité. Au-delà de l’intrigue, c’est un récit assez métaphorique, un peu philosophique et la fin sonne comme une leçon de vie. Le problème est que je n’ai pas compris la nouvelle, au sens où la chute ne me semblait pas du tout éclairante pour le récit. J’ai trouvé qu’on ne voyait pas bien quelle prise de conscience le personnage est censé avoir sur sa vie et sur la manière dont il aurait du se comporter. Bref, le K, cela a été sans moi.

Mais je ne voulais pas en rester là – surtout que c’était quand même frustrant de lire 8 pages sur un recueil de 440 – et j’ai décidé de poursuivre la lecture du recueil pour mieux appréhender l’univers de l’auteur et vous chroniquer une autre nouvelle. Et j’ai bien fait, car j’en suis finalement à vous donner mon avis sur deux nouvelles !

D’abord, « Les chasseurs de vieux ». Je commençais à entrevoir le style de l’auteur  et la cohérence de son recueil : un récit assez complexe, avec un univers à chaque fois bien développé alors que les nouvelle sont courtes (on saisit presque aussi bien le cadre de la société dans laquelle vivent les personnages que dans des romans dystopiques !) et une allégorie servant à dénoncer un aspect de la vie sociale actuelle ou de la vanité de l’homme.  Ce récit met en scène Roberto Saggini, un homme de quarante-six ans qui sort de sa voiture pour acheter des cigarettes à deux heures du matin. Là où le récit sort du réalisme, c’est que Roberto vit dans une société où des groupes et des milices de jeunes se sont constituées pour attaquer violemment « les vieux »  lors de « chasses » nocturnes. En imaginant une société où les jeunes ont pris le pouvoir, marqués par un profond mépris pour les plus de quarante ans, où les fils s’en prennent aux pères et les petits-fils aux grands-pères, Dino Buzatti présente une vision exacerbée du conflit de générations qui existe dans  toute société. Le désenchantement d’une jeunesse qui ne trouve plus sa place et qui se sent écartée du pouvoir les conduit à s’imposer violemment et dans la haine. De l’autre côté, c’est l’âge stigmatisé et le culte de la jeunesse diffusé par les médias. Le tout associé d’une réflexion sur ce qui fait la vieillesse (l’apparence, l’esprit,…?), car il se pourrait bien qu’on puisse être jeune en étant vieux et vieux en étant jeune. Une vision exacerbée, donc, mais qui nous rappelle cruellement les dérives possibles de notre société.

Ensuite, « L’Œuf », et je serai plus brève. J’ai donc poursuivi ma plongée dans l’univers de Dino Buzatti et y ai retrouvé le côté fantastique et la critique sociale. Gilda Soso, une femme de ménage, emmène sa petite fille à la grande chasse à l’œuf organisée par la Croix Violette internationale dans le jardin de la villa Royale. Elle dénote parmi les enfants de riches patrons, puisqu’elle a fait entrer sa fille sans payer le billet d’entrée à vingt mille livres. Quand on veut retirer son œuf à sa fille, nouvelle humiliation, elle déverse toute sa  colère et son indignation sur les patrons et les autorités. Je ne vous dévoile pas la fin, mais cette nouvelle c’est à la fois la puissance de l’amour d’une mère, prête à tout pour que sa fille ait enfin le droit à quelque chose, et la révolte contre les inégalités sociales. 

Avec les 50 nouvelles du K, c’est tout une œuvre complexe et originale à découvrir !

10 décembre : « Le nain qui danse », Haruki Murakami

Je crois que c’est la première fois que je lis de la littérature japonaise, et j’en suis ravie ! Si il y a un mot pour qualifier ce challenge, c’est bien diversité !

Je suis incorrigible, j’ai donc choisi la nouvelle avec un nain, juste parce que ce titre m’amusait (et qu’il faut bien le dire, quand il y a des nains, c’est toujours sympa). La plume de Murakami est fluide, agréable, oscillant entre le conte et la réalité. Dès les premières lignes, on perd la notion du réel, tant l’insistance sur « Je savais bien que c’était un rêve » parait louche. Voilà donc l’histoire d’un ouvrier japonais travaillant dans une usine à fabriquer les éléphants (oui, oui, vous avez bien lu, et le passage qui raconte le roulement des ouvriers d’un poste à l’autre – oreilles, trompe, tête, pattes etc – est délicieux !). On sort rapidement de  l’Histoire du Japon puisqu’il est question de révolutionnaires ayant renversé l’empereur. Cet ouvrier rêve d’un nain passionné de danse ; il vit la danse, est habité par le mouvement et subjugue tous ceux qui l’observent. L’ambiguité commence quand le nain annonce avoir dansé pour l’empereur – rejoignant alors l’histoire réelle –  puis, à mesure de l’histoire, il va intervenir de plus en plus dans la vie des personnages . Ajoutez à cela du mystère, de la fourberie, un pacte à la Faust, et vous aurez « Le nain qui danse » !

