« Les Grandes Espérances », Charles Dickens

 

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Mitigé ÷

Un aveu d’échec, en quelque sorte, car je n’ai pas réussi à établir un verdict clair pour ce livre… Plus exactement, il faudrait deux verdicts, l’un pour la première partie de l’œuvre, l’autre pour la deuxième.

Pendant longtemps, je me disais que j’allais apposer la mention « Sans plus » à ce livre. Ce longtemps, ça a été pendant environ la moitié du livre. J’ai trainé dans ma lecture (sérieusement, j’ai du mettre au moins 1 mois à lire les 100 premières pages), à la fois parce que le début du roman est un peu rédhibitoire et parce que je n’avais pas trop le temps de lire au moment où j’ai commencé. Sauf que ce n’est jamais bon de laisser trainer un livre, on oublie ce qu’il s’est passé, on n’entre pas bien dans le livre, on a l’impression que ça traine, que l’intrigue n’avance pas etc. Bref, ça n’a rien arrangé ! Surtout que, dans mon édition, le roman faisait 400 pages écrites minuscule, et que je n’avais jamais lu Dickens donc je ne savais pas trop à quoi m’attendre (je n’avais en tête à la limite que l’image d’Oliver Twist).

L’intrigue d’origine est la suivante : Pip est un jeune orphelin qui vit dans un petit village anglais avec une sœur qui le maltraite et le compagnon de celle-ci, Joe Gargery, un forgeron illettré en qui il trouve un allié précieux. Un jour, il fait la rencontre d’un forçat dans les marais, qui l’oblige à lui venir en aide et qui marquera profondément ses souvenirs. Globalement dénigré et traité comme un moins que rien, il est plongé dans la pauvreté et destiné à devenir apprenti de Joe pour lui succéder. La perspective de vie de Pip n’est donc pas très réjouissante, jusqu’à ce qu’il fasse de nouvelles rencontres et qu’on lui donne l’opportunité de s’élever dans la société.

Première phase :

D’abord, j’ai trouvé la « première période des espérances de Pip » (c’est-à-dire le début du roman, jusqu’à ce que Pip quitte son village pour Londres) assez déprimante. A peu près tout est noir dans sa vie : sa sœur le maltraite, on lui met sur le dos tous les problèmes du monde, ses espérances sont sans cesse déçues ; et même une nouvelle réjouissante – celle qu’il a un tuteur qui va prendre en charge son éducation – est instrumentalisée par tous ceux qui l’avaient méprisé pour obtenir ses faveurs. Les personnages de Miss Havisham (une vieille dame qui vit isolée dans son manoir) et Estelle sont particulièrement détestables à mon goût. Personnellement, je ne supporte pas de lire des pages et des pages de méchanceté et de mépris envers le personnage principal. Les seuls personnages positifs sont Joe et Biddy, mais il les quitte pour sa nouvelle vie. En bref, une ambiance assez particulière qui m’a peu séduite.

« Pip ! mon cher Pip, mon vieux camarade, la vie est composée d’une suite de séparation de gens qui ont été liés ensemble, s’il m’est permis de le dire : l’un est forgeron, un autre orfèvre, celui-ci bijoutier, celui-là chaudronnier ; les uns réussissent, les autres ne réussissent pas. La séparation entre ces gens-là doit venir un jour ou l’autre, et il faut bien l’accepter quand elle vient. »

Mais surtout, le problème de ce livre, le voici : la première révélation ne vient qu’à la page 268. Jusque là, l’auteur ne fait qu’étirer un suspens qui dure déjà depuis trop longtemps et qui commence à lasser voire à agacer. On attend toujours le nom du bienfaiteur de Pip, nouvelle que le personnage principal attend également depuis une centaine de pages et ne fait d’ailleurs que nous rappeler qu’il l’attend. Entre temps, il émet des tas de supposition, et on sent bien que la vérité est plus complexe sans deviner exactement en quels termes. Cela aurait mérité un petit raccourcissement !

Parallèlement, l’intrigue avance peu, le quotidien de Pip n’est pas passionnant, même si il a été redynamisé par l’arrivée de nouveaux personnages lors du commencement de sa nouvelle vie (pour vous donner une idée, cette vie débute à partir de la page 140). Pour être juste, je dirais que le personnage d’Herbert qui apparaît à ce moment-là et en qui Pip trouve un compagnon, va apporter quelque chose au roman, mais qu’on le verra surtout dans une deuxième phase.