On passe un bon moment grâce à l’imaginaire et l’originalité de Murakami, tout en s’attachant à l’histoire du personnage principal. La chute, quant à elle, est particulièrement frappante !

11 décembre : « Un cœur simple », Gustave Flaubert

Aujourd’hui, je me suis enfin lancée, et j’ai lu une nouvelle beaucoup plus longue que d’habitude : 70 pages ! C’est mon premier Flaubert, et j’avais hâte de découvrir l’auteur de Madame Bovary (que je dois lire depuis environ 4 ans, même si c’est toujours repoussé !). J’ai été assez déçue, en fait. Naïvement, je pensais que le titre faisait référence à des sentiments, à la découverte de son cœur par le propre personnage. En réalité, pas du tout ! Mais je viens d’avoir une révélation sur ma propre perception, à l’instant même où je vous écris ces lignes ! Je sais pourquoi j’ai été si (désagréablement) surprise en lisant la nouvelle, alors que je pensais connaître les grandes lignes de l’intrigue : c’est parce que j’avais bêtement confondu « Un cœur simple » avec « L’éducation sentimentale » ! Donc je m’attendais à l’histoire de « L’éducation sentimentale », c’est bête ! Bref, poursuivons !

Il n’empêche que si Flaubert apparaît doué pour faire le portrait d’un personnage, Félicité, employée par une riche veuve (Madame Aubain) pour s’occuper de ses deux enfants, l’histoire n’est pas passionnante. A vrai dire,  on se demande si il y en a une. On n’assiste tristement à la manière dont tous les personnages (même le perroquet !) pour lesquels Félicité a de l’affection vont progressivement s’éloigner d’elle ou la quitter tragiquement pour toujours, la laissant, pour finir, désespérément seule. Un récit sans intrigue, une histoire sans début ni fin, des enchainements (dans le temps ou l’espace) pas toujours très clairs pour le lecteur, et le tout plutôt déprimant. Il me semble que Flaubert a mieux fait.

12 décembre : « Petites pratiques germanopratines », Anna Gavalda

D’abord, en lisant le titre, je n’avais pas du tout compris que c’était un adjectif inventé pour Saint-Germain-des-prés ! Bref ! Ce qui est original, dans cette nouvelle, est que la narratrice (personnage principal) s’adresse directement au lecteur, comme si elle avait conscience qu’on lisait son histoire.  On comprend vite qu’il va s’agir d’une histoire d’amour, d’un homme rencontré au détour d’un boulevard et qu’on n’a pas envie d’oublier. Cela m’a plu, j’avoue que ça faisait longtemps que je n’avais pas lu de romance, donc ça changeait ! Sauf que l’auteur s’amuse avec les clichés, du type « Je ne vais pas vous dire « une voix chaude et virile » pour vous faire plaisir, car ce n’était pas le cas », et un peu d’autodérision de lecteur ne fait pas de mal ! J’ai aimé le style, ça se lit bien, c’est agréable, à part peut-être le début qui désarçonne avec cette façon que le personnage a de nous traiter en lecteur et de rajouter entre parenthèse des commentaires sur les références littéraires qu’elle fait (qui sont un peu lourdes d’ailleurs, je trouve !) Mon problème a concerné le personnage, je n’ai pas vraiment accroché à ce cliché de la Parisienne qui s’assume et SURTOUT à son rapport aux hommes. Sérieusement, je crois que si elle avait été en face de moi lors de la chute, je me serais énervée un bon coup. Et le pire, c’est que l’auteur fait exprès !


 

Les références :

  • Guy de Maupassant, « Mademoiselle Fifi », dans Mademoiselle Fifi, Le Livre de poche
  • Roald Dahl, « Peau », dans Bizarre ! Bizarre !, Folio
  • Louis Aragon, « Le collaborateur », dans Le collaborateur, Folio
  • O. Henry, « Le Prince du maquis », dans L’instant de la victoire, Payot & Rivages
  • Edgar Allan Poe, « Le chat noir », dans Nouvelles histoires extraordinaires, Folio
  • Nicolas Gogol, « Le Journal d’un fou », dans Nouvelles de Pétersbourg, Folio
  • Prosper Mérimée, « Tamango », dans Colomba et dix autres nouvelles, Folio
  • Dino Buzzati, « Les chasseurs de vieux », « L’Œuf », dans Le K, Pocket
  • Haruki Murakami, « Le nain qui danse », dans L’éléphant s’évapore, 10/18
  • Gustave Flaubert, « Un cœur simple », dans Trois contes, Le Livre de poche
  • Anna Gavalda, « Petites pratiques germanopratines », dans Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, Le Dilettante   
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