Autre problème : une succession de personnages, plus ou moins importants, avec lesquels on a du mal à se familiariser (que ce soit pour retenir leur nom ou se souvenir quel rapport ils entretenaient avec Pip). Il m’est arrivée de retomber sur un nom aux 2/3 du roman, en sachant pertinemment que je l’avais déjà vu précédemment mais sans savoir qui était exactement ce personnage. Et autant dire que vu le nombre de pages, il est difficile de feuilleter le livre en arrière pour le retrouver. C’est lié au fait que l’auteur raconte énormément de petits évènements ou petites rencontres qui arrivent à Pip, sans que l’on voie toujours le lien entre tous. En conséquence, une impression d’éclatement et de discontinuité, qui compromet l’intérêt du lecteur à suivre l’intrigue (justement, on cherche où est vraiment l’intrigue, à part le récit monotone de sa vie !).

Deuxième phase :

Après ce tableau noir, je passe à la deuxième partie, qui est radicalement opposée à la suivante, d’où l’impossible verdict. Malheureusement, je ne peux pas trop en dire pour ne pas vous révéler toutes les surprises du livre, alors que c’est la meilleure partie ! Cette partie s’ouvre sur la révélation du bienfaiteur de Pip, sur des retrouvailles avec des personnes de son enfance, et se poursuit avec de nouvelles associations entre des personnages et des évènements qui ne semblaient avoir aucun rapport. Pip a commencé sa nouvelle vie, côtoie de nouvelles personnes, et développe une véritable amitié avec Herbert. Cela change avec les personnages méchants et méprisants qui se multipliaient depuis le début. En même temps, sans que sa vie ne devienne idéale, certains aspects du quotidien de Pip s’améliorent. Ses espérances évoluent et il se questionne sur son rapport à son ancienne vie et ses anciens proches, ce qui est toujours intéressant : comment changer de vie, améliorer sa condition et son quotidien, sans oublier ceux qui faisaient partie de l’ancienne vie moins heureuse ? Pour ne pas vous induire en erreur, il existe toujours des espérances déçues, puisque c’est le fil rouge du roman. Surtout, les nouvelles intrigues, péripéties, mystères changent totalement la donne, fondent tout l’intérêt d’un récit dont le genre a évolué au fil du temps. On tourne les pages car l’on veut tout savoir de ces questions laissées en suspens et voir ce que vont devenir Pip et les autres personnages qu’il côtoie. Arrivé à la fin, on sort plus que satisfait de cette deuxième partie du livre.

Le bilan  :

Me voilà donc en face d’un dilemme ! Quel bilan faire pour vous donner une idée de ce livre ? Je ne peux évidemment pas donner un avis totalement positif, alors que le livre m’a un peu déçue sur la première phase, qui traine en longueur et dont l’ambiance est un peu trop sinistre à mon goût. Cependant, la suite et fin du roman m’ont vraiment emballée : des personnages intéressants et attachants apparaissent, les révélations nous surprennent et nous accrochent, les évènements et les problèmes que rencontrent Pip prennent une autre tournure et nous entrainent avec lui. A vous de voir alors si vous êtes prêts à lire une première partie peu réjouissante pour en profiter ensuite !

Edition : Robert Laffont (collection Bouquins) – 398 pages – Année de parution : 1861

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8 réflexions sur “« Les Grandes Espérances », Charles Dickens

  1. Aïe, tu n’as pas commencé avec le plus simple des Dickens ! Si tu aimes les personnages attachants et les rebondissements en tous genres, je pense que tu te plairas beaucoup plus avec Oliver Twist ou David Copperfield (en tout cas, ça a été mon cas !). En plus d’être plus courts et teintés d’une ironie absolument savoureuse, les deux romans ont une intrigue qui commence très rapidement, contrairement aux Grandes Espérances, et qui permet de rentrer très vite dans l’histoire !
    Bref, j’espère que cette lecture t’aura tout de même donné envie de retenter l’expérience Dickens à l’occasion 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour les conseils ! Je mets tout de suite ces deux livres sur ma liste 😉 Oui, je ne suis pas non plus fâchée avec Dickens, même si je me suis un peu énervée dans la première partie haha ! Parce que j’ai vraiment aimé les rebondissements et la façon dont il résout les intrigues et les interrogations à la fin !

      Aimé par 1 personne

  2. Pareil que toi, j’ai été très mitigée ! J’ai trouvé ca beaucouuuuuup trop looong ! Après coup j’ai réalisé pourquoi: a priori ce livre était publié par petite partie, dans un journal de l’époque. Donc quand on essaie de le lire d’une traite, on a l’impression de faire une indigestion. si j’avais su, j’aurais peut être tenté de le lire autrement: par exemple un chapitre par mois, ou quelque chose du genre…

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    • C’est vrai que ça devait pas faire le même effet ! Mais en même temps, j’ai vraiment espacé ma lecture au début et c’était encore pire car je ne suivais plus rien ! Après je ne sais pas peut-être qu’à l’époque aussi ils étaient plus habitués à ce qu’il y ait un peu de longueurs (alors que maintenant, c’est vraiment beaucoup l’action, l’enchainement des évènements)

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